Après avoir contracté un prêt immobilier pour un appartement avec ma femme, nous avons entrepris quelques travaux, puis, comme dans un rêve brumeux, nous avons transporté nos affaires dans ce nouveau lieu. Un mois plus tard, nous nous sommes installés pour de bon, comme si la ville de Lyon nous accueillait dans ses bras. On sest dit quil serait charmant de faire connaissance avec nos voisins. Nous avons donc invité les grands-parents du palier den face autour dun thé.
Étrangement, ils ont avalé leur tasse à la vitesse dun éclair, le regard fuyant. Quand ils ont découvert que la jeune femme était mon épouse, et non ma fille, ils ont rapidement prétexté un oubli urgent et se sont éclipsés dans le couloir, laissant derrière eux une odeur de madeleines et de mystère. Cétait un vendredi soir, aussi fluide et étrange que les rêves denfance.
Le samedi matin, voilà quon frappe à la porte. Le policier, visage solennel, surgit comme un personnage tombé dun roman de Céline. Il a demandé nos papiers, à moi et ma femme. Jétais surpris, surtout quand le curé du quartier sest joint à la scène, réclamant le certificat de mariage, son accent lyonnais résonnant. On a fouillé le carton daprès déménagement semblait avaler les documents, tel un monstre de papier pendant dix longues minutes avant de retrouver notre livret de famille.
Le policier, le regard oscillant entre envie et perplexité, sest excusé davoir réveillé mon épouse, puis sest dirigé vers la porte. Avant de partir, il ma glissé quon lui avait signalé quun homme vivait ici avec une mineure. Tout prenait sens : la raison pour laquelle nos voisins nous avaient quitté si brusquement la veille, lorsquon leur avait dit que nous étions mariés. Jai vingt-quatre ans, elle vingt-six, mais Margaux car ainsi sappelle ma femme a ce visage juvénile qui brouille les frontières du temps, souvent confondue avec une lycéenne.
Dans les magasins de Lyon, impossible dacheter du vin sans carte didentité. Le vendredi, Margaux sétait coiffée de deux nattes, dun blond lumineux, qui la faisait ressembler à une élève de collège, et avait effacé son maquillage, la rendant presque irréelle. Lhistoire était cocasse, mais pas sans malaise. Au final, jai décidé de raser ma barbe, de peur de ressembler à un père de famille quadra vivant avec sa fille, dans ce rêve étrange où les apparences sont reines et les voisins, gardiens des secrets de la rue.







