Nathalie rentrait des courses, les bras chargés de sacs lourds. Arrivée devant sa maison, elle aperçut soudain une voiture garée devant son portail. — Qui cela peut-il bien être ? Je ne m’attends à la visite de personne, pensa-t-elle. Nathalie s’approcha et vit, sur la cour, un jeune homme. — Il est là ! s’exclama-t-elle avant de se précipiter pour enlacer son fils. — Maman, attends. Il faut que je te parle de quelque chose, dit le fils en se reculant soudain. — Qu’est-ce qu’il se passe ? s’inquiéta Nathalie. — Il vaudrait mieux que tu t’asseyes, lui dit Victor d’une voix douce. Nathalie s’assit sur le banc, se préparant au pire…

Écoute, jai une histoire à te raconter, cest trop mignon et ça ma vraiment touchée. Imagine, il sagit de Lucie Martel, une dame qui vit seule dans un petit village du Limousin. Son mari, hélas, est décédé il y a deux ans, et son fils unique, Alexandre, est parti à Paris pour étudier, puis sest installé là-bas sans jamais vraiment revenir vivre au village. Il bosse actuellement comme ingénieur dans une usine. Au début, il louait un studio, puis, dernièrement, sa vie a un peu basculé, mais il racontait rarement les détails à sa mère.

Au début, il ne rentrait quune ou deux fois par an, jusquà ce quil sachète une voiture. Depuis lannée dernière, il apparaît plus souvent à limproviste, toujours avec des sacs de courses, des vêtements pour sa mère, alors quelle lui dit quil na pas besoin de se déranger comme ça. La dernière fois, il lui a offert un joli châle tricoté main, bien chaud, tu sais le genre.

Mais dès qu’il s’agissait de sa propre vie, il restait discret, il lui disait simplement : « Tout va bien, ne tinquiète pas, maman. » Et cest tout. Bien sûr, tu connais les villages, des gens trouvent toujours à raconter. Cest la jeune voisine, Élise, qui a glissé quelques infos : elle était montée à Paris récemment.

La pauvre Lucie, toujours attentionnée, lui avait confié un pot de confiture maison, des champignons marinés pour son fils. Comme Élise avait son numéro, elle la appelé et ils se sont croisés à Paris.

Elle est revenue en disant : « Oh, marraine Lucie, il est venu en voiture avec une élégante jeune femme ! Ils ont tout pris, il ta embrassée et il ma dit quil repassera bientôt. »

Et cette femme alors, cest qui ? demande Lucie, intriguée.

Oh, je sais pas ! Elle est restée dans la voiture, elle ne sest même pas montrée. Mais franchement, je tassure, elle a lair davoir cinq ans de plus que lui, bien maquillée et tout.

Lucie a cogité là-dessus. Alexandre navait jamais parlé de ses amours Elle sest dit quau prochain passage, il faudrait lui poser quelques questions. Mais elle na pas attendu longtemps.

Un après-midi en revenant de lépicerie, chargée de sacs, elle est presque devant sa maison quand elle voit une voiture garée devant le portail. Elle plisse les yeux : qui ça peut bien être ? Elle savance et là, elle voit son fils dans la cour, accompagné dun gamin.

Oh, mon chéri ! sexclame-t-elle, et elle se précipite pour lembrasser, mais il recule doucement et dit :

Attends, maman. Faut que je texplique un truc.

Quest-ce qui se passe ? demande Lucie, déjà stressée.

Tu ferais mieux de tasseoir, souffle Alexandre. Lucie sassied sur le banc du jardin, le cœur battant.

Et là, il lui explique

Lucie vit seule dans sa petite maison entourée de champs et de fleurs. Depuis la mort de son mari, elle soccupe de son jardin, de quelques poules et dun chien, Ulysse. Le téléphone de lappartement sonne rarement, à part Alexandre parfois. Lhiver, elle tricote, elle lit, elle va acheter lait, fromage et crème à la ferme voisine de Madame Lefèvre, la maman dÉlise. Si elle a des œufs en trop, elle en apporte.

Donc, ce fameux jour, Alexandre arrive avec un jeune garçon.

Viens, entrez vous mettre à laise, dit Lucie.

Elle leur prépare vite fait une salade de pommes de terre tiède, du chou fermenté, des cornichons maison, un peu de rôti froid tu connais ces petits repas où tout est simple mais plein damour.

Le gamin, Thomas, semble un peu renfermé, il chipote son assiette du bout de la fourchette. Après le repas, on envoie Thomas jouer dans le jardin.

