Je te le redis: je ne veux pas de cet enfant! Tu veux des ennuis? Fais-le, mais ne reviens pas me réclamer quoi que ce soit! André hurlait à Amandine, lançant ces mots durs comme du fer, tandis quelle le regardait, incrédule, se demandant comment le même André quelle aimait tant pouvait dire cela. Elle sétait attachée à lui corps et âme, lui avait confié son cœur sans réserve.
Amandine et André sétaient rencontrés lorsque, tard dans la soirée, elle rentrait dun café du Marais où elle et son amie Inès fêtaient un anniversaire. Inès, qui avait un peu trop abusé du vin rosé, ne pouvait plus monter dans le taxi et a demandé à Amandine, qui navait jamais touché à lalcool, de laider. Le chauffeur, un type jovial nommé André, les a installées, les a déposées chez leurs parents et, avant même que le taxi démarre, ils ont entamé la conversation.
Le lendemain, André, déterminé, a appelé Amandine et la invitée à un premier rendezvous. Puis un deuxième, un troisième En une semaine, il lui proposait déjà de vivre ensemble dans le petit studio hérité de sa grandmère: un T2 avec un décor un peu défraîchi, mais qui était à elle. Amandine, à vingt ans, navait jamais eu de relation sérieuse. Elle nétait pas une bombe, elle était discrète, timide. Un jour, un beau garçon lui a proposé de sortir, mais Inès la attiré quelques jours plus tard. Amandine a pleuré deux jours, sest sentie indigne, puis a pardonné à son amie, qui, pour elle, les beaux hommes devaient courtiser les belles femmes.
Chaque jour, André la pressait de le laisser emménager, promettant même de déposer les papiers à la mairie rapidement, à condition dattendre quil amasse largent pour le mariage. Amandine a cru à ses paroles et a accepté, sans en parler à sa mère elle savait que celleci ne laurait pas approuvée. Les parents dAmandine vivaient dans une petite commune de la banlieue, rarement présents, toujours occupés par les travaux du jardin et leurs soucis de santé, donc elle navait pas peur quils découvrent son petit secret.
Les premiers mois furent idylliques: Amandine rentrait du travail comme sur des ailes, essayait toujours de préparer quelque chose de spécial pour impressionner son amoureux, voulant prouver quelle valait mieux que toutes les jolies filles du quartier. André se sentait comme le premier homme de la vie dAmandine, ce qui flatta son ego masculin. En plus, il ne demandait jamais dargent, car Amandine pensait quil économisait chaque euro pour le futur mariage.
Tout sest arrêté un soir dhiver. Amandine, un sourire timide aux lèvres, a annoncé à André quelle attendait un bébé. Son visage sest figé, et il a crié: «Fais lavortement!» Pourquoi? Si elle voulait cet enfant, il serait leur premier, le plus intelligent, le plus beau et le plus aimé.
Tu veux que jécoute des pleurs, que je sente des couches sales après le boulot? sest indigné André Et qui cuisinera pendant que tu seras occupée bébé? Où vastu trouver de largent quand tu seras en congé maternité? Ne compte pas sur mon salaire, je ne bosse pas pour ça.
Amandine, figée dhorreur, ne comprenait plus le tendre André dhier. Elle a rassemblé tout son courage et a répondu fermement quelle ne tuerait jamais son enfant. André a alors hurlé quil ne le reconnaîtrait jamais comme le sien, a ramassé ses affaires et est parti.
Cette nuit-là, Amandine a eu de la fièvre, a été alitée plus dune semaine. Une fois rétablie, elle a décidé de ne penser quà son bébé, à le faire naître en bonne santé. Son moral sest redressé, elle a trouvé un sens à sa vie.
Huit mois plus tard, alors quelle était déjà en congé maternité, elle croisa André devant son immeuble, les mains chargées de fleurs et dun sac de fruits.
Salut! la-t-il salué avec un enthousiasme qui sonnait faux Jai quelque chose de bon à toffrir. Tu ne peux pas ten procurer, tu nas plus dargent, nestce pas?
Ça va, je me débrouille, a répondu Amandine dune voix basse.
Voyant André, elle a ressenti un petit espoir, prête à le pardonner. Peutêtre avaitil changé, peutêtre allaientils enfin vivre comme une vraie famille. Mais il ne voulait pas revenir, il insistait seulement pour quelle le déclare père du petit Théo. Il promettait de lui verser une pension, daider avec le bébé, de venir souvent. Amandine, méfiante, a finalement cédé, ne voyant aucun avantage pour lui.
André est devenu un visiteur régulier, apportant légumes, fruits, lait. Il ne restait jamais longtemps, mais répétait sans cesse quil attendait avec impatience larrivée du petit.
Théo était très ressemblant à son père. La mère dAmandine, Véronique, est venue laider les premiers temps. Quand Amandine a raconté que André voulait être inscrit comme père, quil paierait la pension et quil voulait voir le bébé, Véronique a douté. «Pourquoi ne proposetil pas le mariage?», sestelle demandé, sentant quelque chose de louche. Mais André a convaincu même la grandmère, promettant de réfléchir au mariage, demandant juste de ne pas le presser.
