J’ai donné une leçon à mon compagnon et à ses amis

Je me souviens, il y a longtemps, dune soirée où je devais «reprocher» le compagnon de mon ancien amant et ses amis.

Marcel, tu sais bien que je napprécie pas ces rassemblements, et tes amis, je les connais à peine, dailleurs je ne fais guère defforts pour les aimer.

Émilie, nul ne toblige à aimer mes amis. Dailleurs ce nest quune fois, pas plus.

Dordinaire, cest Pierre qui nous raccompagne, car il est le seul à ne pas boire, mais puisquil était malade ce soir-là, on ne pouvait pas annuler la fête.

«Nous nous réunissons tous les trois mois,» me rappelait-il, en suppliant: «Sil te plaît, aidemoi, ma chère.»

Émilie céda. Elle navait aucune difficulté à se présenter comme le «plusun» dun des participants. Daprès Marcel, il y en avait trois autres comme elle, donc elle ne paraîtrait pas étrangère, coincée dans un coin avec son téléphone, à ne rien dire.

Et si je venais après votre soirée, pour ramener tout le monde? fitelle, tentant déchapper à la réunion.

Émilie, si cétait si simple, on aurait appelé un taxi. Mais le trafic de Paris serait un enfer et tu devrais tout de même passer par le centre.

Ah, cest vrai, réponditelle, sans y penser. Marcel avait pourtant prévu tout un plan : qui emmener où, en supposant que certains hébergeraient chez eux les amis qui navaient pas de logement dans le centre, afin déviter la congestion. Lidée était de repartir le lendemain, lorsque la ville se calmerait.

Ma chère, tout ira bien, tu verras. Mes amis sont des gars respectables, ils te plairont, promettait Marcel, sans se douter que tenir parole serait difficile.

Ses amis étaient pour la plupart danciens camarades duniversité ou collègues. Dordinaire, on ne sattend pas à des comportements excentriques de ce groupe de bourgeois. La vie réserve parfois des surprises, mais on ne sattendait pas à des ennuis avec une bande aussi respectable.

Ainsi, Émilie, après avoir fait connaissance avec les amis de Marcel, décida quil ny avait rien de si terrible. Au lieu de rester dans son coin, elle se joignit à la conversation.

Quelquun lui demanda son cursus, un autre son métier, une jeune femme senquit de ses passetemps. Les réponses dÉmilie déclenchèrent un enchaînement de verres, puis de rires : latmosphère changea subtilement.

Écoute, Marcel, lança une invitée, maquillée, élégante, avec une alliance qui clignotait, questce qui ta fait dévorer tant de pâtisseries au point de ne plus aimer le pain ordinaire, même avec du fromage?

Tout le monde comprit quelle visait Émilie. Marcel, à droite dÉmilie, ricana :

Cest vrai, Lise, elle est bien visible, mais on a oublié comment tu es, toi!

Lise lança un regard furieux à Émilie, mais ne poursuivit pas. Une autre, profitant de labsence de diplômes dÉmilie, prit le relais, répondant avec une certaine rudesse pour rappeler à tous quil valait mieux ne pas la provoquer.

Marcel, alors, invita la jeune femme à sortir un instant. En franchissant le seuil du restaurant, il commença à sermonner Émilie pour son manque de savoirêtre, laccusant de «mettre les pieds dans le plat» devant ses amis.

Tu nas pas de questions pour mes amis? Et pour les filles, spécialement? sétonna Émilie.

Ils plaisantent, tu aurais pu prendre ça à la légère, répliqua Marcel, avant de laisser entendre quelle ne pouvait pas plaisanter à son tour.

Émilie chercha à changer de sujet, retournant à la table pour goûter une salade que lune des amies vantait. «Questce que tu as commandé?», sexclama Lise, se moquant de la présentation.

Le serveur, Max, déjà agacé, ne trouvait plus la situation amusante. Quand Émilie sortit son téléphone pour photographier le plat, Lise remua les ingrédients, gâchant la composition.

Tu nas même pas trouvé le bon chemin? sindigna Émilie, perdant tout appétit.

Max, profitant de linjustice, sadressa à la fille qui observait tout :

Annie, tu dois choisir: moi ou ta bande, ditil, presque en même temps que la même remarque à Lise.

Émilie ressentit comme un retour à lépoque du collège, où les règles de bienséance étaient méconnues. Elle savait, grâce aux leçons de son grandpère, comment se défendre. Sans trop dexplications, elle renversa dun geste la salade sur la robe de Lise.

Pardon, je suis si maladroite soufflaelle.

Lise, prise dune douleur soudaine lorsquÉmilie agrippa son bras, poussa un cri. De lextérieur, rien ne semblait se passer, mais lart du combat, enseigné par son aïeul, faisait mouche.

Le bruit attira lattention du personnel, mais dans ce petit bistrot, plein de clients bruyants, cela passa inaperçu.

Je ne te laisserai pas gronda Marcel, pâle comme Lise.

Ce nest pas moi, cest la vie, répliqua Émilie, libérant enfin la main de Lise.

Je ne veux plus connaître tes amis, déclaraelle, et séloigna, laissant les clés de la porte dans la boîte aux lettres.

Un mois plus tard, elle recroisa Max, désormais célibataire après une rupture avec Annie. Ce dernier, moins enclin à lhumour cruel, proposa un rendezvous. Émilie accepta, puis un autre, puis encore un autre. Le souvenir de cette soirée, de cet ancien compagnon et de ses amis, resta gravé, comme un tableau où les pensées les plus sombres ne pouvaient simprimer.

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