La fenêtre pour deux : un Réveillon inattendu entre voisins, du silence de l’immeuble aux premiers feux d’artifice de la nouvelle année

Fenêtre pour deux

Ce soir-là, jai quitté mon appartement avec un sac-poubelle à la main, profitant du rare calme de limmeuble. La pendule de la cuisine indiquait onze heures moins cinq, le canard rôti refroidissait sur la plaque, la guirlande clignotait doucement au salon. Il ne restait à la maison que la télévision débitant des variétés et une assiette de clémentines. Ma femme était partie aider son frère à rénover sa salle de bains, promettant de revenir avant minuit, mais je savais davance quelle rentrerait au lever du jour, fatiguée et de bonne humeur. Mon fils fêtait le réveillon avec ses amis dans le centre de Paris. Je ne lavais pas retenu.

Jai appelé lascenseur, réajusté mon écharpe, et pris lhabitude de jeter un œil à mon reflet dans la cabine exiguë, quand les portes se sont ouvertes. À ce moment, jai rencontré mon voisin du cinquième, les bras chargés de deux sacs doù émanaient la douce odeur des clémentines et du sapin.

Vous descendez ? demanda-t-il, légèrement essoufflé. Je vais au rez-de-chaussée.

Jai hoché la tête et me suis reculé dans un coin. Cela faisait plus de dix ans quon partageait le même palier, sans dépasser les salutations brèves. Tout ce que je savais sur lui, cest quil travaillait en horaires décalés et rentrait parfois tard. Et quil avait un chien, dont les griffes résonnaient le matin dans lescalier.

Lascenseur a démarré, puis sest arrêté brutalement entre deux étages. La lumière est restée allumée, mais la cabine est restée figée dans une sorte de soubresaut. Nous avons tous les deux retenu notre souffle, attentifs au silence.

Eh bien fit le voisin en appuyant sur le bouton du rez-de-chaussée. Rien ne se passa. On dirait quon est coincés.

Un nœud sest formé dans ma gorge. Les peurs de lenfance sont remontées, limage des gens qui passent des heures bloqués dans un ascenseur.

Attendez, dit-il en composant le numéro de linterphonie. Allô ? Oui, immeuble rue de la République, ascenseur bloqué entre le troisième et le deuxième, deux personnes à lintérieur. Très bien, on attend.

Il raccrocha et me regarda.

On ma dit vingt à trente minutes, annonça-t-il calmement.

Fantastique, ai-je lâché. Je suis juste descendu sortir les poubelles.

Il sourit, désignant mon sac.

Javoue, mon réveillon ne sannonce pas non plus brillant, dit-il en montrant ses colis. Jétais juste allé chercher ma commande. Jespérais monter vite.

Un silence sinstalla. Je me suis surpris à détailler son visage, jusquici aperçu de biais seulement. Un visage régulier, fatigué, marqué de rides fines près des yeux. Il semblait gêné, mais affichait une certaine assurance.

Vous avez de la famille qui vous attend ? ai-je tenté pour briser la glace.

Juste la télé, répondit-il en esquissant un sourire. Je vis seul. Enfin, avec mon chien. Mais il nest pas doué pour dresser la table.

Je lui ai souri en retour.

Et vous, une grande tablée ? demanda-t-il.

La télé et le canard. Ma femme est chez son frère, mon fils avec ses amis. Je devais trinquer à minuit avec un verre de crémant et une salade.

Cest déjà pas mal, répondit-il après une courte hésitation. Au moins, personne ne discute pour savoir quel programme regarder.

Jai éclaté de rire plus fort que je ne laurais voulu, le son rebondissant sur les parois.

Au fait, je mappelle François, dit-il soudain. Ça fait bizarre, on est voisins et on ne connaît même pas nos prénoms.

Jai hésité.

Je savais, grâce aux boîtes aux lettres. Mais je ne lai jamais prononcé devant vous. Moi cest Eugénie.

Jai vu votre nom sur la porte, confirma-t-il. Mais je trouvais ça étrange de me présenter dans les escaliers.

Cest curieux, ai-je remarqué. On engage plus facilement la conversation avec un inconnu dans un supermarché quavec celui qui vit juste derrière le mur.

