Cher journal,
Je remercie tous ceux qui ont aimé mes petites histoires, qui ont cliqué, laissé un commentaire, se sont abonnés et surtout ceux qui ont envoyé des dons même si ce ne sont que les cinq minous qui me tiennent compagnie. Partagez les récits qui vous touchent sur les réseaux, cela fait toujours plaisir à lauteur.
Nous avons passé une soirée agréable : quelques parties de cartes, des conversations chaleureuses et un repas délicieux, grâce à Gaston qui prépare comme un chef. Je suis dailleurs étonné, il travaille déjà depuis des années comme cuisinier dans un restaurant renommé de Lyon.
Marine, ma femme, et moi, tout joyeux, avons quitté les invités pour rejoindre le métro. Le temps était gris et le jour sassombrissait tôt, mais mon cœur restait léger après cette belle soirée.
Avec le cousin de Marine, Gaspard, et sa femme Valérie, nous avons tissé des liens depuis longtemps. Ils viendront bientôt à la fête danniversaire de Théodore, né quelques jours avant le Nouvel An.
Nous parlerons des derniers films que lon recommande, et nous dégusterons des mets de fête que, par manque de temps, on ne prépare jamais vraiment. Depuis toujours, on accueille les invités avec les meilleurs plats, on se sert en petites quantités, on discute de tout et de rien, en laissant les soucis pour demain. Aller rendre visite, cest un plaisir denfance, cest la fête que lon attend.
Après cela, on repart plus fort, parfois grâce à un conseil reçu dun proche qui peut changer la vie.
«Cest toujours facile de parler avec ton frère et sa femme, cest un bon gars», a souri Théodore à Marine.
«Je nai ni frère ni sœur, mais jai Gaston. Avant on ne se voyait pas souvent parce quil est un peu plus âgé, mais maintenant cest comme un frère, même un cousin,» a réfléchi Marine, puis a ajouté :
«Dis, Théodore, tu nas pas une cousine ? Je crois quelle sappelle Jeanne, elle habite pas loin, en banlieue. Pourquoi ne parlonsnous jamais delle?»
«Je sais pas, cest une vieille histoire. Mon père nétait pas très proche de sa sœur, alors nos familles se sont éloignées. Jeanne a deux ans de plus que moi,» a haussé les épaules Anatole. «Et alors?»
«Il faut réparer ça! Jai compris à quarante ans quon ne doit jamais oublier la famille. Gaston nest pas parfait, mais on a trouvé des points communs et japprécie nos petites visites. La parenté a une valeur profonde, cest du sang qui coule dans nos veines! Reprenons contact avec ta cousine, tu nas plus que Jeanne. On vieillit, on veut les proches près de nous. Les amis, cest bien, mais un frère ou une sœur, cest essentiel.»
«Je ne sais pas, Marine, ça fait longtemps,» a douté Anatole, tandis que Marine se passionnait davantage.
Jeanne sourit toujours, mais
«Tu as son numéro ? Si tu veux, je lappelle moimême,» a proposé Marine.
Sous la pression de sa femme, Anatole a retrouvé le vieux numéro fixe de Jeanne, mais elle ne répondait pas. Marine, déterminée, a finalement déniché son portable. Deux jours plus tard, Théodore et moi lavons appelée.
«Bonjour, Jeanne, je suis la femme de votre cousin Anatole,» a lancé Marine, avant dentendre :
«Bonjour, il est mort?»
Marine a cligné, surprise, puis a continué :
«Théodore était timide à vous appeler, mais je lai convaincu. Quand on est jeune les amis comptent, plus tard on pense à la famille. Vous êtes la seule quil nous reste, alors on aimerait renouer le contact, si ça ne vous dérange pas.»
Après un moment de silence, Jeanne a demandé :
«Théodore veut-il la maison de notre grandmère? Elle ma laissé ce logement il y a des années, jy vis encore avec mon mari, nous navons nulle autre habitation.»
Anatole a haussé les épaules, nayant jamais évoqué la question dune maison familiale.
Marine a poursuivi :
«Cest du passé, on veut simplement vous revoir, vous et votre mari. Théodore fête bientôt son anniversaire, passez nous voir, on en parlera autour dun verre.»
Le ton de Jeanne sest adouci, elle a noté notre adresse et a accepté de nous tutoyer, car nous sommes de la même famille.
