Aurélie, cela fait déjà cinq ans que tu nes plus là, tu te fiches de savoir comment je vis, ce que je deviens
Aurélie et Benoît partageaient leur appartement depuis plus de cinq ans à Lille. Je nai jamais été un grand gagneur, ouvrier dans une petite fabrique, mon salaire ne me permettait pas de mener grand train. Mais Aurélie avait toujours aspiré à une vie aisée, pleine de confort, rêvant à Paris, au luxe et à labondance. Il nétait donc pas surprenant de la voir silluminer à lidée de fréquenter des hommes plus fortunés quun simple ouvrier comme moi.
Un jour, le hasard lui sourit : elle attira lattention dun entrepreneur parisien, un homme daffaires vêtu de costumes sur mesure, qui lui promit la lune. Grisée par ses promesses, elle sy laissa prendre et mabandonna sans remords, convaincue de se forger un destin de princesse.
Mon monde sest écroulé. Je me suis humilié, lai suppliée de rester. Je jurais de changer, de trouver un travail mieux payé, dabandonner cette vie de labeur pour me tuer à la tâche, du matin au soir, tant quelle acceptait de me donner une seconde chance.
Mais ce nétait pas suffisant. Aurélie, déjà portée par ses rêves de croisières en yacht au large de Cannes, dachats dans les boutiques des Champs-Élysées, ne regardait plus en arrière. Mes promesses, mes larmes, rien ne la retenue. Elle voulait vivre la grande vie, et moi, je nétais plus rien.
Cinq ans plus tard, Aurélie devait avoir trente-deux ans lorsquelle perdit tout lintérêt de ce riche Parisien. Trop capricieuse, trop exigeante selon lui, il la laissa tomber, préférant la compagnie de jeunes femmes frivoles qui gravitaient sans cesse autour de lui.
Elle navait ni emploi, ni économies. Impossible de survivre à Paris sans ressources. Elle, qui navait jamais travaillé un seul jour de sa vie, pensa à revenir vers moi. Après tout, je lui avais juré un amour éternel, je lui avais promis que mon cœur lui appartenait jusquà la fin, nest-ce pas ? À ses yeux, je nétais quun port refuge.
Le jour où elle est revenue à notre ancien appartement à Lille, Aurélie hésita sur le seuil. À sa surprise, ce fut une inconnue qui ouvrit la porte, une fillette accrochée à son bras.
Ma petite, je tai déjà dit de ne pas ouvrir la porte toute seule, murmura-t-elle à la fillette. Que puis-je faire pour vous ? demanda-t-elle à Aurélie.
Aurélie, interdite, bafouilla : Je cherche Benoît, il est là ?
La femme appela par-dessus son épaule : Benoît, il y a une dame pour toi. Comment vous appelez-vous ?
Aurélie, dit Benoît, manifestement ébahi. Puis, se tournant vers sa femme : Chérie, veux-tu rentrer avec Charlotte ? Je dois parler à cette dame.
Aurélie, perdue, demanda en fixant la femme et lenfant : Cest qui ?
Ma femme, Camille, et dans ses bras, notre fille Charlotte, répondis-je simplement.
Tu tes remarié ? Tu as une fille ? Mais tu me jurais fidélité, tu maimais plus que tout
Je pris une longue inspiration. Le temps a passé, Aurélie. Les premiers temps, jai beaucoup souffert, mais après ton départ, jai compris que la vie continue. Camille ma apporté le bonheur, elle ma rendu ma joie de vivre. Et Charlotte est venue illuminer ma vie. Je suis heureux aujourdhui, vraiment.
Et moi ? balbutia-t-elle.
Aurélie, tu es partie cinq ans. Jamais tu ne tes souciée de moi. Tu as préféré courir après largent, les paillettes. Certes, nous navons jamais roulé sur lor, mais ce nétait pas une raison pour mabandonner ainsi. Et aujourdhui, que crois-tu ? Que je vais tattendre indéfiniment ?
Les larmes lui montaient aux yeux. Jai été stupide, je taime toujours !
Arrête, Aurélie. Tu reviens ici seulement parce que lautre homme ta laissée tomber ? Je ten prie, pars, ne me fais plus perdre mon temps. Ma vie a repris son cours, et je suis enfin heureux. Je ne veux plus te revoir.
Aurélie quitta lappartement en pleurant, brisée par la solitude. Quant à moi, je ressens un profond soulagement. Cette histoire ma appris que lon nattend pas éternellement le retour de ceux qui nont jamais pris soin de nous. Il faut avancer et se donner la chance dêtre heureux, sans regret.