Il sest appuyé à la paroi de lascenseur, posant ses sacs avec précaution.

Les inconnus disparaissent, les voisins restent, répondit-il. Et si on sentend mal, cest gênant tous les jours.

Jai réfléchi à ses mots. Il visait juste.

Vous êtes souvent à la maison ? Je vous vois peu.

Je fais les trois huit. Certains jours, jai limpression dêtre un perpétuel visiteur chez moi. Mais au moins, le chien est ravi quand je rentre.

Je vous entends marcher avec lui le matin, ai-je avoué. Sa démarche est rigolote.

Il est pressé, se moqua-t-il. Il a peur de rater la vie si on traîne trop.

Jai regardé le cadran qui affichait obstinément “3”.

Cest étrange, ai-je repris. Après tant dannées, tout ce que je sais de vous, cest que vous avez un chien et un métier mystérieux.

Je suis garagiste, précisa-t-il. Latelier fêtait aussi le réveillon, mais à coups de graisse et boulons. Jai terminé la dernière permanence ce matin, espérant un peu de tranquillité cette nuit.

Et voilà ai-je levé les bras.

Coincé avec la voisine quon ne connaît que de vue, conclut-il.

Un léger malaise ma envahi, pas vraiment désagréable.

Et vous, vous faites quoi ?

Je travaille en comptabilité. Rien de palpitant. Clôture faite, rapports envoyés. Jai un mois pour souffler.

Les gens pensent que vous aimez les chiffres, observa-t-il.

Disons que je les tolère mieux queux moi, plaisantai-je. Mais ils me font vivre.

Il approuva du regard, comme si tout devenait limpide.

Je sentais pointer une légère anxiété dans mon ventre. Être enfermé, avec un homme presque inconnu, alors que la Saint-Sylvestre approchait Cétait comme si la soirée avait été pensée pour que nous finissions par discuter.

Vous avez peur ? demanda-t-il soudain, remarquant ma main crispée sur la lanière de mon sac.

Un peu, ai-je avoué. Les ascenseurs me font peur depuis lenfance. À dix ans, avec une amie, on est restées bloquées dans le noir complet. Depuis, mon cœur saute à chaque à-coup.

Ici, la lumière reste allumée et linterphone marche, répondit-il doucement. Sil faut, je crierai.

Ça ne vous ressemble pas, ai-je glissé.

Je ne parle pas beaucoup en général, confia-t-il. Mais ce soir, jai limpression dêtre une autre version de moi.

Le silence revint. Des bruits de portes et des voix résonnaient au-dessus. Minuit approchait à grands pas.

Vous aimez cette fête ? ai-je demandé pour meubler.

Il haussa les épaules.

Avant, oui, quand mon fils était petit. Sapin, cadeaux, cotillons Puis la vie sest dispersée : il a grandi, il est parti, et la mère aussi. Maintenant, cest juste une nuit avec les mêmes chanteurs à la télé.

Je comprends, ai-je répondu doucement. Chez nous aussi, cétait animé. Les parents venaient, les amis aussi. Maintenant, ma mère vit à Lyon, mon père est parti les amis ont fondé leurs familles. Il ne reste que les habitudes : salades, guirlandes. Lesprit de fête sest envolé.

Il me regarda plus intensément.

Ça sonne triste, dit-il.

Ça sonne vrai, rectifiai-je. Mais chaque année, je mefforce Comme si arrêter les traditions ferait tout seffondrer.

De la persévérance ? suggéra-t-il.

Probablement, acquiesçai-je. Et vous, gardez-vous des rituels ?

Il réfléchit.

À minuit, je sors toujours sur le balcon, expliqua-t-il. Je regarde les feux dartifice. Les voisins râlent à cause des étincelles, le chien se cache. Mais jy vais. Jespère quun jour, quelquun sera à mes côtés pour regarder aussi.

Ses paroles mont touchée. Je lai imaginé, seul sur le balcon, emmitouflé, les éclats dans le ciel, les bruits des voisins.

Cest drôle Peut-être quon était là, chacun sur son balcon à la même heure, sans le savoir.

