Je comprends tout… mais comprends-moi aussi” : une vérité qui brise les illusions

**Journal intime 15 juillet**
Aujourdhui, tout a basculé. Comme chaque midi, je préparais le déjeuner, coupant la viande pour le ragoût. La cuisine embaumait loignon et le beurre fondait dans la poêle. Soudain, le téléphone a sonné. Cétait lui, Antoine. Sa voix était calme, presque trop calme :
« Allô ? »
Puis un silence. Long. Comme si quelquun parlait sans sarrêter et quil se contentait découter. Jai essuyé mes mains sur mon tablier et suis sortie de la cuisine. Le couloir était vide. Le fil du téléphone serpentait vers la chambre des enfants. Mon cœur sest serré. Sans savoir pourquoi, jai avancé sur la pointe des pieds, comme une voleuse.
Derrière la porte entrebâillée, jai entendu son murmure. Une voix quil nutilisait jamais avec moi.
« Amélie, je ten prie, calme-toi Je comprends, vraiment. Mais comprends-moi aussi. Jai une famille, je ne peux pas venir maintenant Je taime aussi. Beaucoup. Mais je ne peux pas parler Élodie pourrait entrer dun moment à lautre. Je lui dirai tout, mais pas maintenant Demain. Sil te plaît, ne mappelle plus ici pour linstant. Et oui Je taime. »
Ce fut comme un coup de poignard. Ma main, prête à ouvrir la porte, est restée suspendue dans le vide. Mon cœur battait si fort que jai eu du mal à respirer. *Je taime*. Il lavait dit à une autre. Pas à moi.
Je nai pas fait de scène. La voix de ma mère a résonné dans ma tête : *« Ne prends jamais de décision sous le coup de lémotion. »* Je me suis redressée, jai serré les dents et suis retournée à la cuisine. Jai repris le couteau, mais ma main tremblait. Les morceaux de viande atterrissaient de manière désordonnée sur la planche. Le chat sest frotté à mes jambes ; je lui ai jeté un morceau un geste de tendresse machinal.
*« Je taime aussi »*
Ces mots tournaient dans ma tête comme un sortilège. Puis jai saisi une autre phrase : *« Jai une famille »* Alors, elle comptait encore ? Javais encore de limportance ?
Mais dans ce cas quétais-je ? Seulement la mère de ses enfants ? La gardienne de la maison ? Une habitude ? La douleur a serré ma poitrine. Pourtant, tout allait bien entre nous. Il était attentionné, prévenant. Aucune alerte, jamais. Rien qui aurait pu me mettre la puce à loreille.
Vingt minutes plus tard, Antoine est revenu dans la cuisine, a humé lair chargé dépices et a souri :
« Ça sent bon ! Ce sera bientôt prêt ? »
« Dans une demi-heure. Jai coupé la viande en petits morceaux pour quelle cuise plus vite Qui ta appelé ? »
« Quoi ? » Il a feint lincompréhension. « Ah, le boulot. Ils veulent que je passe demain pour réceptionner du bois. »
« Encore un week-end. Ça ne me plaît pas. »
« Tout le monde est en vacances, cest lété »
« Mmm. »
« Pourquoi cette tête, Élo ? »
« Juste fatiguée. Je pensais quon passerait la journée ensemble, quon irait à la campagne. »
« Tu travailles. On partira ce soir. »
« Antoine »
« Quoi ? »
« Tu maimes ? »
« Bien sûr, voyons. Je taime, Élodie. Et nos garçons aussi. Tu le sais ma famille, cest tout pour moi. »
Il sest penché, ma enlacée, a posé un baiser sur mon cou. Mais pour la première fois, ce geste ma dégoûtée.
Plus tard, jétais allongée sur le canapé, regardant les enfants jouer. Le chat a bondi sur mon ventre, enfonçant ses griffes un remerciement pour la friandise. Je lui ai serré les pattes, enfoui mon visage dans sa fourrure.
Cette femme elle devait disparaître.
Je ne pouvais pas partager mon mari. Ni dormir à ses côtés en sachant quil avait été avec une autre. Mais le perdre cétait insupportable. La solution sest imposée delle-même : régler ça avec la maîtresse. En personne. Sans lui.
