Le hasard n’existe pas : Le retour d’un chauffeur de taxi épuisé, une rencontre inattendue sur une route de banlieue, et une proposition généreuse qui bouleverse deux vies.

Tu sais, jai une histoire incroyable à te raconter, un truc qui mest resté dans la tête toute la soirée. Cest arrivé à Arnaud, un pote à moi qui bosse comme chauffeur de taxi à Lyon. Ce soir-là, il rentrait chez lui dans la petite banlieue de Villeurbanne. Il avait passé plus de douze heures au volant, complètement vanné tu vois le genre : le dos en compote, le cerveau aussi. Il en avait vraiment marre découter les histoires parfois farfelues, parfois touchantes, que les passagers racontent à longueur de journée des amours ratées, des drames, parfois de bons fou-rires, mais ce soir-là, franchement, il nen pouvait plus.

Juste avant darriver à son immeuble, il aperçoit sur le bord de la route, à la lumière dun lampadaire, une jeune fille avec une grosse valise, qui faisait du stop. Honnêtement, il navait aucune envie de sarrêter, mais bon, la laisser toute seule au milieu de la nuit, ce nétait pas possible non plus. Elle ouvre la portière, et d’une voix timide, lui demande :
Est-ce que vous pouvez memmener jusquà Caluire-et-Cuire, sil vous plaît ?
Cétait quand même à une bonne heure de chez lui, pas du tout sur la route et vraiment pas motivant Mais quand Arnaud a croisé ses yeux suppliants, il a juste hoché la tête.
Oh merci, merci beaucoup ! Ça fait plus dune heure que je suis là, et franchement, javais peur de vous arrêter, je ne savais plus quoi faire.

Il lui a demandé :
Mais quest-ce qui test arrivé, pourquoi tu te retrouves dehors en pleine nuit ?
Et là, elle se lance, la pauvre. Elle sappelle Clémence, elle vivait en colocation avec sa meilleure amie, mais voilà, elle sest fait virer de son job la semaine dernière : elle a refusé les avances de son patron dans un resto du Vieux Lyon, il lui a dit de partir sur-le-champ et ne lui a même pas donné la paie du mois. Du coup, elle navait plus rien, impossible de payer la coloc cette semaine. Sa « meilleure amie » na pas cherché plus loin, elle a vite trouvé une autre coloc bosseuse, et a mis Clémence dehors le soir-même, la remplaçante arrivant dans une heure. Trois ans damitié parties en fumée, la pauvre ne sest jamais doutée que sa pote pouvait être aussi intéressée.

Arnaud, un peu gêné, lui demande alors :
Et là, à Caluire, tu vas chez qui ?
Clémence soupire, gênée :
Chez mon frère. Il vit là-bas avec sa famille, alors je nai pas vraiment le choix Mais sa femme ne maime pas du tout, elle ne supporte personne chez elle, même mes parents elle les a mis dehors trois jours après la naissance de leur premier petit-enfant ! Depuis, ils ny mettent plus jamais les pieds. Et en plus, elle est hyper radine la dernière fois, il y a trois ans, quand jy étais restée une semaine, josais rien manger, tellement elle me surveillait à table Je finissais par acheter du pain et je buvais de leau pour ne pas gêner.

Arnaud, un peu interloqué :
Mais alors, pourquoi tu y retournes ?
Parce que je nai nulle part dautre où aller Mes parents sont à Brest, et moi je suis venue à Lyon pour mes études. Jai raté le concours la première fois, alors jai bossé pour pouvoir minscrire à distance, maintenant je suis en première année et je bosse à côté, mais là il me faut absolument un nouveau travail et là, elle éclate en sanglots Jai limpression que tout me tombe dessus, ça ne marche jamais.

Arnaud, tout du long, lécoutait en détail. Il voyait quelle était sincère, et puis franchement, elle était non seulement jolie, mais aussi rayonnante dhonnêteté, pleine de bonté, presque candide Il avait lhabitude maintenant de juger vite le caractère des gens avec son métier, et il se disait hé, une fille comme ça, ce serait la femme parfaite. Douce, attentionnée, franchement, une perle.