Après la sortie de lhôpital, Amandine et André sont allés à la mairie et ont inscrit Théo sous le nom dAndré. Véronique a passé deux semaines chez sa fille, puis est rentrée chez elle.
Tout allait bien pendant quelques mois. Théo grandissait paisiblement, le lait suffisait, André passait chaque semaine, demandait si le bébé allait bien, donnait un peu dargent, récupérait toujours un petit reçu dAmandine. Elle ne comprenait pas ce comportement.
Le drame est survenu le jour où Théo a fêté ses neuf mois. Inès est apparue, une bouteille de vin à la main, proposant de célébrer. Amandine a rappelé quelle ne buvait pas delle allait nourrir son bébé.
Bravo, ma petite, alors lève ton verre, je le trinque à ta santé, a dit Inès en riant, renversant le vin sur le sol et éclatant de rire, refusant quAmandine nettoie.
Soudain, on a frappé à la porte. Une voix dhomme a demandé Inès. Amandine, soulagée que son amie parte, a ouvert, mais lhomme, bourré, sest jeté dans la cuisine, sest disputé avec Inès, hurlant, brisant la vaisselle. Théo sest réveillé, a pleuré, et les policiers sont entrés, suivis dAndré.
On a annoncé à Amandine que le père allait prendre le bébé, que lappartement était impropre à cause de lodeur dalcool, du désordre et du frigo vide. La voisine, Tante Tonya, une vieille grincheuse du cinquième étage, a crié quelle témoignerait en justice, affirmant que lappartement était un vrai chaos et demandant la perte de la garde dAmandine. Amandine, désespérée, a voulu quInès certifie quelle navait pas bu, mais les traces étaient déjà disparues.
Quand André emmenait Théo, Amandine a supplié, crié, pleuré, mais rien na changé. Elle est restée seule, sest effondrée sur le canapé, a perdu connaissance.
Le matin suivant, à bout de forces, elle sest rendue au commissariat. Personne ne voulait lécouter, on lui a dit que le juge retirerait la garde, que le bébé serait mieux dans une famille aisée avec son père. Sans résultat, Amandine est sortie en larmes, sest appuyée contre un mur, et a vu arriver une femme en uniforme.
Je suis vraiment désolée, je vois que vous êtes une bonne mère, a-telle déclaré. Le père de votre enfant est marié à la fille dun très riche homme qui ne peut pas avoir denfant à cause dune jeunesse tumultueuse. Tout a été arrangé. Il y a une solution: si vous aviez un mari respectable, le juge pourrait se prononcer en votre faveur. Vous connaissez quelquun? Même un mariage de façade, ça pourrait vous sauver.
Amandine a baissé la tête, navait personne. La policière la remerciée, elle est rentrée chez elle, sest assise sur le banc de lentrée et a sangloté.
Vous avez un problème? a entendu une voix masculine chaleureuse Je peux vous aider.
Mariezvous à moi, a répondu Amandine entre deux sanglots, levant les yeux.
Devant elle se tenait un homme grand, aux épaules larges, denviron trentecinq ans, avec une cicatrice qui traversait son visage.
Si ça vous sauve, jaccepte, a-til simplement dit, souriant.
Amandine la regardé, dabord effrayée, puis fascinée par ce sourire qui illuminait son visage meurtri. Ses yeux bleus, dune douceur infinie, la fixaient, lui insufflant une lueur despoir.
Vous êtes quelquun de respectable? atelle demandé, craignant de le vexer.
Jespère bien, a-til ri, Le président ma même décerné un ordre.
Alors mariezvous avec moi, sil vous plaît, jen ai besoin.
Une heure plus tard, elle racontait tout à Maxime, son ami denfance, autour dun thé à la groseille dans sa cuisine cosy. Maxime, rouge de colère, ne pouvait accepter quon prive une mère de son enfant. Il a pris la main dAmandine et la emmenée directement à la mairie. En militaire, il nattendait pas, ils ont été enregistrés le jour même.
Le tribunal a pris en compte toutes les circonstances, a donné gain de cause à Amandine, les faux témoins se sont embrouillés, déroutés par larrivée de plusieurs officiers en uniforme venus soutenir le mari du soldat. Le soir même, Théo sest endormi paisiblement auprès de sa mère.
Amandine a couvert son fils dune couverture, est allée à la cuisine où lattendait Maxime. Elle ne savait pas comment vivre après ce mariage factice, mais elle ne voulait pas se séparer de cet homme fort et fiable. Elle sest rendu compte quelle était tombée amoureuse, quil était devenu le plus que le sauveur. Elle sest approchée de la porte, a respiré profondément, prête à parler, mais Maxime a devancé:
Ma petite, que diraistu si je te promettais dautres enfants? Jai toujours rêvé dune famille où ma femme serait exceptionnelle. Je tai cherché longtemps, et maintenant je tai trouvée. Reste ma femme, je ten supplie.
Amandine a souri, a fermé les yeux, sest blottie contre la poitrine large et rassurante de Maxime, ne voyant que ses bras forts, sentant létreinte qui ne la trahirait jamais.







