**Journal Intime Une Transformation Douloureuse**
Je rentrais chez moi, épuisée, le cœur vide. Dune main, je tenais mon sac à main, de lautre, un cabas rempli de courses faites en chemin. Mes jambes tremblaient. Javais envie de masseoir par terre et de ne plus bouger. Mais à la maison, Rémi mattendait. Mon fils. Le seul sens de ma vie. Sans lui, jaurais mis fin depuis longtemps à cette existence absurde.
Certains naissent avec une cuillère en argent dans la bouche, tout leur réussit sans effort. Dautres, comme moi, sont nés pour souffrir. En seconde, lors de lanniversaire dune amie, javais rencontré un garçon de deux ans mon aîné. À mes yeux, il était adulte, sûr de lui, sans limites. Je suis tombée amoureuse, jai perdu la tête.
Je nétais pas belle, mais jolie, comme toutes les filles de mon âge. Mon regard franc, mes cheveux châtains lisses, mes lèvres bien dessinées, ma silhouette fine avec des rondeurs aux bons endroits.
En janvier, ma mère avait été hospitalisée pour une pneumonie. Lappartement était à ma disposition, ainsi quà celle de mon petit ami. Cest alors que cest arrivé, comme cela arrive aux filles inexpérimentées de dix-sept ans. Jai cédé aux promesses et aux mots damour, si faciles à prononcer quand on est épris.
Quand jai compris que jétais enceinte, jai couru le trouver.
Quest-ce que jai à voir avec ça ? Quel genre de père je pourrais être ? Regarde-moi. Trouve-toi un autre pigeon, a-t-il répondu avant de disparaître de ma vie aussi vite quil y était entré.
Et maintenant, que faire ? À qui en parler, à qui confier mon malheur ? Le temps passait, et je narrivais pas à me résoudre à en informer ma mère.
Le printemps est arrivé, il était temps de sortir les vêtements légers. Je me tenais devant le miroir, essayant de fermer mon jean sur ma taille épaissie. Mon chemisier ne boutonnait plus sur ma poitrine.
Tu as pris du poids, a commenté la voix de ma mère derrière moi. Jai sursauté. Voyons voir Elle ma tournée vers elle, a soupiré et sest passé la main sur le front.
De qui ? Depuis combien de temps ? Pourquoi tu nas rien dit ? a-t-elle enchaîné.
Elle a crié, ma humiliée, puis a couru après moi alors que je sanglotais, une serviette à la main. Puis nous nous sommes assises sur le canapé, enlacées, pleurant ensemble. Il était trop tard pour avorter.
Jai passé mon bac, mais je nai pas pu entrer à luniversité. Fin septembre, jai mis au monde un adorable petit garçon, dont les traits rappelaient ceux de mon amour égoïste et irresponsable.
Quand Rémi a grandi, ma mère la aidé à trouver un emploi dans un bureau de gestion immobilière. Je détestais ce travail. Les clients se plaignaient sans cesse, exigeaient, menaçaient. Cétait dur de suivre. Le soir, je nettoyais des bureaux et des halls couverts dempreintes de chaussures. Mon fils grandissait, il fallait lhabiller, payer la crèche.
Rémi était un enfant calme, qui ne causait pas de soucis à sa mère ou à sa grand-mère. Je me privais de tout, pour quil ne manque jamais damour, dattention ou de jouets.
Quand il a commencé lécole, ma mère est tombée gravement malade et est morte huit mois plus tard. Jai pris un deuxième emploi le ménage dans un bureau voisin. Laver les sols nétait rien, mais il fallait aussi nettoyer les vitres après les rénovations. Je rentrais chez moi brisée de fatigue.
Puis mon fils est entré dans ladolescence. Il est devenu têtu et renfermé. Il ne répondait pas à mes questions sur lécole, boudeur. Je sentais quil fallait le surveiller. Il pouvait tomber dans de mauvais pas. Mais je rentrais tard, à peine la force de préparer un dîner simple et de lui demander comment sétait passée sa journée.
Dernièrement, jai remarqué des égratignures sur son visage, des bleus sur ses bras. Il haussait les épailles, disant quil était tombé en sport, quil avait trébuché
Et un jour, je lai vu avec une fille. Cela aurait pu être bien, mais elle avait lair étrange. Un pull noir trois tailles trop grand, un pantalon large, les cheveux teints en rouge et un piercing au nez. Peut-être était-elle gentille, peut-être était-ce juste la mode. Mais toutes les filles ne shabillaient pas ainsi.
Jai essayé de parler à mon fils, mais il sest renfrogné comme dhabitude et sest enfermé dans sa chambre. Que faire ? Jai pensé quil fallait quil traverse ce premier amour, comme une maladie. Les interdictions et les disputes nauraient rien arrangé. Mais mon cœur saignait. Il était seul toute la journée. Quil ne répète pas mon erreur, ou pire.
Je rentrais du travail, les jambes lourdes, essayant dapercevoir à travers les feuilles des arbres la lumière aux fenêtres de lappartement. Les vitres sombres ne laissaient aucun doute Rémi nétait pas là.
Je gravissais péniblement les marches, regardant en bas et secouant la tête, comme un cheval de trait. La poignée du sac me coupait les doigts, javais envie de le jeter. Je me suis à peine appuyée contre le mur quand, comme une tornade, Thomas, lami de Rémi, a dévalé les escaliers.
Thomas ?! lai-je appelé. Pourquoi cours-tu comme un fou ?
Le garçon a encore fait quelques pas avant de sarrêter. Il a hésité un instant, puis, sautant deux marches, est revenu vers moi.
Tatie Sophie Thomas a repris son souffle. Je croyais que Rémi nest pas chez lui. Alors il est avec eux
Dis-moi, quest-ce qui se passe ? Où est Rémi ? Avec qui ?! ai-je demandé, agitée.
Jai Jai entendu ce quils disaient Lola, sa copine, la convaincu, lui et dautres garçons, de sauter du toit de limmeuble neuf pour prouver son amour, et ils filmeraient pour internet, a balbutié Thomas avant de repartir à toute allure, me laissant le cœur serré dangoisse, mais avec lespoir que ces deux jeunes trouveraient la force de se protéger lun lautre et comprendraient que lamour vrai ne demande pas de sacrifices insensés, mais de la patience et de la compréhension.






