**Respire juste**
Mon Dieu Où as-tu déniché celle-là ? Elle pèse une tonne ! Je ne te comprends pas, Olivier. Un vrai **grossier personnage** ! Quest-ce que tu lui trouves ? Maman, dis-lui quelque chose ! Élodie ne cessait de protester
Allons, Élodie, calme-toi. Cest le choix de ton frère. Cest Olivier qui vivra avec elle. Quil assume, Anne-Marie regarda son fils avec inquiétude.
Vous avez fini ? Bon, écoutez. Jépouse Mathilde. Dautant quà lautomne, nous aurons un enfant. Cest tout, mes chéries, le débat est clos, Olivier quitta la pièce.
Olivier avait été marié une fois. À une beauté. Une fille était née de cette union. Il lavait aimée follement. Mais, visiblement, il navait pas été à la hauteur. Sa belle-mère avait tout fait pour briser cet amour. Il avait dû partir.
À cette époque, il avait sombré. Il buvait sans retenue, se battait, changeait de femme
Puis, un jour, Mathilde apparut. Ils sétaient rencontrés chez des amis communs. Elle lavait tout de suite remarqué : beau, charismatique, bavard. Et son humour était irrésistible. Personne ne la faisait rire comme lui.
Mathilde enseignait les mathématiques au collège. Elle vivait chez ses parents. Elle avait vingt-quatre ans quand elle croisa Olivier.
Parfois, on rencontre quelquun et on laime pour toujours. Sans raison, simplement parce quil existe. On sait que cette personne est son âme sœur, quon la connaît depuis mille ans, et que la vie sans elle est impensable. Ce fut le cas pour Mathilde.
Olivier, ce soir-là, ne lavait même pas remarquée.
Dabord, il était ivre mort. Ensuite, Mathilde nétait pas son genre. Pas du tout.
Enfin, il avait tourné la page du mariage. « Jen ai assez. Plus jamais ça ! » répétait-il à ses amis.
Pourtant, ce soir-là, il y avait Éloïse. Une vraie pépite. Olivier engagea la conversation avec elle, lentraîna même dans la cuisine pour être tranquille. Plus tard, ils partirent main dans la main.
Avec Éloïse, cétait génial. Elle lui plaisait en tout. Une femme pétillante. Les hommes se retournaient sur son passage.
Olivier la présenta à sa sœur, Élodie.
Jolie fille. Mais pas faite pour fonder une famille, conclut Élodie.
Je sais, répondit Olivier.
Éloïse le quitta pour un autre.
Olivier nen souffrit pas. Il savait quelle nétait pas la bonne. Il la laissa partir sans regret.
Mathilde attendit son heure. Olivier était libre il était temps dagir.
Elle linvita à dîner. Il accepta, après quelques hésitations.
Elle lemmena chez ses parents, qui ladorèrent.
Et tout senchaîna
Olivier fut choyé jour et nuit.
Mathilde voltigeait autour de lui comme un papillon. Tous ses caprices étaient exaucés.
Six mois plus tard, Olivier annonça à sa mère et sa sœur son mariage avec Mathilde.
Mais laimes-tu, au moins ? demanda sa mère.
Non. Jai aimé une fois Tu le sais, maman. Ça fait trop mal.
Il me suffit de savoir que Mathilde maime éperdument, murmura Olivier.
Ce sera dur, mon fils, de vivre sous le même toit sans amour. Ty feras-tu ? Anne-Marie essuya une larme.
On verra, répondit-il évasivement.
Le mariage eut lieu chez les parents de Mathilde.
Aimez-vous, disputez-vous, mais réconciliez-vous vite, les jeunes, leur lança la belle-mère.
Ils se disputèrent, sans se réconcilier. Olivier se remit à boire. Il retourna chez ses parents.
Anne-Marie secoua la tête, mais ne dit rien.
Mathilde accourut le jour même :
Quest-ce qui te prend, Olivier ? Reviens ! Je ne te laisserai à personne !
Il revint.
Un petit garçon naquit.
Les tâches saccumulèrent La vie saccéléra
Olivier sattacha de plus en plus à cette famille chaleureuse.
Ses beaux-parents ladorèrent.
Le meilleur morceau était pour « Oli ».
Quand il rentrait du travail, tout le monde marchait sur la pointe des pieds. Il devait se reposer.
On le gâtait souvent
Jamais il ne manqua de respect à ses beaux-parents.
Il prit en charge toutes les tâches ménagères.
Il nappelait Mathilde que « Matou ». Toujours.
Il adorait son fils.
Vingt-cinq ans de mariage passèrent comme un jour.
Les parents vieillirent. Souvent malades, ils enchaînaient les rendez-vous à lhôpital.
Oli, et si tu allais faire un check-up, pour une fois ? suggéra Mathilde.
Comme tu voudras, Matou
Il se dépêcha de refaire la clôture, de rénover la maison, de ranger le jardin. Oh, comme il se dépêchait
Les pompiers arrivèrent.
On ne peut plus rien faire. Mort subite.
Le sol se déroba sous les pieds de Mathilde. Elle sévanouit.
Les médecins la ranimèrent.
Comment est-ce possible ? Oli venait de consulter. « En parfaite santé », ils ont dit ! Et puis il a glissé Cest absurde ! Je ny crois pas ! Mathilde hurla.
Les parents, désemparés, pleuraient dans un coin.
Cest nous, les vieux, qui aurions dû mourir ! Pourquoi cette injustice ? sanglotait la mère de Mathilde.
Oli ! Tu es ma vie ! Respire juste Elle se jeta sur le corps inerte.
On lenterra.
Deux mois plus tard, le père de Mathilde mourut.
Avant de partir, il murmura :
Oli Emmène-moi avec toi
Un mois après, sa mère le suivit.
Six mois plus tard, Mathilde vendit la maison.
Elle ne pouvait plus y vivre. Elle acheta un petit appartement. Maria son fils.
Sept ans plus tard, elle avoua à Élodie :
Élodie, un mari comme Oli, ça ne se trouve pas Perdre lui, cétait lenfer. Je nai pas su le protéger
Elle ordonna à son fils :
Enterre-moi près de ton père.
La douleur de vivre sans lui est insupportable
Le temps ne guérit rien, Élodie. Crois-moi







