Le mariage était somptueux. Dommage, ce n’était pas le mien.

Le mariage est somptueux. «Quel dommage, ce nest pas le mien», me disje.
«Je ne comprends pas pourquoi je dois assister à mon propre mariage vêtu de la robe que ta mère a choisie», me regarde Manon dans le miroir, sentant le froid sinsinuer en elle.

«Elle est blanche, jolie, en dentelle,» bafouille Julien, hésitant. «Et elle a tout préparé. Elle a commandé la robe au printemps.»

«Pour elle ou pour moi?» se retourne Man Manon. «Le menu, le photographe, les fleurs, même la chambre pour la nuit de noces, tout a été choisi par elle. Tu as décidé quelque chose?»

«Je ne veux pas de conflits, Manon Maman sinquiète.»

Il ny a pas de conflit, mais il y a le mariage. Une foule dinvités, surtout les amies de la mère, ses collègues, ses proches. Le père de Julien discute mollement avec le voisin, et Manon cherche dans la salle un visage familier. Ses amies sont assises à une table éloignée, jamais présentées.

«Voici la femme que jai élevée pour mon fils!», proclame solennellement la bellemère, levant son verre. «Je peux enfin dormir sur mes deux oreilles: Julien ne se perdra pas.»

«Merci,» marmonne Manon, sentant son verre devenir amer.

La première nuit de noces ne se passe pas dans la suite réservée, mais dans lappartement de la bellemère.

«Les enfants, il est trop tard, lhôtel est annulé, vous avez le déménagement demain; dormez chez moi. Jai mis un canapé à votre disposition. Jai besoin dun bon sommeil, de ma tension, vous comprenez.»

Manon et Julien sallongent sur le petit canapé. Elle porte une lingerie en dentelle inconfortable, lui un teeshirt arborant le logo Total. Personne ne dit un mot.

«Tu es fatiguée?» souffle-til.

«Je ne comprends pas où je suis, qui je suis, à qui appartient ce mariage.»

Il ne répond pas.

Le lendemain, ils emménagent dans le même appartement, petite chambre à deux placards et une fenêtre donnant sur la cage descalier. Manon respire plus profondément.

«Il faut tenir un peu,» dit Julien. «Nous économisons, nous achèterons notre propre place. Maman a accepté de ne pas payer le loyer du logement, cest une économie.»

Avec léconomie viennent les règles: les repas seulement aux heures prévues, le bain uniquement le vendredi, le ménage planifié. Au début, Manon sourit, puis serre les dents.

«Manon, ne mets pas le couteau comme ça, ce nest pas la coutume.»

«Manon, range tes cheveux, on ne voit pas les femmes aux cheveux lâchés dans la maison.»

«Manon, pourquoi tant de crème? Elle est chère, je lai achetée à la pharmacie, il faut en user avec parcimonie.»

«Maman, cest sérieux?» demande un jour Julien. «Cest Manon, elle peut»

«Elle peut si elle devient maîtresse de maison, sinon cest à moi.»

«Tu vas dire quelque chose?» demande tard le soir Manon. Il joue sur son téléphone, mâchant une pomme.

«Ne fais pas attention, cest le caractère de ma mère. Je vis comme ça depuis toujours, rien de plus.»

«Je ne veux pas de «rien». Je veux vivre.»

Le travail devient une échappatoire. Manon reste tard au bureau, sinscrit à des cours du soir dillustration. Parfois, elle saute le dîner pour manger dans un café, seule, paisiblement, sans les «Manon, on ne met pas de salière ici».

Un soir, la cuisine est vide, un mot sur la table: «Jespère que tu as mangé. Dans une famille, chacun doit participer. Aujourdhui tu nas rien fait. Le dîner, cest pour la famille, pas pour les égoïstes.»

Manon comprend que ce nest plus son foyer.

Parler à Julien se heurte au silence ou à un «Manon, patience.». Un jour, elle ne tient plus. Elle prend son sac, laisse lalliance sur la table de nuit et part, sans destination, passant la nuit chez une amie, puis louant une petite chambre à elle. Elle travaille, dessine, respire, vit à nouveau.

Un mois passe sans appel, ni de Julien, ni de la bellemère. Seulement un SMS: «Tu as trahi la famille.»

Six mois plus tard, une lettre davocat arrive. La bellemère a intenté une action pour «reprise des frais du mariage». Manon ne répond pas. Lavocat hausse les épaules au tribunal: «Nous avons demandé des preuves, il ny en a pas. Tout était oral. Aucun fondement.»

Ainsi se termine son premier mariage.

Puis elle rencontre Antoine. Il ne porte plus de teeshirt à logo, il ne demande plus «Questce que maman a dit». Il demande: «Questce qui tarrange?», «Comment te senstu?», «On va à la mer?»

«Et ta mère?», interroge Manon au deuxième mois.

«Oui, elle vit dans une autre ville, adore son chat. Elle ne veut pas nous recevoir, elle dit que nous sommes jeunes, mieux sans elle.»

Manon pleure. Antoine sinquiète: «Aije dit quelque chose de travers?»

«Non, cest juste tu ne comprends pas à quel point cest précieux.»

Ils ne prévoient pas de grand mariage. Ils signent simplement, vont au parc, mangent une glace, sassoient sur un banc, sans mère, sans pression, sans serviettes étrangères ni règles imposées.

«Tu sais,» dit Manon, «jétais mariée.»

«Je le devinais. Mais maintenant tu es avec moi, et tout sera différent.»

Et cest le cas.

Un an plus tard, Manon croise Julien dans le métro. Il tient un sac du Leclerc, regarde le vide.

«Salut.»

«Salut Manon, tu es ravissante.»

«Merci, et toi?»

«Maman a encore choisi une

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