Tu sais, il y a quelque temps, il mest arrivé de repenser à une histoire qui ma vraiment touchée, je dois absolument te la raconter.
Cétait à Lyon, dans un quartier où la vie na rien dun long fleuve tranquille. Il y avait une petite fille, Camille, 8 ans, la benjamine dune fratrie de cinq. Leur père nétait plus là, parti du jour au lendemain, et leur mère se battait jour et nuit pour leur offrir le minimum. Chaque jour ressemblait à un vrai parcours du combattant, avec comme seul mot dordre: survivre.
Camille, malgré son jeune âge, ne restait pas les bras croisés. Pendant les vacances et les week-ends, elle filait aider une commerçante du marché Saint-Antoine, transportant des cagettes ou rangeant les tomates pour quelques pièces quelle rapportait ensuite fièrement à sa mère.
Un samedi, un peu avant midi, alors quelle rentrait du marché en passant devant un petit bistrot du quartier, tu sais ce genre dendroit où les odeurs de gratin dauphinois et de poulet rôti sortent jusquà la rue, elle sest arrêtée, comme à son habitude. Elle aurait pu continuer, mais cette fois, la faim lui a fait franchir la porte. Sa paire de petites ballerines déchirées, ses vêtements usés… Camille sest sentie minuscule rien quen entrant.
Elle voulait repartir aussitôt, intimidée, mais derrière une table, elle aperçoit une assiette oubliée, avec un morceau de rôti et quelques frites froides. Cétait trop tentant, alors elle sest discrètement installée, hésitante, ses couverts tremblant dans ses mains.
Ce quelle ignorait, cest quun serveur du bistrot, monsieur Laurent, lavait observée dès son entrée. Il sapprocha rapidement et, juste avant quelle ne goûte quoi que ce soit, il lui prit lassiette des mains, sans un mot. Camille leva vers lui des yeux pleins de larmes, persuadée quelle allait se faire gronder ou mettre dehors. Mais, à la place, il la regarda avec une douceur inattendue, fis volte-face, et fila vers la cuisine.
Camille était perdue, honteuse, presque prête à partir en courant. Mais quelques minutes après, il revint. Et là, oh surprise! Il posa devant elle un plat bien chaud, une limonade et, en dessert, une mousse au chocolat exactement ce quelle sétait toujours imaginée goûter. Les yeux de Camille se sont illuminés dun mélange de gratitude et démerveillement.
J’ai bien vu que tu avais faim, lui dit monsieur Laurent en souriant.
Tout le monde mérite de bien manger, surtout les enfants.
Camille narrivait pas à trouver ses mots. Elle se contenta de savourer chaque bouchée de ce festin inattendu, puis, à la fin, elle sessuya les larmes, se leva, et alla timidement remercier le serveur:
Merci, je noublierai jamais votre gentillesse. Est-ce que je pourrais emporter ce quil reste? Je voudrais en donner à mes petits frères Maman na pas eu assez dargent hier pour acheter du pain.
Le serveur, les larmes aux yeux, fut touché en plein cœur. Il partit à larrière, rassembla plusieurs barquettes avec différents plats, et revint avec un grand sac :
Tiens, comme ça, toute ta famille aura son petit festin, dit-il en tendant le sac.
Merci beaucoup, monsieur, comment pourrais-je jamais vous remercier? répondit Camille, sincère et émue.
Cest moi qui devrais te remercier, tu viens de me rappeler ce qui compte vraiment. Partager, aider les autres cest comme ça quon rend notre petit monde meilleur, déclara monsieur Laurent en souriant.
Ce jour-là, Camille est rentrée chez elle le ventre plein, mais surtout, le cœur débordant dune nouvelle conviction. Cette rencontre a changé sa perception du monde et la poussée, plus tard, chaque fois quelle le pouvait, à rendre la pareil: tendre la main à ceux qui en avaient besoin, distribuer sourires et petites aides, comme une jolie chaîne de solidarité commencée un samedi ordinaire, dans un petit bistrot lyonnais.
Franchement, ça donne envie dêtre ce genre de personne, tu trouves pas?