De retour chez nous, jai dit à Anatole :
«Ta Jeanne était dabord surprise, mais dès quelle a compris, elle a promis de venir. Vous allez vous rappeler les moments denfance, les parents, la parenté. Cest important de rester proche quand on vieillit.»
«On nest pas si vieux, on na même pas cinquante ans!» a ri Théodore.
Marine était ravie ; sa collègue avait récemment retrouvé des proches en Belgique, ce qui la réconfortait car elle avait perdu ses parents.
Le jour de lanniversaire de Théodore, Jeanne est arrivée avec son mari Vincent. Ils étaient charmants et très accueillants. Nayant pas didée de cadeau, ils ont offert à Théodore une boîte à outils ; il a été aux anges. Autour de la table, tout le monde a bavardé, Gaston a préparé des amusebouches raffinés et un gâteau. Il a lhabitude doffrir ce type de présents gastronomiques aux fêtes, ce qui plaît à tous ; Marine na pas eu à cuisiner beaucoup, même si elle garde ses recettes fétiches.
La soirée était vraiment chaleureuse. Gaspard, Valérie, Jeanne et Vincent se sont bien entendus avec Théodore. Vincent a animé une partie de cartes, puis a réalisé quelques tours de magie.
Plus tard, Théodore a sorti sa guitare et nous avons chanté en chœur des vieux tubes dAntoine, rappelant notre jeunesse. Aujourdhui, nous ne sommes plus si différents dâge, mais cela ne change rien à la convivialité.
En raccompagnant nos invités, Marine a enlacé mon bras et a murmuré :
«Cétait magnifique, tu navais pas peur?»
Nous sommes rentrés chez nous, le soir de février, quand Jeanne et Vincent sont venus fêter lanniversaire de Marine. Encore une fois, lambiance était joyeuse et pleine de chaleur.
«Nous irons bientôt chez Jeanne et Vincent, ils sont faciles daccès, et lanniversaire de Jeanne approche,» aije pensé en mars.
Jaimais le fait que Théodore ait maintenant une sœur proche avec qui il pouvait discuter. Mais Anatole a réagi dun ton étrange :
«Peutêtre, si on est invités»
«Questce que tu veux dire ?» aije interrogé. «Tu as entendu Jeanne dire quelle était toujours contente de nous voir?»
«Oui, et je me souviens de quelque chose, mais on verra si les choses ont changé,» a répliqué Anatole, énigmatique.
Linvitation à lanniversaire de Jeanne nest jamais arrivée, ce qui a surpris Marine. Peutêtre une maladie ou un imprévu? Quand nous avons appelé Jeanne pour la féliciter, elle a été ravie :
«Merci beaucoup, votre message me touche!»
«Voici un petit cadeau, comme tu le souhaitais, en argent,» aije plaisanté, et nous avons transféré quelques euros via mon compte.
Jeanne ne savait pas quoi offrir, alors je lui ai suggéré daccepter largent comme présent. Elle a accepté, et jai ajouté :
«Jeanne, nous te souhaitons une santé de fer, beaucoup de joie, du bonheur et de la chance.»
Elle a répondu avec enthousiasme, annonçant quune amie passerait bientôt pour fêter ensemble, comme dhabitude.
Théodore, en souriant, a rappelé une vieille histoire familiale : le père de Jeanne ne parlait presque jamais à sa sœur, la mère de Jeanne, qui ninvitait jamais personne. «On venait uniquement si lon était invité,» a expliqué. «Elle aimait que les gens viennent sans préparer de repas, juste un verre de vin et quelques biscuits,» a ajouté Théodore, se rappelant les traditions dailleurs.
«Alors, elle aurait aimé notre petite fête, non?», a demandé Marine, encore plus surprise.
«Chacun décide dinviter ou dêtre invité, cest leur façon,» a ri Théodore.
Je lui ai rappelé quils avaient laissé la maison de la grandmère à Jeanne il y a longtemps, mais il nen a jamais entendu parler.
«Je ne reviendrai pas prendre ma part,», a rassuré Anatole.
Jeanne et Vincent continuent à venir chez nous, toujours heureux. Marine ne soffusque pas, car cest la seule sœur de son mari. Elle est aimable, souriante, et le fait de ne jamais être invitée reflète simplement léducation quelle a reçue.
Peutêtre quun jour Jeanne comprendra que lon ne veut jamais être linvité non désiré dun proche.
Leçon du jour : la famille nest pas un compte à régler, mais un fil qui nous relie ; il faut le tisser chaque fois que lon en a loccasion.







