**Journal Intime Un Soir dAutomne**
*Maman mérite de fêter son anniversaire à la maison, tandis que tes parents misérables nont quà disparaître !* Ces mots résonnaient encore dans ma tête. La maison de campagne, aux volets sculptés et au toit légèrement penché, se dressait entre les vieux pommiers. Elle mavait été léguée par mes parents après la disparition de ma grand-mère. Chaque coin de cette demeure gardait le souvenir de mon enfance. Jy vivais désormais avec mon mari, Sébastien, depuis trois ans.
Ce soir de septembre, le ciel se teintait de pourpre. Sur la véranda, je disposais les tasses pour le thé. Par la porte ouverte, jentendais la voix de mes parents Pierre racontait à Maman comment il avait récolté les dernières tomates dans la serre.
*« Françoise, il faudra déterrer les carottes demain, avant les premières gelées. »*
*« Bien sûr, Pierre. Camille, tu pourras nous aider ? »* demanda Maman en se tournant vers moi.
Jacquiesçai en versant leau chaude. Mes parents étaient arrivés au début de lété et sétaient aussitôt mis à aider aux tâches quotidiennes. Papa réparait la clôture, soccupait du potager, tandis que Maman préparait des confitures avec les groseilles et les framboises du jardin. La maison sétait remplie de cette douce routine le craquement du parquet, lodeur du pain frais, les conversations à la lueur des bougies.
Sébastien apparut sur le seuil, secouant les gouttes de pluie de sa veste. Ingénieur en ville, il rentrait tard chaque soir.
*« Pierre, comment avance la réparation du toit du garage ? »*
*« Il faudra changer quelques planches, elles sont complètement pourries. »*
Mon mari but son thé en silence, hochant à peine la tête. Javais remarqué son air absent ces derniers temps, ses sourcils froncés sans raison. Le soir, après le départ de mes parents, il restait devant la télévision, zappant sans but.
*« Quelque chose ne va pas ? »* lui demandai-je un soir en masseyant près de lui.
*« Non, rien. »*
Je ninsistai pas. Les hommes ont leurs humeurs, surtout en automne. Peut-être était-il simplement fatigué.
Pourtant, quelques jours plus tard, son attitude changea. Lorsque Papa proposa de laider avec le garage, il refusa sèchement. À table, il répondait à peine. Françoise sinquiéta, mais je la rassurai.
Puis, ce samedi matin, alors que mes parents étaient partis en forêt cueillir des champignons, Sébastien maborda dans la cuisine.
*« Camille, il faut que nous parlions. »*
Son visage était grave.
*« Maman fête ses soixante ans bientôt. Elle veut organiser une réception ici. Inviter la famille, les amis. Tu sais comme elle aime recevoir. »*
Je hochai la tête. Ma belle-mère, Colette, adorait les festivités.
*« Et alors ? »*
Il hésita, puis me regarda droit dans les yeux.
*« Tes parents devront partir. Ne serait-ce quune semaine. Maman voudra tout réorganiser. Il ny aura pas assez de place pour tout le monde. »*
Je restai figée.
*« Partir ? Où iraient-ils ? Cette maison est à moi, ils ont parfaitement le droit dy être. »*
*« Ce nest que temporaire ! Ils pourraient aller chez ta tante ou dans une résidence. »*
Je suspendis lentement le torchon.
*« Sébastien, tu es sérieux ? Les expulser pour une fête ? Ils nous aident chaque jour ! Sans eux, nous ne tiendrions jamais cette maison. »*
Il sapprocha.
*« Camille, comprends. Maman a toujours rêvé de cette célébration. Nos proches viennent de loin. Tes parents… pourraient bien saccorder une pause. »*
*« Mes parents ? »* ma voix se durcit. *« Pierre et Françoise vivent ici parce quils en ont le droit. Personne ne les chassera. »*
Son visage sassombrit.
*« Tu ne comprends pas. Maman a tout organisé. Musiciens, traiteur. Annuler maintenant serait impossible. »*
*« Alors quelle loue un salon. »*
Les poings de Sébastien se serrèrent.
*« Écoute, Camille ! Maman mérite cette fête. Tandis que tes parents nont même pas de quoi vivre sans nous ! »*
Le choc me coupa le souffle.
*« Répète ça. »*
*« Ma mère a travaillé toute sa vie. Elle mérite ce jour. Tes parents nont rien accompli à part vivre à nos crochets ! »*
Un silence glaçant tomba. Ma voix, pourtant, resta calme.
*« Ils restent. Cest leur maison. Si ta mère veut une fête, quelle en trouve une autre. »*
Il frappa la table. Une tasse se brisa.
*« Tu es égoïste ! Tout est prêt ! »*
Je ramassai les morceaux.
*« Ce nest pas de légoïsme. Cest du respect. »*
*« Et moi ? Et ma mère ? Je suis ton mari ! »*
*« Un mari ne demande pas ça. »*
Il claqua la porte en hurlant :
*« Je pars chez Maman. Là-bas, au moins, on me respecte ! »*
Le moteur rugit.
Quand mes parents rentrèrent, je leur dis quil était allé voir Colette. Pierre me regarda longuement.
*« Il sest passé quelque chose ? »*
*« Rien dimportant. »*
Mais le soir, autour de la table, je compris : le vrai bonheur était là. Dans ces silences complices, ces projets simples. Demain, nous cueillerions les pommes. Maman ferait de la confiture.
Sébastien avait choisi. Entre une fête et sa femme. Entre le respect et lorgueil.
Moi aussi, javais choisi.
Cette maison était le refuge de ceux qui y mettaient leur cœur. Personne nen chasserait ceux qui laimaient.
Même sil fallait, pour cela, perdre un mari.







