Impuissance et désarroi : un sentiment universel à la française

Désespoir et Confusion

Élodie sortit de léglise triste, mais avec un fragile espoir. Elle avait supplié le Seigneur, les larmes aux yeux, de lui accorder un enfant. Avec son mari, ils essayaient depuis plus de dix ans, sans succès. Alors, elle sétait mise à fréquenter léglise, implorant, priant sans relâche. Dix ans de mariage avec Olivier, et pas une seule grossesse.

Combien de larmes avait-elle versées ? Combien de médecins avait-elle consultés ? La réponse était toujours la même :

« Vous êtes en bonne santé, cela arrive parfois, il faut patienter Le temps nest pas encore venu. »

« Mais jusquà quand, Olivier ? Combien de temps encore ? » disait-elle en regardant son mari. « Sans enfant, une famille nest pas complète. »

Olivier souffrait aussi. Il rêvait dun héritier, dautant plus quil dirigeait une entreprise prospère. Ils vivaient dans laisance, ne manquant de rien sauf dun enfant.

« Élodie, et si nous adoptions ? Un tout-petit, nous lélèverions comme le nôtre, » proposa-t-il un jour.

« Non, Olivier, je veux porter mon enfant. Les médecins disent que je suis en bonne santé »

Peut-être Dieu eut-il pitié dÉlodie, ou peut-être était-ce enfin le bon moment, mais elle tomba enceinte. La joie fut immense, indescriptible. Bien que la grossesse fût difficile, elle endura tout avec patience pour cet enfant tant attendu.

Théo naquit fragile, souvent malade. Ses parents le couvraient dattention, veillant sur lui jour et nuit. En grandissant, ils le protégeaient de tout, lisolant même des autres enfants, de peur quil ne tombe malade. Élodie lemmenait se promener loin des aires de jeux.

Ils lui offraient le meilleur : à quatre ans, il avait déjà une tablette, et à son entrée au CP, un téléphone haut de gamme. Tout ce quil désirait, il lobtenait. Mais plus Théo grandissait, plus son caractère devenait insupportable.

Olivier travaillait sans relâche, Élodie restait à la maison, soccupant de leur fils. Elle le conduisait à lécole, lui préparait ses plats préférés. Si elle osait cuisiner autre chose, Théo semportait :

« Quest-ce que cest que cette nourriture ? Je ne mangerai pas ça ! Je veux ma soupe ! » Et il vidait la salière dans son assiette pour la rendre immangeable.

À treize ans, Théo était ingérable. Élodie en parlait à son mari, qui la rassurait :

« Élodie, cest ladolescence. Ça passera. »

Un soir, Olivier rentra du travail, un paquet à la main :

« Théo, je tai acheté un nouveau téléphone. »

Le garçon prit la boîte et disparut dans sa chambre. Une minute plus tard, des cris retentirent :

« Cest quoi, ce truc ? Je tavais dit lequel je voulais ! Seuls les misérables ont ce modèle. Vous voulez quon se moque de moi ? » Il lança violemment lappareil contre le mur et claqua la porte.

Les parents échangèrent un regard perplexe.

« Je te lavais dit, » murmura Élodie. Olivier ne répondit rien.

Il en allait de même pour les vêtements, les chaussures. Ils nachetaient plus rien sans son accord, sous peine de voir Théo piquer une crise. Puis un jour, lécole appela.

Élodie comprit quil sagissait dun problème sérieux.

« Bonjour, madame Lefèvre, » dit le professeur principal. « Merci dêtre venue. Nous devons parler du comportement de Théo. Il insulte les enseignants, perturbe les cours. Quand on le réprimande, il ricane et menace de porter plainte pour violation de ses droits. »

« Il prête son téléphone aux autres puis leur extorque de largent. Il exige quils fassent ses devoirs. »

Élodie aurait voulu disparaître sous terre. La honte la brûlait.

« Sil vous plaît, madame, agissez, » conclut le professeur.

Elle sexcusa et promit dintervenir. En rentrant, elle se demanda si elle ne craquerait pas un jour, si elle ne giflerait pas son fils.

« Où avons-nous échoué ? Nous laimons tant Comment laffection a-t-elle pu engendrer tant de méchanceté ? »

Ils ne parvenaient pas à gérer leur unique enfant. Leurs voisins, en revanche, avaient quatre enfants. Jamais de cris, jamais de désordre. Les aînés aidaient même Élodie à porter ses courses. Un jour, elle demanda à leur mère, Claire, son secret.

« Mon mari vient aussi dune famille nombreuse. Il dit quavec plusieurs enfants, lharmonie vient naturellement. Ils sentraident. »

Élodie lécouta, envieuse. Jamais elle navait entendu un mot déplacé chez eux.

Théo rentra de lécole, jeta son sac par terre, éparpillant ses baskets de luxe dans lentrée.

« Jen ai marre de cette école, marre des profs. Maman, je tavais dit de ne pas entrer dans ma chambre ! »

Élodie se tut. Elle était encore sous le choc de sa rencontre avec le professeur.

Théo était toujours en colère, toujours mécontent. Ce soir-là, il refusa de venir dîner. Élodie entra dans sa chambre et le vit, debout, en train de découper lentement sa veste en cuir, un sourire mauvais aux lèvres.

« Tiens, voilà pour ton rendez-vous à lécole. Tu las voulu, non ? La veste était chère ? Tu men achèteras une autre, encore plus chère, sinon je recommencerai. »

Sous ses yeux, il continua à lacérer le vêtement. Élodie ny tint plus et le gifla. Théo, surpris, porta la main à sa joue. Elle eut un élan pour le serrer dans ses bras, mais son expression glaciale len empêcha.

« Cest comme ça ? Eh bien, on va voir ! »

Il saisit son téléphone et composa un numéro.

« Police ? Venez vite, ma mère me frappe. Oui, ma propre mère. Mon adresse ? Notez »

Lagent qui arriva sembla déconcerté. Il regarda Élodie, puis Théo, lappartement bien meublé.

« Je me trompe ? »

« Non, cest moi qui ai appelé, » cria Théo. « Elle ma frappé. Je veux quelle soit punie. »

Le policier, habitué aux parents ivres et aux enfants négligés, resta stupéfait.

« Une dispute familiale ? Ça arrive. Vous réglerez ça entre vous. »

Il se dirigea vers la porte.

« Non ! Je connais mes droits. Si vous partez, je porte plainte contre vous aussi ! »

Le policier, interloqué, regarda Élodie.

« Emmenez-le, » murmura-t-elle, épuisée. « Peut-être que là-bas, il comprendra »

Peu après, les services sociaux arrivèrent. Après avoir écouté Théo exiger la punition de sa mère, ils échangèrent un regard entendu.

« Prépare-toi, Théo. Tu viens avec nous. »

« Où ça ? »

« En foyer. Si tu es maltraité ici, nous devons agir. »

Stupéfait, Théo dut suivre. Avant de partir, une assistante sociale glissa à Élodie :

« Je vous appellerai. »

Une fois la porte refermée, Élodie seffondra dans un fauteuil.

« Olivier, je naurais jamais imaginé quon nous enlève notre fils Mais cest peut-être notre seule chance. »

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