Parenté

La Cousine Inattendue

Un nouveau drame frappa la jeune famille un dimanche après-midi. On se mit à sonner à la porte. Le mari jeta un œil et découvrit un garçon sale, barbu et malodorant, sans sac ni toile à la main.

Déjà, il sapprêtait à demander ce quil voulait quand linconnu le coupa : « Est-ce que je peux voir Léa ? » Puis il se mit à crier : « Léa, sil te plaît, viens ! Léa ! »

La femme arriva, le détailla sans comprendre. Les yeux suppliants, le gars insista : « Léa, je suis ton cousin Théo. On ne sest jamais vus. Je suis à la rue Tu peux pas me laisser crever. »

Ils le firent entrer bonjour lodeur de fauve en décomposition. Théo saffala contre le mur, prêt à tomber : « Mille bornes en stop, à la belle étoile, jai vendu mon téléphone, mendié Faut pas mabandonner. »

Il reprit, la voix brisée : « Ma femme ma viré, ma mère ma claqué la porte au nez. Tes ma seule famille. Jai tout perdu, jai besoin de toi. »

Respirer devenait sportif dans lentrée minuscule. On ne pouvait tout de même pas le jeter à la rue ? Direction la salle de bains. On lui fila un jogging propre, son accoutrement partit direct à la poubelle une corvée pour le mari.

Propre mais hagard, Théo fixait la cuisine du regard. Que faire ? Léa linstalla à table. Son mari la tira alors à lécart : « On va garder ce farfelu ? Tas perdu la tête ? Il va nous égorger pour nos trois euros ! Quil aille aux restos du cœur ! »

Léa secoua la tête : « Je peux pas. Pas parce quil est de la famille, mais parce quil est humain. »

Sauf quen revenant, spectacle désolant : Théo lapait la soupe directement dans la casserole, la bouillie dégoulinant sur son menton. Lappétit de Léa senvola adieu, déjeuner dominical.

Elle lui mit un bol dans les mains, du pain à côté. Miracle : il parvint à manger comme un civilisé. Une fois rassasié, elle le secoua : « Allez, explique-toi. »

Il avoua entre deux hoquets : « On ma rejeté comme un chien galeux. Ma mère ma claqué la porte au nez. Javais plus quà crever sous un pont. Toi tétais mon dernier espoir. »

Léa insista : « Mais pourquoi tas été viré ? » Silence gêné. Théo posa sa tête sur la table, épuisé. On lui donna des vieilles vestes en guise de matelas dans un 30 m², on fait ce quon peut.

Pendant quil ronflait, Léa appela sa tante. « Votre Théo est là. Puant comme un égout. Quest-ce quil a fait ? »

La tante explosa en sanglots : « Ce nest plus mon fils ! Il a bu, joué, tout perdu Pendant que sa femme était partie, il a vendu les meubles ! Même mes bijoux y ont passé. Alors sil est chez toi, balance-le ! »

Léa sénerva : « Super, cest moi qui dois gérer ça ? Mon mari veut le dégager, moi je suis mal à laise ! »

La tante ricana : « Balance-le, ou il te ruinera. »

« Facile à dire ! » cracha Léa avant de raccrocher.

Son mari revint, furieux : « Je lui file dix euros et il dégage. Sinon, cest moi qui pars. »

Léa refusa. Il claqua la porte, parti chez sa mère.

La nuit fut longue. Au matin, Léa secoua Théo : « Ta mère ma tout dit. Tu peux pas rester. Mon mari ma quittée à cause de toi. »

Elle lui proposa une association caritative. Théo la fixa, les yeux humides : « Je suis un criminel, Léa Mais jai changé. Je ferai plus de mal à personne. »

Dingue quil ait traversé la France à pied Peut-être avait-il la gale en plus de ses dettes ? Impossible de le laisser seul

Une recherche sur Internet plus tard : « Désolée, plus de places avant deux jours », lui dit-on au téléphone.

Deux jours denfer ! Son mari linsultait par SMS, la traitant didiote. Elle annula même son travail.

Mais peu à peu, Théo redevint humain. « Merci, Léa. Tas sauvé ma vie », répétait-il.

Finalement, une place se libéra. Il partit. Silence radio pendant cinq ans.

Puis un jour, Théo sonna à la porte bien habillé, une femme à son bras : « Je viens pas squatter, promis. Juste te remercier. Sans toi, je serais mort. »

Il avait un boulot stable en banlieue. Jamais revu sa mère. Léa restait sa seule famille.

Depuis, il lappelait pour les fêtes. Une fois, il lui glissa : « Si tas besoin, je suis là. Je te dois tout. »

Pas très gênant Mais au moins, Léa comprit une chose sur son ex-mari.

