La femme enceinte de mon frère exigeait quon leur laisse notre appartement.
Cela fait maintenant dix ans que je suis mariée. Mon mari et moi vivons dans un petit appartement deux pièces à Lyon et on paie encore le prêt à la banquelun de ces fameux prêts à taux “avantageux” qui te font lire les petits caractères en grimaçant. Jusquici, on na pas eu le cran davoir des enfants. On voudrait dabord assurer nos arrières, poser nos valises sur du solide.
Jai un frère, Rémi. Lui aussi est marié. Ils squattent tous les deux un studio dans la banlieue de Villeurbanne. Rémi bosse deux boulots à plein temps, et fait même des extras pour arrondir les fins de mois. Sa femme, Sandrine, elle ne travaille pas du tout, mais côté maternité, elle carbure à la cadence dun TGV. Trois marmots déjà ; en route pour le quatrième, et elle fait des plans sur le cinquième. Chez eux, cest une chaîne de montage denfants, par Dieu !
À côté des mouflets, ils collectionnent aussi les crédits pour tout et nimporte quoi : robot de cuisine, nouvel écran plat, aspirateur dernier cri Avec mon mari, on joue souvent au Père Noël inattendu. Des fois, on donne un peu dargent, des fois on file des sacs de courses. Sandrine, elle, nhésite pas à demander franchement, comme si la politesse avait disparu avec le Franc.
Quand elle va trop loin, on se charge de la ramener sur Terre. Résultat : elle fait la tête, Rémi aussi ; mais après deux-trois semaines de bouderie, ils reviennent la main tendue, comme si de rien nétait.
Dernièrement, Sandrine a sorti, déposée de toute formalité :
Vous navez pas denfants, nous, bientôt quatre ; il faut que vous nous donniez votre appart.
Je lui réponds, bouche bée devant un tel culot :
Et nous, on dort où, dans votre studio ? Sur la machine à laver ?
Non, on mettra des locataires dedans. Et vous, vous irez louer ailleurs, cest tout simple, a-t-elle conseillé le plus sérieusement du monde. Puis elle a rajouté :
Vous partez quand, quon sorganise ?
Là, jai craqué :
Écoute, Sandrine, tu devrais clairement consulter. Sérieusement, va donc voir un psy, et surtout, tu sors de chez moi !
Et là, drame sur mesure !
Eh bien, si tu refuses, je perds le bébé. Et ce sera ta faute ! a-t-elle lancé avant de claquer la porte.
Ce qui devait arriver arriva : le soir même, sans rien dire, elle a perdu son bébé, trois mois de grossesse à peine. Quelle ambiance
À deux heures du matin, Rémi débarque, le visage défait, et commence à me reprocher tous les maux de la terre. Mon mari la calmé en beautédeux trois allers-retours sous la douche froide, comme dans les vieux films policierset la raccompagné dehors. Depuis, je vous jure, je nai plus de frère.
Bon, au moins, il nous reste notre deux-pièces. Et un calme (presque) royal !






