Je viens d’apprendre que j’ai un cancer : À deux semaines de mon mariage, le diagnostic bouleverse m…

Je viens dapprendre que jai un cancer.
Ce matin-là, je me suis réveillée, flottant dans un Paris chargé de brume, avec la certitude étrange que tout était normal. Ma liste pour le mariage traînait sur la table, griffonnée sur une feuille froissée. Il restait seulement quinze jours, et je navais toujours pas validé le menu avec le traiteur. Les voix des cloches résonnaient comme si elles sonnaient pour moi. Au moment où je trempais ma tartine dans le café noir, le téléphone a vibré.
« Mademoiselle Dubois ? Ici le docteur Lemoine. Pourrions-nous nous voir aujourdhui afin de discuter de vos analyses ? »
Son ton était grave, comme un murmure dans un rêve fiévreux. Mon cœur sest mis à battre à la façon des roues dun vélo sur les pavés.
« Vous ne pouvez vraiment pas men parler au téléphone ? »
« Je préfère vous recevoir en personne. »
Jai traversé le boulevard Saint-Germain, les mains tremblantes, le sol semblant glisser sous mes pieds. Alexandre voulait maccompagner mais je lui ai dit que ce nétait pas nécessaire. Quelle erreur
Le cabinet sentait la lavande et la poussière de vieux livres.
« Asseyez-vous, sil vous plaît. » Le docteur évitait mon regard, déplaçant des papiers invisibles.
« Les résultats confirment un cancer du sein. Un nodule de trois centimètres. »
Ses paroles tombaient comme des gouttes sur une fenêtre. Cancer. Moi. À 28 ans. Deux semaines avant de me marier.
« Quest-ce que cela veut dire ? Je vais mourir ? »
« Avec le bon traitement, vos chances de rémission sont excellentes. Mais il faut agir vite. »
Je suis ressortie du cabinet dans un brouillard, mon esprit éparpillé comme des feuilles mortes sur les quais. Dire à Alexandre. Annuler le mariage. Appeler mes parents. Mon univers seffritait.
Cette nuit-là, assise à la table de notre appartement du Marais, la langue nouée, je fixais Alexandre.
« Qua dit le médecin ? Tu es pâle comme une statue de la Concorde. »
« Alexandre, il faut que je te parle. » Jai inspiré, comme si le monde allait sarrêter.
« Jai un cancer. »
Son visage sest fissuré comme la glace sur la Seine. Il ma serrée contre lui, perdu dans mes cheveux.
« On traversera ça ensemble, » murmure-t-il. « Ensemble. »
« Mais le mariage il faut annuler ; les séances, la chimio »
Il a pris mes mains, les a serrées comme si cétait la seule vérité qui existait.
« Tu es folle ? Cest précisément maintenant que jai envie de tépouser. »
« Tu ne comprends pas Je vais être épuisée, sans cheveux, si fragile »
« En santé et en maladie, tu te souviens ? Ce seront nos vœux. »
Jai pleuré dans ses bras, mais pour la première fois depuis le verdict, la chute hors du rêve ma semblé moins vertigineuse.
Deux semaines plus tard, je suis entrée dans léglise Sainte-Marie, à côté des roses en papier et des vitraux anciens, coiffée dune perruque blonde que ma sœur Adèle avait choisi. La robe tombait un peu large, effacée par mes kilos perdus, mais Alexandre me regardait comme si jétais la seule étoile sous le ciel de Paris.
« Acceptez-vous Alexandre pour époux, en santé et en maladie ? » a demandé le père Moreau.
« Jaccepte, » ma voix dansait, bien plus forte que je ne laurais cru.
« Acceptez-vous Amélie pour épouse, en santé et en maladie ? »
Alexandre a pressé mes doigts.
« Jaccepte, surtout dans la maladie. »
Léglise a éclaté en rires nerveux et en larmes silencieuses.
Ce soir-là, pour notre lune de miel, nous avons partagé un camembert et des fraises dans notre appartement, la lumière de la ville filtrant à travers les rideaux, sachant que la chimio commencerait bientôt. Alexandre ma aidée à enlever la perruque, laissant mon crâne nu se refléter dans le miroir ovale.
« Tu sais ce qui est le plus ironique dans tout ça ? »
« Quoi ? »
« Je croyais que le cancer avait ruiné nos plans parfaits. Mais je pense quon naurait jamais eu un mariage aussi vrai. »
Je lai regardé, mon sourire étrange et fragile.
« Les plans parfaits sont surfaits. Je préfère une vie imparfaite avec toi. »
Finalement, la maladie na pas détruit notre histoire damour ; elle lui a simplement donné un départ décalé. Un début qui nous a montré, dès le premier réveil dans ce rêve, que le vrai amour, ce nest pas les instants faciles, mais la décision de se choisir lun lautre quand le monde vacille.

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