Mon ami, 42 ans, s’est enfin marié : il dit qu’elle est une fée du logis et une excellente cuisinière, et que le reste ne l’intéresse pas

Mon ami, 42 ans, sest enfin marié. Il dit quelle tient la maison à la perfection, cuisine divinement, et pour lui, le reste na aucune importance.

Je connais Éric depuis notre enfance. Nous avons grandi dans le même quartier à Lyon, partagions nos après-midis dans la cour de limmeuble, et, adolescents, nous sortions toujours entre copains traîner dans le centre-ville. On flânait le long des quais ou on passait des heures à discuter, accoudés sur un banc. À cette époque, avec les filles, ce nétait jamais trop sérieux; ce qui comptait surtout, cétait de ne pas perdre la face devant les autres gars du groupe.

Puis jai fait mon service militaire pendant quÉric trouvait toujours un prétexte pour y échapper. Une fois revenu, jai décroché un emploi, puis jai rencontré Camille, que jai épousée. Nous avons vécu ensemble dix ans et avons eu deux enfants. Mais, avec le temps, nous sommes devenus de parfaits étrangers lun pour lautre. Des disputes fréquentes nous ont poussés à comprendre quil valait mieux se quitter. Bientôt, nous avons divorcé.

Deux années plus tard, désormais célibataire, je suis tombé sur Éric par hasard dans le Vieux Lyon. Il avait bien changé en douze ans: il avait pris du poids, sétait assagi.

Nous nous sommes installés à la terrasse dun bistrot et avons refait le monde. Jai appris quil était lui aussi divorcé et quil cherchait à refaire sa vie. Un an plus tard, jai refait ma vie avec une femme que jai épousée.

Peu après, jai revu Éric à une fête de quartier, et il ma confié avoir, lui aussi, rencontré quelquun. Mais, honnêtement, sa femme ne ma pas trop plu ; elle était plutôt forte.

Quest-ce qui ta séduit chez elle? ai-je demandé.

Éric ma répondu quelle était une fée du logis, au four et au moulin.

Et puis, elle me laisse en paix! Je bois mon demi devant le foot, je sors avec les copains au café du coin sans avoir de reproches Elle est parfaite, je nai jamais un mot de travers.

Jétais surpris. Pour moi, une compagne représente bien plus quune bonne cuisinière ou une femme dintérieur. Certes, cest apprécié qui naime pas un bon dîner et une maison rangée? mais ce qui compte, cest lamour entre nous.

Certains donnent la priorité à la propreté ou au fait de bien manger, mais moi, jaspire à avancer dans la même direction que ma moitié, à former un vrai duo, animé par la complicité et le respect. Lidéal, cest davoir des passions communes, de cuisiner ou faire le ménage ensemble, ce que ma femme et moi faisons régulièrement.

Quand deux personnes roulent à vélo côte à côte et pédalent à lunisson, elles ont bien plus de chance darriver loin ensemble.

Et vous, quen pensez-vous?

