Mon mari travaille, mais cest moi qui paie tout.
Vous vous demandez sans doute comment je me suis retrouvée dans une telle situation, pourquoi jai accepté cette vie Je vous dirais que toutes les femmes qui aiment deviennent aveugles. Jétais aveugle. Toute ma vie, jai essayé, jai appris. Dès mon plus jeune âge, ma mère, Mireille, ma toujours répété que si je voulais vraiment une belle existence, je devais minvestir de tout mon cœur. Elle me disait aussi : une femme doit être forte et indépendante, pour que, quoi qu’il arrive, elle sache sen sortir seule.
Apparemment, ce dernier conseil ma joué un mauvais tour. Quand je fréquentais des hommes, je montrais trop mon indépendance, et rares étaient ceux qui voulaient construire quelque chose avec moi. À cette époque, la plupart cherchaient une femme douce, à protéger, pour se sentir virils et puissants. Moi, je prenais soin de moi.
Ensuite, le travail est devenu mon seul centre de gravité. Je suis restée célibataire jusquà 35 ans, lorsque jai rencontré Fabien. Il est du même âge que moi. Jétais étonnée quil accepte mon autonomie. Jamais il ne ma imposé quoi que ce soit, ni proposé son aide si je lui disais que je le ferais moi-même. Il ne ma jamais offert de fleurs, ni susurré des mots sucrés et vides ces petites tendresses me mettaient mal à laise. Près de lui, jétais vraiment son égal. Jaurais pourtant dû deviner le prix de cette soi-disant égalité qui nen était pas une.
Nous nous sommes mariés, et Fabien est venu vivre chez moi, à Lyon. Il navait pas de logement ; il vivait chez sa mère, Yvette. Moi, impossible dhabiter avec une belle-mère ! Javais déjà entendu trop dhistoires de ce genre et je nen avais aucune envie. Le premier mois, Fabien na rien contribué aux dépenses avec son salaire, prétextant un petit prêt quil avait contracté pour lopération de sa mère.
Je nai rien dit, jai voulu faire preuve de compréhension. On est une famille, non ? Quil rembourse ce prêt, puis nous gérerons ensemble. Mais sept mois plus tard, il ne lavait toujours pas soldé. Toujours la même rengaine : On me paie trop mal, mes heures ont diminué, pire encore Et cest moi qui ai payé la nourriture, les sorties, lélectricité tout. Puis il a commencé à dire quil mettait de côté pour nous acheter une maison à la campagne, près de Dijon, pour nos prochaines vacances.
Mais en cinq ans, je nai jamais vu le moindre extrait de compte. On est une famille ! Jai fini par me disputer avec lui. Comment est-ce possible que je subvienne à ses besoins depuis cinq ans ? Ça ne tient pas debout. Il a fait sa valise et a filé chez sa mère. Oui, juste comme ça. Trois jours plus tard, incapable de supporter labsence, je lai ramené à la maison. Et ça recommence, encore et encore. Il ne daigne jamais donner un centime, rien du tout. Moi, je nen peux plus. Je rêve de dépenser un peu dargent pour des plaisirs de femme, des frivolités, mais je nai jamais la moindre marge tout part dans la vie de famille. Quest-ce que je dois faire ? Demander le divorce ? Croire encore quil changera un jour ?







