Je me souviens de cette histoire comme si cétait hier, bien que tant dannées aient passé depuis. Un soir, mon mari est rentré à la maison, lair sérieux, et ma demandé :
Ma chérie, tu pourrais éviter de publier autant de photos du bébé sur Facebook ?
Jétais dans le salon, la petite dans les bras après trois heures à essayer de la faire roter, et je lai regardé comme sil mavait parlé en grec ancien.
Pardon ?
Il a détourné les yeux, légèrement gêné.
Eh bien Mon ex a du mal quand elle voit ces photos.
TON EX ? ai-je haussé les sourcils. Celle qui ta quitté pour son coach sportif ?
Oui, elle-même Elle aurait toujours rêvé dêtre mère mais na jamais pu
Quelle tristesse, ai-je coupé ironiquement. Ça doit vraiment la bouleverser de voir des photos de MON enfant alors quelle sculpte ses abdos avec son entraîneur.
Il a tenté de poursuivre. Il fallait, paraît-il, faire preuve dun peu dempathie. Elle traversait une période difficile.
Je lai observé, les yeux mi-clos.
Et depuis quand es-tu devenu si proche de ton ex pour être au courant de son état à cause de mes publications Facebook ?
Il a rougi.
Oh Elle mécrit de temps en temps on reste amis rien de plus
BIEN SÛR.
À ce moment-là, jai décidé de ne pas memporter.
Pas de cris, pas de pleurs.
Jai juste arrêté de mettre des photos du bébé.
Et jai commencé à poster des PHOTOS DE MOI.
Mais pas nimporte lesquelles. Jai ressorti la robe que je gardais précieusement pour « quand jaurais perdu mes kilos de grossesse ». Je me suis maquillée comme pour une soirée à lOpéra Garnier. Et jai demandé à ma cousine Éloïse de jouer les photographes.
Première publication sur Facebook :
Moi, rayonnante, dans le Jardin du Luxembourg.
Légende : « Je redécouvre qui je suis. »
Deux heures plus tard :
Des likes, des commentaires, des messages privés.
Mon mari :
Incroyable, chérie, tu es splendide ! Tu les as faites quand, ces photos ?
Moi :
Jai trouvé le temps, maintenant que je ne mets plus de photos de notre fille
Deuxième publication :
Moi à la terrasse dun café du Marais, un expresso à la main.
Légende : « Parfois le silence en dit plus long que mille mots. »
Des commentaires de tout Paris.
Le voisin du dessus. Un ancien camarade de lycée. Des hommes qui, depuis des années, semblaient mavoir oubliée.
Mon mari :
Et lui, cest qui ? Pourquoi il tenvoie des cœurs ?
Moi :
Aucune idée. Sans doute un type croisé sur Facebook
Troisième photo :
Moi en salle de sport.
Légende : « Penser à soi, cest aussi penser à ceux quon aime. »
Là, tout est devenu vraiment intéressant.
Un soir, il était assis sur le canapé, lair absorbé, son portable à la main.
Quelque chose ne va pas ? ai-je demandé.
Cest juste tu postes beaucoup de photos, en ce moment.
Je croyais que ce nétait pas un problème ?
Oui, mais là ce sont TES photos ! Et il y a beaucoup dhommes dans les commentaires !
Ah bon ? ai-je souri. Et je dois penser à ce que ressentent les autres ? Être comment tu disais déjà « empathique » ?
Il est resté sans voix.
On dirait que, finalement, il ny a pas que ton ex qui peut se sentir mal à cause de photos sur Facebook.
Il a mis quelques secondes à comprendre.
Le lendemain, elle était bloquée.
Maintenant, il me suggère de publier des photos de nous ensemble.
« En famille. »
« Pour que tout le monde voie notre bonheur. »
Je continue à poster mes propres photos.
Et aussi celles de notre fille.
Parce quon peut être mère
Et
être soi-même.
Étonnant, non ?
À votre avis je lajoute comme amie et je like ses publications, ou ce serait exagéré ?