Maintenant, on sait, répondit-il simplement.

Jai souri.

Vous avez déjà envisagé de commençai-je avant de marrêter.

Quoi ? demanda-t-il doucement.

Je veux dire de sonner chez le voisin et proposer un thé pour le Nouvel An ?

Il sourit, sans raillerie.

Jy ai déjà pensé. Surtout quand tout était si calme chez vous. Mais jimaginais que vous regarderiez par le judas en vous demandant ce que je veux, alors je repartais.

Je naurais pas pensé ça, ai-je affirmé, surprise par ma propre assurance.

Mais vous ne saviez pas qui jétais. On ne sest jamais appelés par nos prénoms.

Jai soupiré.

Il mest arrivé dentendre vos clés gratter la serrure longtemps, le soir. Jai eu envie douvrir et de dire : “Besoin dun coup de main ? Jai un gâteau en plus, autant le partager.” Mais jai imaginé que vous seriez surpris, embarrassé, et jai fini par le manger avec mon mari.

Cest curieux, chuchota-t-il. Tant dinvitations jamais prononcées, de chaque côté du mur.

Nous avons souri, mais dans le sourire flottait un soupçon damertume.

On est peut-être trop polis, ai-je suggéré. Peur de déranger.

Ou trop prudents. On a appris à ne pas envahir la vie des autres.

Un bruit métallique se fit entendre au-dessus.

Ce soir, semble-t-il, le destin a décidé autrement, dit-il en regardant le plafond. Enfin ensemble, après toutes ces années.

Jai ri doucement.

Vous ne trouvez pas que ça ressemble à une scène de film français ? Nuit du Nouvel An, ascenseur bloqué, deux voisins silencieux depuis toujours.

Dans le film, ils révéleraient tout de suite leurs secrets les plus profonds.

Nous, on parle juste des chiens et du boulot, ai-je acquiescé.

Il se tut, puis dit à voix basse :

Pour les confidences, je garde le reste. Mais javoue : plusieurs fois, je vous ai suivie dans lescalier, je vous trouvais si fatiguée. Jaurais voulu demander comment vous alliez, mais je nosais pas. Peur de sembler indiscret.

Jai baissé les yeux.

Jétais épuisée, avouai-je. Le travail, la maison Toujours à compter les sous des autres ou faire la vaisselle. Personne na jamais demandé comment jallais. Mon mari est toujours occupé, mon fils dans sa bulle. Je nai même pas vu de médecin quand la tension est montée. Je navais pas doreille à qui souffler : “Va te faire voir.”

Vous lavez fait finalement ?

Oui, quand ça allait vraiment mal. Rien de grave, juste besoin de repos et de rythme. Mais cest plus facile à dire quà faire.

Il posa sur moi un regard dune douceur inhabituelle.

Si besoin, vous pouvez toujours dire à un voisin croisé sur le palier que vous avez mal à la tête. Jécoute bien. Pas top pour conseiller, mais pour écouter, oui.

Jai senti ma gorge se serrer.

Et vous ? On vous dit que vous semblez fatigué ?

Il sourit, son regard devint grave.

Mon chien. Il sassoit à côté de moi après le boulot et me regarde comme sil comprenait tout. Les gens rarement. Les collègues sont tous dans leurs affaires. Mon fils habite Lille. On sappelle, mais ça reste superficiel.

Il a quel âge ?

Vingt-trois ans. Il fait sa vie et cest très bien. Mais parfois, quand il écrit : “Papa, je te rappelle,” puis oublie, je tourne en rond sans savoir quoi faire.

Je comprends, répétais-je. Mon fils a toujours mille choses à gérer. Japprends à ne pas être vexée. Je me dis que cest normal. Mais le soir, comme ce réveillon, la pièce est vide, et je mets une assiette de plus.

Le silence nous a enveloppés. Un vacarme venant du dessus, puis une voix :

Vous êtes là ? On arrive !

On est là ! répondit François. Pas de panique, on discute !

Jai éclaté de rire, soulagée.

Écoutez, ai-je dit, si on est sortis avant minuit, venez prendre le thé chez moi. Jai du canard, des salades, des clémentines. Je déteste manger seule.