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Parenté
Mon fils n’est pas prêt à être père… « Salope ! Petite ingrate ! » hurlait la mère à sa fille Nathalie, sans retenue. Le ventre arrondi de sa fille ne calmait en rien la fureur maternelle, bien au contraire, il l’attisait encore plus. « Va-t’en de chez moi et ne reviens jamais ! Que je ne te revoie plus ! » La mère l’a vraiment mise à la porte. Ce n’était pas la première fois qu’elle renvoyait Nathalie dehors pour une bêtise, mais cette fois, être « enceinte » c’était la punition suprême : qu’elle ne revienne que « quand tout serait réglé ». En larmes, avec une petite valise, Nathalie est allée rejoindre son amoureux, complètement perdu. Il s’avéra que Nizar n’avait même pas annoncé à ses parents que Nathalie était enceinte de lui. La mère de Nizar s’empressa de demander s’il était encore temps de faire quelque chose. Bien sûr que non, le ventre était bien visible déjà. Nathalie, en état de choc, était prête à tout pour qu’on l’aide. Un mois plus tôt, elle rejetait encore catégoriquement l’idée de sa mère, maintenant elle ne ressentait que détresse et angoisse pour l’avenir. — Mon fils n’est pas prêt à être père ! trancha la mère de Nizar. Il est trop jeune, tu risques de lui gâcher la vie. Bien sûr, nous t’aiderons comme nous pourrons. Pour l’instant, j’ai demandé à une amie de t’arranger une place au centre d’hébergement pour jeunes filles enceintes en difficulté, — celles dont personne ne veut. Au centre, Nathalie eut droit à une petite chambre. Elle put enfin souffler, se reposer, se préparer moralement et physiquement à l’accouchement avec l’aide d’un psychologue. Lorsque ce moment arriva, que le tout petit paquet fut posé dans ses bras, Nathalie eut peur, elle paniqua. En se reprenant, elle s’est mise à observer ce petit miracle : sa fille. Noël approchait, mais au lieu d’une bonne nouvelle, Nathalie apprit qu’elle devait trouver une solution : on attendait d’autres filles pour occuper sa place. Avec la petite Ève d’un mois lovée contre elle, Nathalie se retrouvait seule, sans solution, ne sachant comment survivre, où dormir. Sa mère n’avait pas voulu entendre parler d’elle ni de la petite-fille. — Dis donc, ma petite, comme notre réveillon est triste… murmurait Nathalie à sa fille, elle qui aimait tant cette fête. Petite, elle avait l’habitude d’aller chanter de porte en porte, elle connaissait toutes les chansons, c’était l’occasion pour elle de gagner un peu d’argent avec les enfants du quartier. Elle eut très envie de retrouver cet esprit : sortir, chanter, ressentir la féérie de Noël. « Et pourquoi pas ? » pensa-t-elle. « Mon bébé est calme, je l’enroule bien au chaud, je la garde près de moi, et j’y vais, ça me fera du bien. Ceux qui ne m’ouvriront pas la porte, tant pis pour eux. » Le lendemain du réveillon, Nathalie choisit un quartier résidentiel paisible pour ses chants de Noël. Comme elle le pressentait, on lui ouvrit rarement la porte, car la tradition voulait qu’on attende les groupes de garçons. Mais parfois, elle parvenait à entrer, chantait d’une voix sincère, et les hôtes la remerciaient généreusement — argent, friandises, mais surtout une vraie compassion à la vue du bébé. Tous comprenaient que ce n’était pas de gaieté de cœur qu’une jeune maman se lançait dans une telle aventure. Aller de maison en maison n’était pas de tout repos. « Je vais encore aller frapper à cette villa-là, on dirait qu’ils sont riches — peut-être qu’ils feront un joli geste », se dit Nathalie, plus sereine maintenant que la poche replie de quelques billets lui avait redonné espoir. — Permettez-moi de chanter Noël ! lança-t-elle quand le propriétaire ouvrit la porte. Mais l’attitude de l’homme la surprit : il resta fixé sur son visage, puis sur le bébé, pâlit, chancela, s’assit, troublé : — Nadège ? demanda-t-il doucement. — Quoi ? Non, je m’appelle Nathalie… Vous me confondez sûrement avec quelqu’un d’autre. — Nathalie ? Mais tu ressembles tant à ma femme… Et ce bébé… C’est une fille ? — Oui. — Moi aussi, j’avais une fille… Elles sont mortes toutes les deux… accident de voiture. Et justement, il y a quelques jours, j’ai rêvé que ma femme et ma fille revenaient… Et puis vous… Est-ce possible ? — Je… je ne sais pas quoi dire… — Mais entrez donc ! Ne soyez pas gênée, racontez-moi votre histoire s’il vous plaît… D’abord, Nathalie fut inquiète devant cet inconnu au comportement trop émotif. Puis elle décida qu’elle n’avait de toute façon nulle part où aller. Elle entra dans la grande pièce. Au mur, la photo d’une femme et d’une petite fille : la défunte, qui lui ressemblait tant… Alors Nathalie se raconta, tout, en détail, pour la première fois, sans s’interrompre. Enfin, quelqu’un s’intéressait à elle. L’homme écoutait, silencieux, ne perdant pas une miette du récit, jetant parfois un regard attendri sur l’enfant qui dormait et souriait parfois en dormant. Sûrement sentait-elle qu’elle était rentrée à la maison, qui, bientôt, serait la leur…