Alexandre reste avec sa mère pour la suite :

Maman, voilà, jai épousé Aurélie lannée dernière. Enfin, on sest pacsés, quoi Et Thomas, cest son fils. Je voulais pas tembêter, ne men veux pas. Aurélie na pas très envie de rencontrer sa belle-mère.

Pourquoi ça ? Jai fait quelque chose ? Elle me trouve trop « campagnarde » ou quoi ?

Non, cest compliqué Son premier mariage, ça sest très mal passé. Sa belle-mère était horrible avec elle, il y avait tout le temps des disputes. Finalement, ça la poussée à tout plaquer. Son ex est décédé peu de temps après, suivi par sa belle-mère. Aurélie sest retrouvée avec lappartement et la voiture avec Thomas. Quand je lai rencontrée, elle ma invité à vivre avec eux, puis on sest mis ensemble. Depuis, elle refuse catégoriquement lidée dune belle-mère.

Mais pourquoi amener Thomas, alors ? demande Lucie, surprise.

Parce que cest lété, Aurélie est enceinte, elle doit accoucher en août. Ça devient un peu lourd avec Thomas, elle narrive plus à le gérer toute la journée. Moi, je bosse non-stop. Si tu pouvais le garder un peu jusquà la rentrée, ce serait génial. Ensuite je le récupèrerai.

Eh bien je veux bien, mais il est daccord, Thomas ? Il veut rester ici avec moi ?

On ne lui a pas laissé le choix, maman, il doit écouter sa mère.

Lucie est un peu surprise par cette fermeté, mais elle dit rien. Après tout, cest pas de sa faute, elle ne connaît pas vraiment Aurélie, alors à quoi bon juger ? Un gosse de huit ans dans la maison, cest du mouvement, mais ça va, il commence à être assez grand. Bientôt, elle aurait aussi un « vrai » petit-fils ou une petite-fille ! Elle était déjà toute contente.

Le lendemain matin, Alexandre est reparti pour Paris et Thomas sest posté tristement à la fenêtre.

Lucie va vers lui et dit doucement :

Allez, viens, mon petit, on va sorganiser. Tu peux mappeler Mémé Lucie, tu veux ? Tes en quelle classe ?

En CE1, marmonne-t-il sans la regarder.

Alors, viens, je vais te montrer mes poules, mon jardin. Regarde, les fraises commencent à mûrir, tu pourras en cueillir.

Jai pas envie daller avec toi.

Pourquoi ça ? Moi je ne te ferai pas de mal, et Ulysse, mon chien, non plus, ten fais pas.

Ma mère a dit que tétais méchante. Et de toute façon, je ne reste pas longtemps ici, ça ne sert à rien.

Ah bon ? Elle ne me connaît même pas, comment elle peut dire ça ? Bon, fais comme tu veux. Moi jai du boulot dans le jardin, si tu veux me rejoindre, tu sais où me trouver.

Lucie est sortie, peinée. Elle se disait que la pauvre Aurélie doit en avoir bavé avec sa première belle-mère Du coup elle projette ses peurs sur elle. Mais bon, Lucie sest promis de conquérir Thomas par la tendresse.

Pendant ce temps, elle soccupait de ses quelques bêtes, de son potager, allait acheter des produits frais chez la voisine. Elle échangeait des œufs contre du lait, ou déposait des framboises quand cétait la saison.

Une semaine passe, puis Thomas commence à pointer le bout de son nez dehors. Il vient caresser Ulysse, grappille quelques fraises. Il naide pas vraiment mais Lucie ne lui reproche rien. Puis un jour, elle va faire des courses et lui propose de laccompagner. Il accepte ! Sur le chemin du retour, il papote non-stop, et depuis ce jour-là, il est métamorphosé. Il donne un coup de main à la maison, arrose les salades, nourrit Ulysse. Il sest même fait des copains parmi les voisins et le soir, il faut lappeler dix fois pour rentrer.

Il sanime, se met à lire un vieux bouquin daventure qui traînait, « Robinson Crusoé », celui qui avait appartenu à Alexandre enfant. Et chaque soir, il raconte ses passages préférés à Lucie, sesclaffe sur le personnage de Vendredi. Elle tricote pendant quil monte ses histoires, cest tout son fils quelle revoit là.

En août, Alexandre débarque tout joyeux avec une grande nouvelle : Aurélie a accouché dune petite fille, Jeanne. Il venait juste leur annoncer quils rentreraient à la maison demain, après la sortie de la maternité.

Papa, je suis bien ici avec Mémé Lucie ! Je peux rester jusquà la rentrée ? Je verrai ma petite sœur après, quand je retournerai à lécole.