Il haussa les sourcils.

Vous êtes certaine ?

Non, mais si je laisse passer, on va rester un an à se saluer sans rien changer. Et jen ai assez.

Il hocha la tête, comme résolu.

Alors, ce sera chez moi ensuite Côté balcon, on voit mieux les feux dartifice. Et mon chien sera ravi de la visite.

Daccord.

Lascenseur trembla, grinça, les portes souvrirent, se refermèrent encore.

On force manuellement, cria la voix au-dessus. Nayez crainte.

Une minute plus tard, les portes finirent par glisser, laissant apparaître le visage du technicien en bonnet.

Voilà les héros du Nouvel An, libérés, déclara-t-il.

François prit ses sacs, me laissa passer.

Bonne année ! lança le technicien.

À vous aussi ! avons-nous répondu en chœur, en échangeant un regard amusé.

Le couloir nous accueillit avec sa fraîcheur familière et le halo pâle dune ampoule. Nous avons gravi lescalier jusquà notre palier, sacs à la main, mais cette fois en discutant.

Donc, vous à droite, moi à gauche, comment des pièces dun échiquier, remarqua-t-il devant nos portes.

Mais depuis longtemps, aucune pièce ne bouge, rétorquai-je.

Jai ouvert, lodeur tiède du canard et des zestes de clémentine ma frôlée. La télé murmurait au salon.

Je commençai-je en me retournant. Je prépare rapidement la table, dix minutes à peine. Venez sans sonner, sauf si vous changez davis.

Il fixa sa serrure, puis moi.

Si je ne viens pas, dit-il, cest que mon chien ma kidnappé. Peu probable

Jai souri en entrant, laissant la porte entrouverte. Mon cœur battait fort. Jai dressé le canard, arrangé les salades, placé une assiette de plus. Deux flûtes au lieu dune.

Lorsque la pendule indiqua minuit moins cinq, des pas discrets retentirent sur le lino de lentrée. Il ouvrit la porte doucement.

Je peux entrer ?

Je dirais même, il faut, ai-je indiqué la table.

On sest installé face à face, avons trinqué sans éclat ni grands mots. Sur le poste, le Président se préparait à faire son discours ; dans la rue, les pétards retentissaient.

Vous savez, commença-t-il, ce fut ma plus belle panne dascenseur.

Celle qui ma été le plus utile, confirmai-je.

Nous avons gagné la loggia. Lair froid caressait nos visages, dans la cour les fusées embrasaient le ciel. Pour la première fois, je nai pas senti de vide.

Lan prochain, ai-je soufflé sans quitter le ciel des yeux, nattendons pas que lascenseur doute. Si on se sent seul, on peut frapper au mur, non ?

Daccord, répondit-il. Mais ce sera mieux si je toque vraiment à la porte.

Nous sommes restés côte à côte, écoutant les feux dartifice couvrir le quartier. Le Nouvel An se glissait sans clinquant particulier dans nos vies, mais avec la présence inattendue dun autre. Cette nuit, la fenêtre de la loggia était vraiment celle de deux vies. Jai compris alors quil suffit parfois de tendre la main à une personne proche, pour quune soirée banale devienne une soirée partagée.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

