J’ai 25 ans et depuis deux mois, je vis avec ma grand-mère : après la perte soudaine de ma tante, il ne reste plus qu’elle et moi, alors j’ai choisi d’être présente pour elle au lieu de suivre un chemin que d’autres attendent de moi. Voici comment j’assume ce choix que certains critiquent, entre solidarité familiale, deuil et reconstruction de notre quotidien à deux.

Jai 25 ans et depuis deux mois, je vis avec ma grand-mère.
Ma tante sa fille unique encore en vie est partie soudainement il y a deux mois. Jusqualors, elles partageaient le même appartement à Lyon, additionnant silences et rituels du quotidien. Jy passais souvent : les visites du dimanche, les coups de main pour trier les placards ou arroser le ficus recalcitrant. Mais chacune avait sa vie.
Évidemment, tout a basculé le jour où ma grand-mère sest retrouvée seule.

Le deuil, je connais. Ma mère est décédée quand javais 19 ans. Depuis, jai appris à composer avec labsence, devenue compagne silencieuse : un silence dans la cuisine, deux tasses mais une seule assiette à la table du petit-déjeuner. Mon père ? Aucun mythe à broder : il na jamais été là, point final. Lorsque ma tante sen est allée, tout est devenu dune limpidité piquante : il ne restait plus que ma grand-mère et moi.

Les premiers jours après les obsèques étaient étranges. Ma grand-mère ne pleurait pas beaucoup ; la douleur saffichait dans les détails elle traînait les pieds, égarait ses lunettes, laissait la lumière de la salle de bains allumée à midi. Jai annoncé que je resterais « quelques jours » pour laider à traverser la tempête. Ces quelques jours se sont étirés. Un matin, en rangeant mes pulls dans le placard, jai compris que je nenvisageais plus de repartir.

Et là, forcément, la France donne son avis.
Certains me félicitent qui laisserait une vieille dame affligée seule dans son pavillon? Dautres, plus passionnés, prétendent que je gâche mon printemps, quà 25 ans il faut voir du pays, sortir, trouver un Jules, « croquer la vie à pleines dents ». Daucuns sinquiètent : « Mais tu ne tennuies pas? Tu ne te sens pas prisonnière, tu nas pas peur de finir toute seule? »

À dire vrai, pas du tout.
Je bosse dans un cabinet à la Part-Dieu, je mets de côté chaque mois quelques euros, je fais tourner la machine à laver, jaccompagne ma grand-mère Gisèle, 82 ans, championne du sudoku chez le médecin. On cuisine ensemble: elle râle sur le poivre, moi sur son riz trop collant. Le soir, on regarde Plus belle la vie en commentant tout. La vérité? Je nai pas limpression de me sacrifier à quelque autel invisible. Jai limpression de choisir.
Je nai pas de copain, lidée davoir des enfants ou de partir vivre à Montréal ne me traverse pas franchement lesprit. Ce qui mintéresse, cest être là, ne pas laisser lhistoire de labandon se répéter encore une fois.

Gisèle, cest tout ce qui me reste de mon petit cercle familial. Plus de mère, plus de tante, pas de père. Et franchement, je refuse quelle termine ses jours en se pensant encombrante ou horreur invisible. Je ne veux pas quelle pique seule sa soupe, encore moins quelle sendorme chaque soir le cœur vide.

La vie me fera peut-être voir Paris ou Tokyo plus tard. Je connaîtrai lamour, le déménagement, les plantes qui crèvent sur un balcon. Mais aujourdhui, ma place est ici. Parce que jaime ma grand-mère, et, bizarrement, parce quà ses côtés jarrive à maimer un peu, moi aussi.
Et vous, vous auriez fait quoi?

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J’ai 25 ans et depuis deux mois, je vis avec ma grand-mère : après la perte soudaine de ma tante, il ne reste plus qu’elle et moi, alors j’ai choisi d’être présente pour elle au lieu de suivre un chemin que d’autres attendent de moi. Voici comment j’assume ce choix que certains critiquent, entre solidarité familiale, deuil et reconstruction de notre quotidien à deux.
Merci, papa… et adieu