Donc il reste jusquen septembre. Lucie prépare un petit trousseau pour sa petite-fille : elle tricote de minuscules chaussons, un bonnet, une petite couverture légère. Pour sa belle-fille, une belle paire de moufles en laine. Alexandre lembrasse, serre la main de Thomas comme un vrai bonhomme, et sen retourne.

Fin août, Thomas joue au ballon avec des gamins du village quand une voiture approche. Tout le monde sarrête, les gamins sont curieux. La voiture s’arrête devant chez Lucie, une femme un peu rondelette en sort avec un bébé dans les bras, suivie par Alexandre. Il prend le bébé à Aurélie, et Thomas se jette dans leurs bras.

Maman ! sexclame-t-il, mais il trébuche sur une pierre. Il ne pleurniche pas, applique juste une feuille de plantain sur son genou, comme les copains lui ont appris.

Aurélie embrasse son fils, lui prend la main et suit Alexandre à lintérieur.

Il nest pas un peu jeune pour traîner seul dans les rues du village, Thomas ? lance-t-elle en guise de salut.

Bonjour, Aurélie, répond Lucie calmement. Ici, cest normal, les enfants jouent dehors, ils rentrent au goûter. Dailleurs, Thomas ma bien aidé dans la maison et au jardin. Il est formidable et très serviable.

Lucie sapproche de Jeanne, la petite, qui dort profondément. Elle est si jolie que Lucie en a presque les larmes aux yeux.

Ensuite, elle sert à ses invités un bon pot-au-feu avec de la crème fraîche et du pain de campagne. Elle demande des nouvelles, sintéresse à tout.

On vient chercher Thomas, annonce Aurélie dun ton tranchant. Cest bientôt la rentrée, il doit préparer ses affaires pour Paris, il vous a assez dérangées !

Mais là, Thomas se lève et lance fort :

Je veux pas retourner à Paris ! Je veux rester avec Mémé Lucie, cest toi qui mas menti. Elle est gentille !

Le visage dAurélie rougit de gêne, elle soffusque un peu.

Ce nest pas bien de parler comme ça à ta maman, Thomas. Présente-lui tes excuses, puis va jouer dehors, mais ne quitte pas la cour, OK ? dit calmement Lucie.

Il baisse la tête, promet quil ne recommencera pas, et sort.

Ne tinquiète pas, Aurélie. Tu as élevé un chouette garçon, il ma vraiment aidée tout lété. Merci de me lavoir confié, vraiment. Si jamais tu veux le laisser lété prochain, ce sera avec plaisir !

À ce moment, la petite Jeanne se met à pleurer, Aurélie se précipite vers elle. La famille reste deux jours chez Lucie. Alexandre répare des petites choses, Aurélie ne quitte pas des yeux son bébé, et Lucie chouchoute tout ce petit monde avec de bons petits plats. Thomas navigue entre son père, Mémé Lucie, sa sœur et sa maman, tout sourire.

Au moment du départ, Alexandre, Thomas et Jeanne disent au revoir, et Aurélie, avant de monter en voiture, serre Lucie dans ses bras :

Merci, vraiment. Je nai presque plus de souvenirs de ma mère, et je pensais pas quune belle-mère pouvait être comme vous. Je vous demande pardon. Et Alexandre, vous avez eu un fils formidable, attentionné et généreux.

Il est pour toi, maintenant, ma fille. Et moi, jai bien de la chance de vous avoir. Revenez quand vous voulez, et ramenez-moi Thomas, il est comme mon petit-fils de sang.

Et voilà, cest comme ça que tout sest arrangé entre eux. Lucie est partie les rejoindre à Paris pour lhiver, histoire de donner un coup de main avec les enfants et la maison. Elle sentend à merveille avec Aurélie, et cest Alexandre et Thomas les plus heureux du monde !

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Nathalie rentrait des courses, les bras chargés de sacs lourds. Arrivée devant sa maison, elle aperçut soudain une voiture garée devant son portail. — Qui cela peut-il bien être ? Je ne m’attends à la visite de personne, pensa-t-elle. Nathalie s’approcha et vit, sur la cour, un jeune homme. — Il est là ! s’exclama-t-elle avant de se précipiter pour enlacer son fils. — Maman, attends. Il faut que je te parle de quelque chose, dit le fils en se reculant soudain. — Qu’est-ce qu’il se passe ? s’inquiéta Nathalie. — Il vaudrait mieux que tu t’asseyes, lui dit Victor d’une voix douce. Nathalie s’assit sur le banc, se préparant au pire…
— Lüszi, je crois que… j’ai écrasé un chat… — ai-je gémi au téléphone.