**Journal de Pierre 15 octobre**
Aujourdhui, jai été témoin dune drôle de scène au café. Je métais arrêté prendre un café après une longue matinée au bureau, espérant me détendre un peu. La journée avait été éprouvante, et javais besoin dune pause. Mon repas habituel, une salade niçoise et un expresso, me faisait déjà plaisir à imaginer.
En entrant, le café était presque vide. Je mapprêtais à minstaller à ma table préférée quand jai aperçu une silhouette familière. Mon ami, Antoine, assis avec une femme que je ne connaissais pas. Une blonde sophistiquée, vêtue dune robe élégante, les doigts ornés de bijoux qui scintillaient sous la lumière. Ils riaient, échangeant des regards complices. Elle posa même une main sur son avant-bras, comme pour souligner une confidence.
Un frisson me parcourut. *Alors, cest comme ça ?* Ma première impulsion fut de les rejoindre et de mettre les choses au clair, avec éclat, comme dans ces films dramatiques. Mais je me suis retenu. Non, ce serait trop facile.
Je me suis éloigné, choisissant une table discrète doù je pouvais tout observer. Jai commandé ma salade niçoise et mon expresso, mais je ny touchais pas. Jai sorti mon téléphone et composé le numéro dAntoine. Son portable a vibré sur la table. Il a jeté un coup dœil à lécran avant de le faire taire aussitôt. *Ah, il ne veut pas répondre ?*
Je les surveillais du coin de lœil. Antoine chuchotait quelque chose à loreille de la blonde, provoquant un rire étouffé derrière sa main. Une bague en diamant brillait à son doigt. Mon estomac se serra. *Du calme, Pierre. Pas de panique.* Je me suis forcé à respirer, tripotant machinalement une serviette en papier.
Des souvenirs ont défilé : nos soirées entre amis, ses confidences sur sa relation avec Élodie. Tout cela était-il faux ? Je voulais croire quil sagissait dune simple collègue, mais son attitude me donnait des doutes.
Cest alors quun homme est passé près de ma table. Grand, élégant, avec une barbe de trois jours soignée. Lidée mest venue en un instant.
« Excusez-moi, » ai-je murmuré en linterpellant. Il sest arrêté, intrigué.
« Oui ? »
« Jai une demande un peu particulière » Jai hésité, cherchant les mots justes. « Voyez-vous, là-bas, cest mon ami Antoine. Et apparemment, il trompe ma sœur, Élodie. Pourriez-vous jouer le jeu avec moi ? Juste pour quil comprenne ce quelle ressentirait. »
Linconnu a réfléchi un instant avant de sourire.
« Daccord, pourquoi pas ? » Il sest assis face à moi.
« Pierre, » ai-je dit en tendant la main.
« Mathieu, » a-t-il répondu.
Je me suis penché vers lui, feignant une conversation animée. Antoine nous a remarqués. Son regard sest figé, puis il a détourné les yeux, mal à laise. Mathieu jouait parfaitement son rôle, riant aux bons moments.
Je me suis levé, lui prenant le bras.
« Passons devant eux, » ai-je suggéré.
Nous nous sommes dirigés vers la sortie. En passant près de leur table, jai lancé, dun ton innocent :
« Tiens, Antoine ! Quelle surprise de te voir ici. Et qui est cette charmante personne ? »
Antoine a bafouillé. La blonde a froncé les sourcils.
« Cest une collègue, » a-t-il marmonné.
La femme sest raidie.
« Une collègue ? » ai-je répété, feignant la surprise. « Je croyais que tu étais en réunion avec tes clients aujourdhui. »
Antoine a serré les dents.
« Pierre, cest quoi ce cirque ? » a-t-il grondé. « Qui est ce type ? »
Je nai pas cillé.
« Et toi ? Ta *collègue* sait-elle que tu es en couple ? »
La blonde sest levée brusquement.
« Tu as une petite amie ? » a-t-elle lancé, glaciale.
Sans attendre de réponse, elle est partie.
Antoine ma toisé, furieux.
« Bravo. Elle était cliente. Une affaire importante en dépendait. Et maintenant, tout est ruiné. »
Je haussai les épaules.
« Tu peux bien tamuser, alors moi aussi, non ? »
« Donc tu avoues ? »
Mathieu a toussoté, gêné.
« Je crois que vous pouvez vous arranger sans moi. »
Il sest éclipsé rapidement.
Antoine a jeté quelques euros sur la table avant de sortir à son tour.
Rentré chez moi, je lai trouvé assis sur le canapé, lair abattu.
« Pierre, » a-t-il soupiré. « Tu as vraiment fait ça à Élodie ? »
Jai secoué la tête.
« Non. Je ne connaissais pas ce gars. Jai voulu te faire payer, cest tout. »
Antoine a passé une main dans ses cheveux.
« Cette situation est ridicule. Je naurais jamais dû accepter ce rendez-vous. Je suis désolé. »
Je me suis assis près de lui.
« Promets-moi que ça ne se reproduira plus. »
« Je te le promets, » a-t-il murmuré.
Il ma serré dans ses bras, et la tension sest dissipée.
*Morale de lhistoire : parfois, une leçon cruelle est nécessaire pour rétablir la confiance.*







