Fille, assieds ton enfant sur tes genoux

« Mademoiselle, asseyez votre enfant sur vos genoux ! » me sermonna une femme corpulente dune cinquantaine dannées. Pourtant, javais payé 78 euros pour le siège de mon fils dans le bus.

Ce jour-là, jemmenais Louis chez sa grand-mère à Chartres. Cétait le grand garçon de la famille, bien quil nait que cinq ans, mais tout le monde le prenait déjà pour un écolier. Chez nous, on le traite comme un adulte : cest pour cela que lon achète toujours une place séparée pour lui dans les bus, il sait se tenir, et puis il est grand et pèse son poids ; impossible de le porter sur mes genoux longtemps. Tous deux serions mal à laise, et il risquerait dempousser ses chaussures sur les autres passagers. Bref, Louis doit avoir son siège, cest plus confortable pour tout le monde.

Ce matin-là, Louis était assis près de la fenêtre, et joccupais la place à côté. Nous avions choisi les sièges à lavant pour pouvoir descendre rapidement, avant les autres. Javais expliqué au chauffeur que javais pris un billet pour lenfant, et quil fallait laisser cette place à Louis.

Nous quittions la ville. Sur la route, le bus sarrêta pour faire monter une grosse dame. Il restait des places libres au fond, alors le conducteur sarrêta. Quand cette femme monta (il ny a pas dautre mot), le bus en resta bancal, et les passagers restèrent bouche bée, la voyant grimper laborieusement dans la cabine. Une fois installée et la porte refermée, tout le monde entendit le soupir du chauffeur. La femme sapprocha, bien décidée à sasseoir près de nous.

« Jeune fille, mettez votre petit sur vos genoux », répéta-t-elle sèchement. Je lui expliquai que javais payé la place de mon fils et quil resterait assis. Le chauffeur intervint, précisant quil y avait des places libres à larrière. Mais la femme, dun ton brusque, exigea quon cède nos sièges : selon elle, il était plus facile pour nous de bouger. Elle prétendait aussi quelle prenait toujours la place près de la fenêtre : elle voyageait souvent sur cette ligne.

Je restai ferme, mais le bus accéléra peu à peu et la dame, toujours debout près de nous, refusait obstinément daller sasseoir derrière. Jétais furieuse intérieurement, mais je ne voulais pas faire de scandale devant Louis. Jentamai la conversation avec mon fils pour détourner mon attention. Fury trouvait mon calme insupportable et hurla : « Allez, poussez votre enfant maintenant, laissez-moi masseoir ! ». Je répondis posément que je ne céderais pas. Mon fils est assez grand et sa place a été payée. Nous sommes arrivés les premiers, nous avons choisi nos sièges. Ici, pas de numéros de places.

Le chauffeur gardait les yeux sur la route, mais je savais que ce nétait pas la première fois quil affrontait cette situation. Au début, les passagers ne prêtaient pas attention. Les uns dormaient, les autres portaient des écouteurs. Peu à peu, des conseils fusaient : « Madame, il y a des places libres, allez-y donc ! », « Arrêtez de crier, ce nest pas chez vous ici ! ». Elle protestait quelle ne pouvait pas avancer à cause de sa corpulence, mais tout le monde voyait quelle faisait juste de la provocation : cétait notre coin quelle convoitait.

Lambiance était tendue. Cest alors que survint lépisode le plus inattendu : le chauffeur arrêta le bus, descendit de son siège, entra dans la cabine, saisit les sacs de la dame pour les poser à lextérieur, puis la raccompagna hors du véhicule. Lhomme retourna au volant et redémarra aussitôt, sous le regard stupéfait de la femme. Dans la cabine, le silence régna. Nous avons collecté quelques euros chacun pour compenser la perte du chauffeur. À larrivée, nous lui avons remis largent ; il était ravi, nous promettant quil ne laisserait plus jamais cette dame monter, car elle semait la discorde chaque fois quelle apparaissait.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

2 × 3 =