Soudain, Arnaud sarrête net sur une petite place déserte. Clémence sursaute, terrorisée, et murmure :
Sil vous plaît, ne me faites pas de mal, il me reste cinq euros, je peux vous payer
Il la rassure :
Ne tinquiète pas va, je ne vais pas te faire du mal. Jai juste quelque chose à te proposer. Tes prête à mécouter ?
Elle hoche la tête, un peu tendue.
Si jamais ça ne te plaît pas, je temmène à Caluire, pas de souci.
Nouveau hochement.

Voilà : moi jhabite seul, je suis chauffeur, jai une chambre libre cétait celle de ma maman, elle est décédée lan dernier. Si tu veux, tu peux tinstaller là, et à la place dun loyer, tu maides pour le ménage et les repas, tu continues tes études tranquille, et je te ferai jamais davance, ni de pression, sois-en certaine. Ça te tente ?

En le regardant, il voit que Clémence pleure.
Écoute, si ça tembête, y a pas de malaise
Non, non, pas du tout ! Jaccepte ! Je crois que je pleure parce que cest inespéré de rencontrer quelquun comme vous Cest fou ce qui marrive, jaurais jamais pu imaginer tant de chance !

Arnaud rit :
Bon ben, cest réglé, on rentre ? À propos, cest quoi ton prénom, voisine ? Moi cest Arnaud.
Je mappelle Clémence.
Ah, joli prénom, ça fait chaud au cœur.

Arrivés chez lui, Arnaud lui montre la chambre, toute douce, décorée par sa maman avec tant de goût, très cocooning.
Jai rien changé depuis quelle est partie. Tu peux réarranger si tu veux.
Non, cest parfait, cest vraiment accueillant, ta mère devait avoir un sacré bon goût !
Elle était prof à la fac darchi, elle a bossé jusquà la retraite à luniversité. Pose tes affaires, je mets la bouilloire et je fais chauffer des raviolis.
Mais Clémence lui propose aussitôt :
Je peux préparer quelque chose, si tu veux ? Ma mère ma tout appris.
Ah, mais cest parfait ! Par contre, là, tout ce quil me reste au frigo, cest des raviolis. On ira faire les courses demain ensemble et à partir de là, tu deviendras chef Clémence, daccord ?
À vos ordres, chef Arnaud ! Mais ce soir, cest moi qui cuisine les raviolis.
Marché conclu.

Ils se sont retrouvés autour de la table, ont mangé en bavardant, Arnaud lui racontait mille anecdotes sur son ancienne vie dans la Marine, lançait des blagues et Clémence riait aux éclats, le cœur léger. Arnaud la regardait et pensait que décidément, il ne sétait pas trompé : il voulait vraiment apprendre à connaître cette fille. Il allait patienter un ou deux mois pour être vraiment sûr, puis lui proposer quelque chose de plus sérieux. Au fond, tu sais, les coïncidences, ce nest jamais vraiment le hasard, comme disait la vieille tortue sage de son enfanceIls finirent par débarrasser la table en silence, un silence tout doux, teinté de promesses, où chaque geste simple une assiette rangée, un verre rincé, une blague échangée semblait ouvrir une pièce secrète de la maison. Lodeur du café venait couvrir celle des raviolis, et la lumière de la cuisine devenait presque dorée. Clémence, encore un peu surprise par tant de calme après la tempête, osa murmurer :

Cest la première fois depuis longtemps que je me sens à ma place.

Arnaud lui adressa un sourire désarmant :

Parfois, les plus beaux détours mènent chez soi.

Et cest là, devant la fenêtre entrouverte, quils promirent sans même sen rendre compte dêtre désormais labri inattendu lun de lautre, peu importe la météo dehors. Dehors, la nuit avait cessé de pleurer. Dedans, tout commençait.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

seventeen − thirteen =

Le hasard n’existe pas : Le retour d’un chauffeur de taxi épuisé, une rencontre inattendue sur une route de banlieue, et une proposition généreuse qui bouleverse deux vies.
Après 7 ans de préparatifs, celui que j’aimais m’a trahie !