Le lendemain, alors quAntoine emmenait les enfants à lécole et se préparait à partir « au travail », jai annoncé à mon entreprise que je me sentais mal et suis restée. Jai emprunté une robe de chambre et un foulard à la voisine « je repeins les murs ». Puis je suis partie droit vers le parc. Quelques minutes plus tard, Antoine est apparu. Je lai suivi, me cachant dans les ruelles.
Il est entré au marché, a acheté des fleurs et des fruits, puis sest dirigé vers un quartier résidentiel. Jai compris : cest là quelle vivait. Il a disparu derrière un portail.
Je me suis assise sur un banc. Jai attendu. Et puis il est ressorti pas seul. Une grande blonde à ses côtés. Ils se sont dirigés vers les bois là où nous marchions autrefois. Je suis rentrée. Ma tête brûlait. Mon âme était en cendres.
Quelques jours plus tard, jai pu bien observer Amélie belle, mais traîtresse. La trentaine. Puis la chance a frappé : je lai vue avec une amie. Celle-ci, sans méfiance, a tout révélé.
« Amélie ? Seule avec un enfant malade, son mari la quittée. Maintenant, elle a un admirateur. Marié. Il dit quil “quittera sa femme pour elle” », a chuchoté lamie. Et dans mon cœur, la vengeance a pris feu.

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Je comprends tout… mais comprends-moi aussi” : une vérité qui brise les illusions
Seulement après un test ADN. Nous ne voulons pas d’enfants d’autrui ! – déclara la belle-mère — Cent mille euros seulement ? — ricana Élisabeth. — Tu ne mets pas bien cher la liberté de ton fiston ! Peut-être que tu peux en trouver deux cent mille ? — S’il le faut, je trouverai, — marmonna Marie. — Alors, tu acceptes ? Si tout est une question de prix. — Dis-moi franchement, Marie, t’as réfléchi longtemps avant de me faire cette proposition ? — demanda Élisabeth. — On met de côté la question d’argent ! Réponds-moi en tant que femme ! — Ne jouons pas à la morale, — fit Marie, visiblement agacée. — Personne n’est parfait ! Et toi, avec ta famille nombreuse, il faut comprendre qu’on ferait tout pour protéger son enfant… — Donc, tu veux simplement m’acheter ? — répliqua Élisabeth. — Ou acheter ma Dasha ? Tu te dis qu’on est dans la galère, alors tu jettes de l’argent pour qu’on règle ça et tout devienne parfait ! Mais ton Ivan, d’abord il a embobiné ma Dasha, l’a engrossée, et maintenant… Je ne sais même pas comment dire ça. Il se planque dans les fourrés ou sous les jupes de sa mère ! Pour, soi-disant, effacer ses coquilles ! — Allez Élisabeth, soyons claires, — dit Marie. — Mon Ivan n’a que dix-huit ans ! Comment construire une famille et avoir un enfant ? Il doit continuer ses études ! Trouver un travail ! Comment il fera, s’il est déjà coincé avec une famille sur le dos ? — Et il n’y pensait pas à tout ça, ton Ivan, quand il traînait autour de ma Dasha ? — se moqua Élisabeth. — Il va devoir apprendre ce que c’est qu’être adulte et responsable ! Il a fait un enfant, il assume ! Sinon, y’a les autres solutions : procès, pension alimentaire… Marie resta bouche bée. — Tu vas avaler une corneille, — lança Élisabeth, sarcastique. — Et crois pas que je ne sais rien même si je bosse du matin au soir ! — Je ne viens pas te provoquer, je veux régler ça à l’amiable ! — dit Marie en se ressaisissant. — Je suis prête à payer pour la tranquillité ! — Tu veux payer quoi au juste ? — demanda Élisabeth. — Pour avoir mis ma Dasha enceinte ? Parce qu’il la fuit depuis deux mois ? Ou pour que ma Dasha avorte ? Ou c’est l’acompte des futures pensions quand Dasha accouchera ? Du choix, Marie n’en voulait aucun, surtout le dernier ! Car à tout moment, son fils pourrait être touché et appelé à répondre ! — Ne me perturbe pas ! — Marie brandit un doigt. — Je t’offre de l’argent pour qu’on règle ça une bonne fois pour toutes ! Tu fais ce que tu veux : avortement, tu gardes l’enfant, tu le mets à l’assistance ! Mais que mon Ivan n’ait rien à voir là-dedans ! Et si tu veux plus, dis combien ! Sinon, j’emprunte au nom de mon mari ! — Eh bien Marie, va donc te faire voir ! — dit Élisabeth. — En tant que femme respectable, je ne peux même pas te dire où ! Et vu ta proposition, la respectabilité, tu connais pas ! Alors tu sais où aller et pour combien de temps, et où cacher ton argent, aussi ! — Élisabeth, soyons raisonnables ! — s’énerva Marie. — Bonne route ! — répondit Élisabeth. — Sinon je lâche le chien ! Jusqu’au bout, Marie ne savait pas si elle avait réussi à protéger son fils, mais tant qu’Élisabeth était en colère, elle ne laisserait pas Dasha approcher Ivan. Cela donnait à Ivan le temps de se ressaisir et de continuer paisiblement ses études. Et si Élisabeth changeait d’avis, Ivan aurait déjà disparu. Direction la fac, en ville. Et là, la ville, c’est la ville : on peut s’y perdre cent ans sans être retrouvé ! Marie se contint à grand-peine de ne pas attraper Élisabeth par la tresse : — Quelle fière ! Elle méprise mon argent ! Et pourtant je suis venue en douceur ! Elle veut lâcher le chien ! Non mais vraiment ! Avec des femmes comme ça, on ne s’assoit pas au même champ, elles vous retournent comme une crêpe ! Marie ne savait pas alors que l’histoire ne faisait que commencer. Pourtant, elle avait commencé plus tôt. Les parents découvrent rarement les problèmes de leurs enfants à temps. Souvent, c’est bien trop tard. On ne peut qu’espérer qu’il n’est pas trop tard pour arranger les choses. Quand une commère révéla à Marie que son Ivan avait engrossé la Dasha d’Élisabeth, son cœur faillit s’arrêter. — Ivan aurait craqué pour Dasha ? Elle… — pour ne rien dire de trop, Marie se rattrapa vite, — vient d’une famille nombreuse ! Rien à attendre d’elle ! Jamais Ivan ne l’aurait regardée ! — Je rapporte ce qu’on m’a dit, — dit Ignatievna. — Tu veux vérifier, demande à n’importe qui au village ! Tout le monde sait — sauf toi ! Sous le rire grinçant d’Ignatievna, Marie rentra chez elle, ni mari, ni fils : ils étaient partis en forêt. Elle aurait dû s’activer dans la maison, mais elle était bouleversée par la nouvelle. Une nouvelle pire que tout… — Mais pourquoi ? Pour quoi ? Pourquoi eux ? Après s’être rongée les nerfs toute la journée, Marie était à bout. Quand le fils arriva, elle l’interrogea : — Où es-tu allé trainer ? Personne de convenable au village ? Ivan dut avouer. Il pensait tenir jusqu’à la fin des vacances et filer dans le bourg où il était à l’école. Là au moins, personne ne l’aurait attrapé. Peut-être aurait-il eu de la chance ! Mais de la colère de sa mère, il n’y échappa pas. Ivan lâcha quelques larmes et essaya de s’attirer de la pitié. Ce n’était pas un Apollon, ni particulièrement intelligent, ni beau. Il n’attirait pas les filles. Mais l’âge et les hormones le poussaient ! Et ses copains se moquaient, qu’il finirait vieux garçon ! — Dasha était d’accord ! — Dasha dirait oui à n’importe quel mec ! — s’exaspéra Marie. — Dix-neuf ans, et les cavaliers la fuient ! Il faut être fou pour s’attacher à une famille comme ça ! Ils sont pauvres, le père cloué au lit ! Prends Dasha, et tu bosses pour leur tribu toute ta vie ! — Maman, elle est gentille ! Douce et attentionnée ! — pleurait Ivan. — Et sa laideur ne t’a pas gêné ? — cria Marie. — Comment as-tu… Ivan rougit et baissa la tête. — Mon dieu, quelle galère ! — Marie porta la main à son cœur. — On n’a couché