Tout a un prix ! Aujourd’hui je suis seul, comme un vieux chien…
Je m’appelle Nicolas, j’ai passé le cap des sept décennies, et j’écris ce récit en espérant qu’il serve d’avertissement à ceux qui sont encore sur le chemin.
Je vis dans une petite ville de province, à Albi, mais autour de moi ne restent que des visages inconnus. Les vieilles pierres de ma maison ont perdu leur chaleur, et les ruelles où je marchais autrefois d’un pas assuré sont aujourd’hui désertes et glaciales. Personne n’attend mon retour, personne ne s’enquiert de moi. Voilà le tribut que l’on paie à son passé.
Je me regarde dans le miroir et je ne me reconnais plus. Mon visage est affaissé, mes cheveux sont blanchis depuis longtemps, mes épaules sont voûtées, et mes yeux ont perdu leur éclat. Où est l’homme qui vivait à fond, qui aimait les femmes, les grandes tablées et la belle vie ? Où est ce bon vivant sûr de lui qui croyait que le monde était à ses pieds ? À sa place, il ne reste plus qu’un vieil homme fatigué, inutile aux yeux de tous.
Les fautes du temps
J’ai autrefois été un séducteur, le jouet du destin. Les belles femmes me charmaient sans effort, et je les oubliais tout aussi rapidement. « On ne vit qu’une fois, il faut tout prendre à la vie », me répétais‑je. Et je pensais avoir raison.
J’avais une épouse, Catherine, douce et patiente. Elle a supporté quinze années de mariage, malgré mes absences nocturnes, mes retours ivres, et les jeunes filles bon marché que je ramenais parfois à la maison. Catherine gardait le silence, espérant que je finirais par me raisonner.
Je ne pensais pas m’arrêter. Je pensais qu’elle resterait, qu’elle était née pour supporter. Comment aurait‑elle pu partir ? J’étais charmant, gai, j’avais de l’argent. Puis un jour, Catherine m’a donné le choix : soit je change, soit elle s’en va. Je n’ai fait que sourire : « Où irais‑tu donc, ma chère ? »
Elle savait pourtant où aller. En une matinée, elle a rassemblé nos affaires, a pris les enfants et a traversé la France jusqu’à la côte d’Azur, sans drame, sans hurlements. Elle est partie pour toujours.
Au début je n’ai rien remarqué. Je continuais comme avant, ne pensant à elle et aux enfants qu’à l’occasion. Je ne payais plus les pensions alimentaires, et ils ne me réclamaient rien. Un Noël, j’ai voulu leur faire une surprise : j’ai envoyé des paquets. Quelques jours plus tard, le facteur m’a rendu les colis : ils étaient retournés.
Je me suis contenté de hausser les épaules : « Ce n’est pas grave, ils reviendront ». Mais les années ont passé, et le téléphone est resté muet.
Vieillesse solitaire, un verdict terrible
Je ne pensais pas à la vieillesse. Quand j’étais jeune, je croyais que la liberté durerait toujours. Je n’aimais pas le travail stable, je préférais les fêtes, changer de lieu, ne jamais m’attacher. Je me moquais de ceux qui mettaient de l’argent de côté, qui construisaient des maisons, qui pensaient à l’avenir.
Aujourd’hui, ma « vie libre » s’est réduite à une petite pension de retraite qui à peine couvre les médicaments. Je ne mange plus de plats chauds depuis longtemps. Parfois, je m’endors le ventre vide, sans personne à qui me plaindre.
Récemment, dans la rue, j’ai croisé un vieil ami. Il a vieilli, mais il paraît soigné, confiant, tranquille. Il possède une maison, une famille, des enfants. Il m’a tapoté l’épaule et a dit :
— Nicolas, tu étais le roi, qu’es‑tu devenu ?
Je n’ai pas trouvé de réponse. Un nœud s’est logé dans ma gorge. Tout ce qui me reste, ce sont des souvenirs et des regrets. Je ne veux pas qu’on me plaigne. Tout ce qui m’est arrivé, c’est de ma propre faute.
Quand les autres formaient des familles, je buvais dans les cafés avec de faux amis.
Quand les autres épargnaient, je dépensais pour des maîtresses.
Quand les autres pensaient à demain, je ne voyais que les plaisirs nocturnes.
Et maintenant, quand j’ai besoin de mes enfants, je n’ose plus les appeler. Peut‑être ont‑ils déjà des petits‑enfants, mais je mourrai sans jamais voir leurs visages.
Conseil tardif à ceux qui peuvent encore réparer
Ne répétez pas mes erreurs. N’imaginez pas que la jeunesse est infinie. Ne prenez pas la famille pour acquise. Aimez ceux qui sont près de vous, préservez vos proches.
Car un jour, vous pourriez vous retrouver dans un appartement vide où même l’écho ne répondra pas à votre « Bonjour ».