1 × 2 =

La fenêtre pour deux : un Réveillon inattendu entre voisins, du silence de l’immeuble aux premiers feux d’artifice de la nouvelle année
Léon refusait obstinément de croire qu’Irène était sa fille. Sa femme, Véronique, travaillait dans une supérette ; on murmurait qu’elle se retrouvait souvent seule dans la réserve avec des hommes du quartier. Voilà pourquoi Léon doutait que la frêle Irène soit de son sang, et il n’aimait pas cet enfant. Seul son grand-père, Mathieu, l’aimait sincèrement et lui légua sa maison. Irène, chérie seulement par son grand-père Petite, Irène tombait souvent malade. Elle était menue, de petite taille. « Ni dans ta famille, ni dans la mienne, on n’a vu un si petit gabarit », répétait Léon. « Cette gamine, c’est haut comme trois pommes ! » Peu à peu, même sa mère, influencée par Léon, s’éloigna d’elle. Mais une âme aimait profondément Irène : son grand-père Mathieu. Sa maison se situait à la lisière du village, près de la forêt. Mathieu avait été garde forestier toute sa vie et, même à la retraite, il allait presque chaque jour en forêt, ramassant baies et plantes médicinales. L’hiver, il nourrissait les animaux. On le disait étrange, un peu sorcier. Souvent, ses paroles se révélaient prophétiques. Malgré tout, les villageois venaient lui demander des remèdes. Mathieu avait perdu sa femme depuis longtemps ; seul lui restait la forêt et sa petite-fille. Dès qu’Irène entra à l’école, elle passa plus de temps chez son grand-père qu’à la maison familiale. Il lui enseignait les secrets des plantes. Les études étaient faciles pour Irène : à la question « Tu veux faire quoi plus tard ? », elle répondait « Soigner les gens ! » Sa mère prétextait ne pas avoir d’argent pour ses études, mais Mathieu rassurait la fillette, prêt à tout pour elle. Le grand-père légua à sa petite-fille sa maison et lui prédit le bonheur Véronique, sa mère, rendait rarement visite à Mathieu, sauf ce jour où elle débarqua chez lui, réclamant de l’argent après que son fils a perdu au jeu en ville et a été menacé. « Voilà qu’on vient me voir dans l’urgence ? Tu ne viens jamais autrement », gronda Mathieu, avant de refuser son aide : « Je ne paierai pas les dettes d’André, j’ai ma petite-fille à soutenir. » Furieuse, Véronique hurla : « Je ne veux plus vous voir, ni toi ni Irène ! » Lorsqu’Irène entra à l’école d’infirmières, ses parents ne lui donnèrent pas un centime ; seul Mathieu l’aidait. Elle s’en sortait grâce à sa bourse d’études, car elle était brillante. Avant la fin de ses études, Mathieu tomba malade. Sentant sa fin proche, il confia qu’il léguait sa maison à Irène, lui recommandant de chercher du travail en ville mais de ne jamais oublier la maison : « Tant qu’il y aura une âme qui y vit, la maison restera vivante. L’hiver, il faudra allumer le feu. N’aie pas peur de passer la nuit ici seule : c’est ici que ton destin te trouvera », prophétisa-t-il. « Tu seras heureuse, ma petite. » Il semblait savoir… La prophétie de Mathieu s’est réalisée Mathieu s’éteignit à l’automne. Irène devint infirmière à l’hôpital du département. Le week-end, elle retournait dans la maison du grand-père, allumait le feu pendant les grands froids, profitant des bûches amassées par Mathieu. Un jour, un week-end glacial, bloquée dans la campagne par la neige, elle vit frapper à la porte un jeune homme : « Bonjour, je suis bloqué devant chez vous avec ma voiture, vous auriez une pelle ? » Il accepta son aide, tout en lançant en riant : « Hors de question que vous soyez ensevelie sous la neige aussi ! » Après plusieurs tentatives de déneigement, Irène l’invita à prendre un thé chaud dans la maison. « Vous n’avez pas peur de vivre seule près de la forêt ? » demanda-t-il. Irène lui expliqua qu’elle travaillait à l’hôpital de la ville, ne revenant dans la maison que le week-end, inquiète des intempéries. Le jeune homme, Stanislas, proposa de l’accompagner au centre-ville ; il y vivait aussi. Elle accepta. Après le travail, Irène rentra à pied et eut la surprise de retrouver Stanislas sur son chemin : « Il faut croire que votre thé aux herbes a des pouvoirs magiques ! J’avais très envie de vous revoir… et peut-être partager à nouveau ce délicieux breuvage. » Ils n’ont pas fait de grande fête pour leur mariage. Irène ne voulait pas ; Stanislas a fini par céder. Mais ce fut une histoire d’amour authentique. Irène découvrit que, ce n’est pas qu’un conte, il existe des hommes qui portent leur femme dans leurs bras. Lors de la naissance de leur fils, tout le monde s’étonna que cette frêle maman ait mis au monde un vrai gaillard ! Au moment de choisir le prénom, Irène déclara : « Il s’appellera Mathieu, en hommage à un homme vraiment exceptionnel. »