ensemble que deux fois, — murmura Ivan. — Il n’en fallait pas plus ! — s’emporta Marie. — Les conséquences ne vont pas tarder ! Et tu dois intégrer la fac dans un an ! Comment faire avec un enfant ? On va te coller une pension alimentaire ! — Peut-être que ce n’est pas de moi ? — espéra Ivan. — On aimerait croire, mais qui d’autre serait tombé dessus ? — gémit Marie. — Quoi qu’il en soit, si on n’arrive pas à s’arranger, seulement avec un test ADN ! Pas envie d’un enfant étranger et hors mariage ! — Pourtant, elle a promis fidélité… — souffla Ivan. — Espérons qu’elle ait menti, — marmonna Marie en sortant la boîte à économies. — Grégoire ! Ça concernait le papa d’Ivan, qui préféra filer dans sa chambre. — Il n’y a pas grand-chose ! — lança Marie. — C’est à la banque, — répondit Grégoire. — On récupère dans une semaine. — Oui, tiens ! On perd la tête avec tout ça ! — Marie s’affala dans son fauteuil, boîte en mains. — Tu as entendu ce qu’a fait Ivan ? — Il a grandi ! — sourit Grégoire. — On va préparer le mariage ? — T’es fou ? Quel mariage ? Avec qui ? — Marie faillit s’étouffer. — Jamais de la vie ! On va payer pour qu’ils nous laissent tranquilles ! Cent mille, ça suffira ? — J’en sais rien — Grégoire haussa les épaules. — Mais aujourd’hui, Élisabeth est dans le besoin, elle serait contente d’un sou ! — Non, on ne s’en sortira pas avec une pièce, — murmura Marie. Marie compta l’argent liquide, puis pensa au compte à la banque. — On a deux cent mille, — finit-elle. — Je propose cent en premier. Si elle négocie, je donne deux cent ! Sinon, dans une semaine, on aura cinq cent. Marie acquiesça selon ses propres calculs. — Tu veux que je vienne ? — demanda Grégoire. — T’aurais mieux surveillé ton fils, on n’en serait pas là ! — grinça Marie. — Je me débrouille ! *** La réponse d’Élisabeth ne donna rien, et Dasha n’avait rien à décider. Ivan passa tranquillement la fin des vacances dans le bourg pour ses études. Défense de revenir avant l’été prochain ! Et une fois qu’il eut quitté le village, plus personne n’en parlait. Seule Dasha subit les commérages, enceinte puis mère. Et Élisabeth aussi. — Elle n’a même pas pu obtenir une pension d’Ivan ! Maintenant c’est elles qui n’ont plus rien à bouffer ! Élisabeth répondait qu’on ne viendrait pas faire la manche, qu’elles s’en sortiraient ! En juin, Ivan revint au village. Mais les parents ne le laissaient pas sortir. Il devait repartir dès les examens finis. Direction la fac, rien à traîner ! Mais Ivan rata les examens, même pas pris en payant. — Grégoire, file chez le bureau du service militaire ! — exigea Marie. — S’ils l’envoient à l’armée, il oubliera tout ! Sinon, il retentera la fac l’année suivante ! Peine perdue. Et pour avoir insisté, Grégoire se fit casser une côte puis mit quinze jours en prison. De retour, Grégoire expliqua comment Ivan pouvait avoir un ajournement : — Faut qu’il épouse Dasha et reconnaisse l’enfant ! Tant que l’enfant a moins de trois ans, Ivan a le temps ! Après, il en remet un et ça repart ! À la fin, il sera trop âgé pour être conscrit ! — On t’a assommé le cerveau ? — s’écria Marie. — On ne souhaite pas de telle famille à ses pires ennemis ! — Sinon, il part à l’armée ! — rétorqua Grégoire. L’idée de laisser Ivan partir à l’armée terrorisait Marie plus que le mariage avec Dasha. Mais pas le choix. — On va supplier Élisabeth, — céda Marie. — Prends la boîte ! Peut-être qu’elle acceptera… — Après qu’elle t’a envoyée balader ? — rigola Grégoire. — Et tout ce qu’elle a vécu cette année ? Peut-être il vaut mieux le cacher en forêt jusqu’à ses vingt-sept ans ! — Prends la boîte et viens ! — commanda Marie.