Marc rentra chez lui, le cœur léger, ne sattendant à rien de particulier. Mais à sa grande surprise, lappartement était silencieux : aucune trace de sa femme, aucun rire de son petit garçon dun an. Un malaise insidieux sempara de lui, le poussant, inquiet, à traverser le palier pour frapper à la porte de leur voisine, Madame Lefèvre. Avant même quil ne puisse parler, la porte souvrit sur la vieille dame tenant le petit Thomas dans ses bras.
Avec un sourire doux, elle expliqua que Lucie, la femme de Marc, lui avait confié leur fils pour une urgence.
Bien que Marc ait pris lhabitude de soccuper de son fils, il ne pouvait sempêcher de cogiter : quest-ce qui avait pu pousser Lucie à partir si précipitamment ? Il remarqua dans la cuisine une assiette couverte laissée dans le micro-ondes ; il eut alors un élan de gratitude envers Lucie, au moins, davoir songé à son dîner.
Mais les aiguilles tournèrent lentement. Une demi-heure, puis une heure, deux, jusquà cinq interminables heures ; langoisse de Marc grandissait, accrochée à chaque appel resté sans réponse. Il tenta à maintes reprises de joindre Lucie, mais à chaque sonnerie, lespoir seffritait un peu plus. La nuit finit par tomber et, après de longues difficultés, il réussit à endormir Thomas.
Cest alors, bien plus tard, que le portable vibra. Un souffle court, Marc décrocha aussitôt, inondant Lucie de questions sur sa journée, implorant de savoir où elle était, ce quelle avait fait. Mais la voix de Lucie, distante, déviait chaque question. Finalement, elle lâcha la vérité, glaciale : elle ne reviendrait plus. Elle lui annonça quelle lui confiait Thomas pour de bon, décidée à ne plus remettre les pieds à la maison.
Interdit, le souffle coupé, Marc demeura pétrifié, incapable de réaliser lampleur de la révélation. Serrant son téléphone comme une bouée dans une mer déchaînée, il supplia intérieurement que tout cela ne soit quune mauvaise blague. Désormais confronté à la cruelle réalité de devenir père célibataire, il sentit limmense poids de la responsabilité sabattre sur ses épaules il lui faudrait combler, seul, labsence dune mère pour élever son fils, coûte que coûte.