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Mon ami, 42 ans, s’est enfin marié : il dit qu’elle est une fée du logis et une excellente cuisinière, et que le reste ne l’intéresse pas
J’ai crié par la fenêtre : — Maman, pourquoi si tôt ? Tu vas attraper froid ! — Elle s’est retournée, a salué de sa pelle avec un sourire : — C’est pour vous, les paresseux, que je m’affaire. — Le lendemain, ma mère n’était plus là… Je n’arrive toujours pas à traverser notre cour sans un pincement au cœur… Chaque fois que je croise ce petit chemin, mon cœur se serre, comme si une main le tenait. C’est moi qui ai pris cette photo, le 2 janvier… Je passais par là, j’ai vu les traces sur la neige et je me suis arrêtée. J’ai pris la photo, sans même savoir pourquoi. Maintenant, c’est tout ce qu’il me reste de ces jours-là… Nous avons fêté le Nouvel An ensemble, comme toujours, en famille. Le matin du 31, maman était déjà debout. Je me suis réveillée avec l’odeur des boulettes qui cuisent et sa voix dans la cuisine : — Ma fille, debout ! Viens finir les salades avec moi ! Sinon, ton père aura tout mangé avant qu’on ait le temps de voir ! Je suis descendue en pyjama, les cheveux en bataille. Elle était debout devant la cuisinière, dans son tablier préféré à pêches que je lui avais offert au collège. Elle souriait, les joues rouges à cause du four. — Maman, laisse-moi juste boire mon café d’abord… ai-je râlé. — Le café, ce sera après ! D’abord la macédoine ! — elle a rigolé en me tendant le saladier de légumes rôtis. — Coupe fin, comme j’aime ! Pas comme l’an dernier, avec des cubes gros comme le poing. On coupait les légumes en bavardant de tout. Elle racontait les Nouveaux Ans de son enfance — sans toutes ces salades exotiques, juste le hareng en fourrure et des clémentines que son père ramenait du boulot sous le manteau. Puis papa est arrivé avec le sapin. Une vraie montagne, jusqu’au plafond. — Mesdames, voilà la beauté ! — a-t-il lancé triomphant sur le pas de la porte. — Oh papa, tu as vidé la moitié de la forêt ! — me suis-je exclamée. Maman est sortie, a regardé et haussé les épaules : — Il est magnifique, mais où va-t-on le caser ? L’an dernier, au moins, il était plus petit. Mais elle décorait avec nous. Avec ma petite sœur Lila, on accrochait les guirlandes, pendant qu’elle sortait les vieilles boules — celles de mon enfance. Je me souviens, elle a pris un ange en verre et m’a dit tout bas : — Celui-là, je te l’avais offert pour ton tout premier Nouvel An. Tu te rappelles ? — Je me souviens, maman — j’ai menti. En vérité, je ne me souvenais pas, mais j’ai acquiescé. Elle était si heureuse que je me souvienne de ce petit ange… Mon frère est arrivé plus tard, comme toujours, dans le bruit : sacs, cadeaux, bouteilles. — Maman, cette année, j’ai pris du bon champagne ! Pas comme l’an passé — de la piquette. — Oh fiston, pourvu que personne ne finisse saoul ! — maman a ri en le serrant dans ses bras. À minuit, nous étions tous dans la cour. Papa et mon frère lançaient des feux d’artifice, Lila criait de joie, maman me tenait l’épaule, toute contre moi. — Regarde, ma fille, comme c’est beau, murmurait-elle. La vie est belle, tu ne trouves pas ? Je l’ai serrée tout fort. — On a la plus belle des vies, maman. On buvait le champagne à la bouteille, on riait tant que le feu d’artifice a failli s’envoler dans la grange du voisin. Maman, un peu pompette, dansait en chaussons sous « Mon beau sapin », papa l’a soulevée. On riait aux larmes. Le lendemain, on a traîné toute la journée. Maman cuisinait encore : raviolis et pot-au-feu en gelée cette fois. — Maman, ça suffit ! On n’en peut plus ! — je soupirais. — Vous mangerez bien, c’est la fête jusqu’à l’Épiphanie ! — elle balayait mes inquiétudes d’un geste. Le 2 janvier, fidèle à elle-même, elle était déjà debout aux aurores. J’ai entendu la porte claquer, j’ai regardé dehors : elle dégageait le chemin, en vieil anorak, foulard bien noué. Depuis le portail jusqu’aux marches, elle traçait un couloir net, ordonné, poussant la neige contre le mur, comme elle aimait. J’ai crié par la fenêtre : — Maman, pourquoi si tôt ? Tu vas attraper froid ! Elle s’est retournée, a fait un signe avec la pelle : — Sinon, vous, les paresseux, vous resterez coincés dans la neige jusqu’au printemps ! Va donc mettre la bouilloire. J’ai souri, je suis allée préparer le thé. Elle est rentrée au bout d’une demi-heure, les joues rouges, les yeux brillants. — Ça y est, c’est tout propre, s’est-elle installée avec son café. C’est bien fait, non ? — C’est parfait, maman. Merci. C’était la dernière fois que j’entendais sa voix aussi vive. Le 3 janvier au matin, elle s’est réveillée doucement : — Les filles, j’ai une gêne dans la poitrine. Pas trop forte, mais bizarre. J’ai tout de suite eu peur : — Maman, on appelle le SAMU ? — Mais non, ma puce. Je suis juste fatiguée. J’ai trop couru, trop cuisiné. Je vais me reposer, ça ira. Elle s’est allongée sur le canapé, Lila et moi à côté. Papa est passé à la pharmacie. Elle plaisantait encore : — Arrêtez de me regarder si tristement. Je vais tous vous enterrer ! Puis soudain, elle a pâli. Elle a posé la main sur sa poitrine. — Oh, non, je ne me sens pas bien… Trop mal… On a appelé les urgences. Je lui tenais la main, je murmurais : — Maman, tiens bon, ils arrivent, ça va aller… Elle m’a regardée, tout doucement : — Ma fille… je vous aime tellement… Je ne veux pas partir. Les médecins sont venus vite, mais… c’était trop tard. Une crise foudroyante. Tout s’est joué en quelques minutes. Je suis restée effondrée dans le couloir, à hurler ma peine. Je n’y croyais pas. Hier encore elle dansait sous les feux d’artifice, pleine de vie, et là… Les jambes coupées, je suis sortie dans le jardin. Il avait à peine neigé. J’ai revu ses traces, si petites, si droites. Du portail aux marches, et retour. Comme elle les faisait toujours. Je suis restée à regarder, longtemps. Je demandais à Dieu : « Comment est-ce possible ? Hier un être vivait, laissait ses empreintes… Aujourd’hui il n’est plus là. Les traces restent, la personne disparaît. » Je me suis dit peut-être à raison, qu’elle était sortie le 2 janvier pour la dernière fois — pour nous laisser un chemin propre. Pour qu’on puisse passer, même sans elle. Je n’ai pas voulu les recouvrir. J’ai demandé à tous de ne pas toucher : laissons-les, jusqu’à ce que la neige les efface pour toujours. C’est le dernier cadeau de maman. Sa bienveillance, présente même quand elle n’était plus là. Une semaine plus tard, une grosse neige est tombée. Je garde la photo de ses dernières traces, comme un trésor. Chaque 3 janvier, je la regarde. Puis je fixe le sentier vide devant la maison. La douleur est intacte : je sais qu’au fond de cette neige, c’est elle qui a laissé ses traces. Ce sont elles que je continue de suivre, année après année, dans la neige de ma vie…