Sur un tapis de feuilles jaunes…
Élodie regardait la liste des prescriptions, prenait un autre plaquette et en pressait les comprimés dans des gobelets en plastique. Une routine quotidienne préparer les médicaments pour les patients.
Ainsi passerait toute une vie dans une succession dactions monotones. Seule. Son cœur se serra, comme si une blessure fraîche sétait rouverte et saignait. Élodie revécut la veille dans ses moindres détails. Chaque mot blessant de son mari résonnait en elle comme une douleur lancinante.
Elle jeta le blister vide dans la poubelle près de la table, prit un flacon, versa une poignée de comprimés dans sa paume et commença à les distribuer, accélérant peu à peu le rythme. Pendant ce temps, ses pensées étaient bien loin, dans le passé…
“Élodie, quest-ce que tu fais ?” La voix de linfirmière en chef résonna tout près. Élodie sursauta, le flacon lui échappa des mains, renversant les gobelets. Elle regarda, désemparée, les comprimés éparpillés sur le plateau.
“Quest-ce qui tarrive ? Tu réalises que tu aurais pu tuer des patients en leur donnant une surdose ? Éloigne-toi de la table !” Linfirmière en chef la repoussa. “Mon Dieu, quest-ce quon va faire maintenant ?”
“Désolée, Madame Lefèvre, je vais tout réparer…” Élodie prit lun des gobelets, en versa le contenu dans sa main et fixa les comprimés, ne sachant que faire.
“Donne-moi ça ! Elle va réparer… Comment veux-tu les trier maintenant ?” Elle balaya les comprimés de la main dÉlodie et les jeta à la poubelle.
“Je me suis juste perdue dans mes pensées…” Les mains dÉlodie tremblaient, son regard était horrifié.
“Si je nétais pas entrée à temps, je ne sais pas ce qui serait arrivé. Tu voulais finir en prison ?” sexclama linfirmière en chef.
“Je ne sais pas comment cest arrivé…” Élodie seffondra sur une chaise, cacha son visage dans ses mains et sanglota, ses épaules secouées par des sanglots silencieux.
“Au moins, tu nas pas fait les injections ?”
Élodie secoua la tête, continuant de pleurer.
“Tu nas jamais été aussi distraite avant. Pourtant, tu nes pas une novice.”
“Mon mari… Il ma quittée hier…” Sa voix était étouffée, presque inaudible.
“Ah, je comprends. Bon, arrête de pleurer.” Linfirmière en chef jeta les comprimés restants à la poubelle. “Je moccupe des médicaments. Toi… Je ne peux pas te laisser travailler dans cet état. Tu ferais encore des bêtises, et on finirait tous les deux devant un tribunal.”
Élodie écarta enfin ses mains de son visage et se leva.
“Madame Lefèvre, je…”
“Reste assise. Ou mieux, rentre chez toi. Écris une demande de congé à partir de demain. Je lapporterai moi-même à la directrice.”
“Je voulais prendre mon congé quand ma fille accoucherait, pour laider. Je ferai attention, promis,” murmura Élodie, essuyant le mascara qui coulait sur ses joues.
“Une semaine suffira pour te ressaisir ? Tu prendras le reste plus tard. Et rentre chez toi, je ne veux plus te voir. Je ferai ton service. Et tiens-toi tranquille, sinon tu seras licenciée.”
Élodie cligna des yeux, confuse.
“Mon Dieu, cest effrayant de penser à ce qui aurait pu arriver,” gémit Madame Lefèvre. “Enfin, nos patients sont vigilants, ils auraient paniqué en voyant la dose que tu leur as préparée,” ajouta-t-elle, un peu plus calmement.
Elle était robuste, les boutons de sa blouse blanche semblaient sur le point de céder sous sa poitrine généreuse. Élodie, à côté delle, paraissait encore plus frêle.
“Et lave-toi le visage. Tous les maris, même les meilleurs, finissent par regarder ailleurs.” Soupirant, elle commença à redistribuer les comprimés. “Attends. Je te commande un taxi, tu pourrais te faire renverser dans cet état.”
Élodie ne protesta pas. Elle rédigea sa demande de congé, se changea, prit son sac et quitta lhôpital. Un taxi jaune lattendait déjà. Elle monta à larrière et donna son adresse.
Rentrer chez elle ne lui disait rien. *”Mon mari est parti, probablement heureux avec une plus jeune, et moi, jai failli envoyer des patients dans lautre monde. Il faut que je me reprenne…”* La sonnerie de son téléphone interrompit ses pensées. Sa fille.
“Maman, salut !” La voix joyeuse dAurélie la réconforta aussitôt. Elle navait pas distribué les médicaments, rien de grave nétait arrivé.
“Léa, ça va ? Pourquoi tu mappelles ?”
“Tout va bien, maman. Tes au travail ?”
“Non, je rentre en taxi. Aurélie, on ma mise en congé pour une semaine.”
“Pourquoi ? Tes malade ?” sinquiéta sa fille.
“Non, je vais bien. Cest juste… comme ça. Je peux venir chez toi pour la semaine ?”
“Bien sûr, viens. Quand ?”
“Dès demain. Si jarrive à avoir des billets pour le train de nuit…”
Elle parlait à sa fille sans remarquer que le taxi était déjà devant chez elle.
“Excusez-moi, nous sommes arrivés. Jai une autre course,” la pressa le chauffeur.
“Oui, oui. Combien je vous dois ?” demanda Élodie, éloignant le téléphone de son oreille.
Le chauffeur la regarda avec indulgence.
“Cest payé. La carte a été débitée quand le taxi a été commandé.”
“Ah ? Ce nest pas moi qui lai appelé…” *”Cest Madame Lefèvre qui a payé,”* réalisa-t-elle en sortant du véhicule.
“Maman, à qui tu parles ?” demanda sa fille.
“Au chauffeur. Je te rappelle quand jaurai mon billet,” dit-elle avant de vouloir ranger son téléphone dans son sac… qui nétait pas là.
La panique la submergea. Le taxi était déjà parti avec son sac. Les jambes molles, elle sassit sur un banc près de limmeuble, balayant quelques feuilles jaunes. *”Madame Lefèvre a raison, jai besoin de repos, à ce rythme, je vais perdre la tête…”*
Elle réfléchit à ce quil y avait dans son sac. Les clés étaient dans sa poche, son téléphone dans sa main… mais son portefeuille ! Peu dargent liquide, mais ses cartes ! Les cartes de réduction importaient peu, mais la carte bancaire… *”Pourquoi je reste là ? Il faut la bloquer !”*
Elle regarda vers lentrée de la résidence. *”Peut-être que le chauffeur reviendra ? Quil verra le sac oublié ?”* Elle se moqua delle-même. *”Il fallait que je demande à Aurélie de rappeler plus tard.”*
Elle bloqua la carte par téléphone et soupira de soulagement. Maintenant, il fallait se calmer. Elle entra chez elle. Lincident des médicaments et la perte de son sac avaient momentanément masqué le reste. Mais maintenant, la solitude revenait, écrasante.
Soudain, une colère contre son mari lenvahit. À cause de lui, elle avait perdu les pédales, et lui sen moquait…
Finalement, elle partit en voyage, acheta un billet pour le train et







