Mon amie d’enfance est revenue à Paris : elle n’a jamais voulu d’enfants, a choisi de vivre pour elle-même – aujourd’hui, à 60 ans, elle ne regrette rien et m’explique pourquoi elle refuse l’idée que les enfants assurent le bonheur ou la sécurité de leurs parents âgés

Ma copine denfance est revenue à Paris après des années. Elle na jamais eu denfants. Cétait son choix : elle voulait vivre pour elle-même, point final.

Aujourdhui, je lai retrouvée dans un petit bistrot du Marais. Nous avons le même âge, soixante ans, même si, je lavoue, elle fait plus globe-trotteuse chic que mamie gâteau. Juste après la fac, elle a plié bagage et quitté notre petit coin tranquille de la banlieue parisienne. On sest échangé quelques cartes postales, puis, pouf ! Silence radio.

Cest par des amis communs que jai eu de ses nouvelles. Elle bougeait sans cesse, multipliait les aventures et les maris. À cinquante ans, elle avait déjà rangé trois alliances au placard. Mais point de poussette ni de marmots dans tout ça. Jamais compris pourquoi. Normalement, ici, les femmes finissent avec au moins un petit héritier, non ? Même sil ny a plus de Jules dans le tableau, il reste les enfants et parfois même des petits-enfants à gâter (ou pas).

Bref, elle débarque dans notre patelin pour vendre les derniers souvenirs qui lui restent. Avant, elle louait un appartement au cœur de la ville, histoire de faire comme tout le monde, jimagine.

On sest retrouvées à discuter devant un verre de Bordeaux et un plateau de fromages. Chacune a déballé sa vie comme on partage une vieille baguette : sans fioritures. Je lui ai demandé, mi-curieuse, mi-choquée :

Dis, Alice, pourquoi ta vie a pris ce chemin-là ? Pourquoi tas jamais voulu denfants ? Au moins pour toi, histoire que quelquun tapporte un verre deau quand tu seras toute ratatinée, non ?

Elle a explosé de rire, ma regardée droit dans les yeux et ma balancé :

Un verre deau ? Tu crois vraiment que tes enfants vont te servir quoi que ce soit ? Les enfants, ici, ils sont à peine capables de tenvoyer une carte postale à Noël. Franchement, mieux vaut mettre de côté toute sa vie et soffrir une super aide à domicile, plutôt que de saccrocher à un pseudo-espoir filial.

Jai jamais eu denfant, parce que, figure-toi, je nen voulais pas. Pas envie de couver, pas envie de stresser, pas envie que mon carnet de chèques parte en frais scolaires inattendus. Jai choisi de vivre pour moi, voilà tout. Voyager, profiter, gagner mes propres euros. Quant à mes maris, ils sont tous partis quand ils ont compris que je préférais les valises aux couches-culottes.

Je continue ma vie bien tranquille à mon rythme. Pas de petits-enfants à surveiller, de pension à amputer pour caser chez moi des quadragénaires qui jouent encore à Pokémon. Franchement, je ne regrette rien. Au contraire, jai presque de la compassion pour ceux et celles qui ont eu une ribambelle denfants et qui se retrouvent, finalement, seuls comme des carafes vides, à râler que leurs rejetons ont filé à langlaise (ou à laméricaine).

Cest mon avis, hein.

Jai écouté mon amie et, en partant, je me suis dit quelle navait pas tort, au fond. Pourquoi se contraindre à faire comme tout le monde si le cœur ny est pas ? Pourquoi croire que mettre un enfant au monde garantit automatiquement une belle vieillesse, version publicité pour maison de retraite ?

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Mon amie d’enfance est revenue à Paris : elle n’a jamais voulu d’enfants, a choisi de vivre pour elle-même – aujourd’hui, à 60 ans, elle ne regrette rien et m’explique pourquoi elle refuse l’idée que les enfants assurent le bonheur ou la sécurité de leurs parents âgés
Ils sont venus à la porte et lui ont dit :