« Vous auriez dû financer ma rénovation au lieu de partir en vacances ! – Ma belle-mère nous reproche d’être partis en Italie sans payer les travaux de son appartement, alors que tout va bien chez elle. Elle nous considère comme ses sponsors, sans tenir compte de notre emprunt et de nos deux enfants. Cette année, pour la première fois, nous avons offert à notre famille un vrai voyage plutôt que des étés à la campagne, et pourtant, c’est le scandale à la maison ! »

Vous auriez dû me refaire la peinture au lieu de partir en vacances!

Jerrais dans un Paris étrange, où les immeubles ondulaient doucement comme des rideaux au vent. Ma belle-mère, coiffée dun grand chapeau à plumet et enveloppée dans une écharpe bleu roi, surgissait de la brume chaque fois que je croyais lavoir semée. Elle répétait encore et encore sa voix sétirait comme du bonbon fondant « Vous auriez dû penser à mon appartement, pas à vos folies italiennes! »

Pourtant son deux-pièces du Marais brillait de mille reflets saumon et blanc, impeccable après le dernier coup de pinceau, surprenant de jeunesse pour une cage pleine dannées. Mais pour elle, ce désir de nouveauté résonnait comme une nécessité sacrée. Nous, figures floues en arrière-plan, devenions ses mécènes par simple glissement de son rêve.

Avec mon mari Étienne, nous étions économes comme des fourmis. Sous les toits mansardés, nous remboursions un prêt immobilier serrant nos nuits, tandis que Lison et Clémence, nos deux adolescentes, écoutaient les cours de philo au lycée du quartier. Depuis toute notre vie commune, jamais non jamais! nous navions osé le grand départ. Ce fut le premier été où nous prîmes la poudre descampette.

Dordinaire, nos vacances nétaient que balades dans les forêts de Fontainebleau ou weekends à regarder le soleil couler dans la Loire. Les filles navaient rien vu du monde. Alors, cette année, nous avons tout économisé, pesé chaque euro, et acheté une escapade vers Rome, Venise, Florence lItalie de nos cartes postales rêvées.

Ma belle-mère, Madame Lucienne Delorme, dès le lendemain du mariage, mavait avertie, dune voix ferme: « Les petites, tu ten occupes sans moi. » Je nai jamais rien attendu delle, ni demandée la moindre garde. Nos filles passaient alors tous les samedis et étés chez mes propres parents à Chartres, car nous travaillions trop pour être présents. Je nai jamais jugé Lucienne devenir mère deux fois cest déjà gravir lEverest, pensais-je. Maintenant quelle était à la retraite, elle avait bien le droit de savourer ses crépuscules.

Elle sétait inscrite à laquagym, parcourait la France en autocar avec des brochures bariolées, écumait les musées comme on feuillette un roman. Sa vie, un agenda surchargé, semblait plus vive que la nôtre. Mais au milieu de ses croissants et de ses vernissages, restait lépine du financement. Pour chaque envie, ses deux enfants devaient abonder, quitte à sacrifier nos propres projets. Que nous croulions sous le crédit, que les filles aient besoin de nouveaux manteaux, rien ny faisait: « Cest Maman, il faut laider », chantait la famille.

Chaque dimanche matin, Lucienne nous téléphonait: pour monter une étagère, raccommoder la cafetière, repeindre une corniche toujours des missions improbables, parfois absurde, toujours essentielles dans sa bouche. Mais cette année, la fièvre du changement lavait saisie: elle voulait refaire ses murs couleur jasmin. Certes, tout le monde désire un peu de renouveau; la réalité, elle, nexauce pas chaque caprice. Dautant que la dernière rénovation remontait à cinq ans à peine, et lappartement luisait comme neuf.

Lucienne navait pas su ou pas voulu apprendre notre départ pour lItalie. Nous avions préféré fermer notre porte et nous faire discrets, un peu peur du remous. Mais le soir de notre absence, elle fit le tour du quartier, toquât à nos volets clos, puis appela Étienne. Lorsquil lui annonça notre voyage, elle coupa court. À notre retour, lorage grondait déjà à lhorizon.

Vous auriez pu prévenir Et puis, doù sort tout cet argent? Il fallait dabord penser à mon appartement, pas aller flâner sous le soleil vénitien.

Dordinaire, Étienne se laisse porter, sans répondre à sa mère. Or là, dune voix ferme il répliqua lui qui paraît toujours si doux: « Ce nest pas avec votre épargne, Maman, que nous sommes partis. »

Depuis, Lucienne a tissé un voile de silence. Elle ne téléphone plus, pas même à ses petites-filles. Les cousins, quant à eux, nous appellent, récitant leurs reproches comme des poèmes appris par cœur: « Vous avez délaissé la famille, quel scandale! » Nous, nous ne ressentons aucune culpabilité, accoudés à la rambarde de notre réalité. Et mes parents à moi nous soutiennent, nous rappellent que lon doit rêver un peu, tant quon est jeune. Après tout, Lucienne voulait un caprice en peinture, pas un secours. Parfois, la vie nous offre le choix, et il faut saisir la mer, tant quelle brille.

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« Vous auriez dû financer ma rénovation au lieu de partir en vacances ! – Ma belle-mère nous reproche d’être partis en Italie sans payer les travaux de son appartement, alors que tout va bien chez elle. Elle nous considère comme ses sponsors, sans tenir compte de notre emprunt et de nos deux enfants. Cette année, pour la première fois, nous avons offert à notre famille un vrai voyage plutôt que des étés à la campagne, et pourtant, c’est le scandale à la maison ! »
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