Avant la séparation, Camille soccupait seule de son enfant, mais par la suite elle sest mise à chercher une nourrice. Sa belle-mère est devenue la solution. Au départ, Camille lui avait simplement demandé si elle connaissait quelquun de fiable pour garder son fils, mais sa belle-mère a proposé directement ses servicesbien entendu, contre une rémunération. Le salaire de Camille nest pas très élevé, elle doit faire attention à ses dépenses.
Au bureau, jai une collègue qui traverse une période difficile. Elle ne prend pas vraiment soin delle, ne va jamais chez lesthéticienne. Je me demande souvent où passe sa paie. Elle travaille, vit chez ses parents, na pas, comme tant dautres, de crédit immobilier, et cest son ancienne belle-mère qui garde son petit garçon. En plus, elle touche une pension alimentaire.
En réalité, Camille doit payer un loyer à ses parents pour la chambre quelle occupe et verser une rémunération à sa belle-mère pour la garde de lenfant. Je trouve ça invraisemblable
Il y a six mois, quand Camille a rejoint notre entreprise, nous sommes vite devenues amies. On a découvert que nous avions beaucoup en commun : mêmes centres dintérêt, nos enfants ont presque le même âge.
Dès notre première conversation, Camille ma confié quelle venait de divorcer et quelle était retournée vivre chez ses parents. Ses parents, des personnes accomplies de plus de cinquante ans, occupent tous deux de bons postes et ont bâti une grande maison dans la périphérie de Bordeaux. Ils voyagent à létranger à chaque vacances. Quand Camille est revenue sinstaller chez eux, ils lui ont accordé une chambre, un espace rien quà elle.
Je pensais quelle pouvait vivre là sans rien payer, mais non, dès le début, ils lui ont demandé une participation financière. Camille se dit tout de même heureuse dêtre chez sa famille plutôt que chez des inconnus, cest aussi plus rassurant pour son fils.
Elle a également une étagère réservée dans le frigo familial, nutilise jamais les affaires de ses parents et, de temps en temps seulement, partage quelques fruits avec son enfant.
Je ne comprends pas cette façon de faire, surtout que Camille, en quittant son ex-mari, navait rien emporté et a même dû emprunter de largent à ses parents les premiers mois pour sen sortir.
Avant la rupture, elle soccupait personnellement de lenfant, mais très vite, elle a cherché quelquun pour laider. Et cest sa belle-mère qui sen charge à présent. Dabord, elle lui avait demandé si elle connaissait une personne sérieuse pour la garde ; finalement, sa belle-mère lui a proposé delle-même de garder lenfant, à condition dêtre payée. Cette solution a plu à Camille : la grand-mère connaît son petit-fils, sait ce quil aime, ses habitudes, ce quil faut éviter, elle sait être à la fois attentive et stricte. Camille a accepté, et désormais, chaque fois que cest nécessaire, la belle-mère prend soin du petit.
Tout cela pourrait fonctionner, mais Camille manque cruellement dargent : elle peine déjà à joindre les deux bouts, alors le superflu nest vraiment pas envisageable.
Il mest difficile de comprendre que ses propres parents puissent traiter leur fille ainsi en ce momentMais un matin, alors que nous partions ensemble du bureau, Camille sarrêta, le regard brillant dune nouvelle assurance.
Tu sais, ma-t-elle confié, jai longtemps cru quil fallait tout accepter, par gratitude ou par devoir. Mais maintenant, je veux créer autre chose pour mon fils et moi.
Elle ma expliqué quelle avait commencé des démarches pour obtenir un logement social, et quelle avait aussi postulé à un emploi à temps partiel dans une petite librairie, passion quelle avait toujours gardée de côté. Elle sétait rendu compte quà force déconomiser sur tout, elle sétait presque oubliée, mais ce renouveau lui donnait la force de souffler enfin.
La semaine suivante, elle est arrivée au bureau avec son fils, tout fier de son nouveau cartable offert par une association de quartier. Camille rayonnait différemment. Elle avait troqué la prudence résignée contre une douceur tenace.
Le vendredi, elle nous a invités à fêter sa nouvelle étape dans un petit parc, autour dun pique-nique improvisé. Entre deux éclats de rire, alors que le soleil caressait son visage, jai compris : Camille avait retrouvé une dignité tranquille, fragile mais sincère, et, au fond, cétait cela, le vrai luxe que personne ne pourrait jamais lui facturer.



