«Tu t’en vas ! – annonça l’épouse à son mari»

«Tu partes!» jai lancé à mon mari.
Clémence Roussel faisait le grand ménage avant le Nouvel An et elle est tombée sur une petite clé USB.

Elle était glissée derrière le fauteuil, dans le coin le plus à droite, juste à côté du radiateur. Au premier regard, on ne la voyait même pas, comme une mission secrète qui se planque. Mais Clémence grattait le sol, passait la serpillière partout, alors le gadget sest retrouvé.

Le réveillon approchait, lambiance était déjà festive! On se disait comme dans une comptine: plein de jours de pause, un sapin tout allumé, des bulles de champagne dans les flûtes, la lumière tamisée du lampadaire, et plein dautres surprises qui font plaisir.

Le sapin nétait même pas encore décoré: Clémence navait pas le temps. Et son cher mari nétait pas vraiment dhumeur à sy mettre non plus:

Tu sais, ma chérie, je ne suis pas très doué pour dérouler et suspendre les guirlandes!

En plus, il ne parvenait jamais à placer les boules de façon symétrique.

Pourquoi, Léon? sétonnait-elle. Regarde, le tronc, cest laxe! À droite, à gauche, les branches!

«Suspend le à gauche, puis à droite, vérifie sil ny a pas de trous, remplisles!» Elle nen voyait pas la difficulté. Mais Léon ne voyait ni laxe ni le déséquilibre: dun côté, cétait une vraie montagne de boules, de lautre, un vide. On dirait bien que cétait du grand nimporte quoi.

Si ça ne te plaît pas, faisle toi-même! sest plaint le mari, et se plaindre, là, cétait super pratique.

Le thème était simple, les variations, comme on dit, «une pluie de possibilités». «Ça ne te plaît pas? Faisle toimême!» Et «préparele toimême, nettoiele toimême!» Le débordement de bêtises partait dans toutes les directions.

Clémence soccupait de tout toute seule: cétait plus rapide que de tout refaire cent fois. Léon, de son côté, nétait pas vraiment fait pour ces tâches; il navait jamais eu de maman pour lui apprendre! Mais ce nétait pas dramatique, elle était généreuse comme tout le monde.

Ce qui comptait pour son bonheur, cétait davoir son chéri à côté. Le reste, on pouvait le régler avec un bon parapluie! salut à nos poèteschanteurs plein desprit.

La vie de Clémence était simple et sans chichis. Non, ce nétait pas du «cassecroute», cétait du vrai travail: elle était agente dans une agence qui vend et loue des appartements de standing.

Il savère quaujourdhui, tout le monde veut des penthouse et des lofts à étages: certains nont plus de soupes, dautres ne trouvent que des perles rares. Largent se gagne à la dure, «on récolte ce que lon sème».

Clémence passait ses journées à bosser pour mettre du pain, du beurre, des oranges et du poisson rouge sur la table, parce quelle adore les petites attentions, ma cocotte!

Son mari, par contre, avait toujours du mal avec le travail: ses parents ne lavaient pas élevé à la tâche. Aucun enfant pour le moment: «On vivra pour nous!» avait-il conclu, et il a commencé à le faire.

Léon était un bel homme, costaud, à lallure un peu russe, le genre à courir partout. La première fois quil a été licencié, cétait juste après leurs noces, il y a trois ans.

Tu imagines? On ma rétrogradé!

Et alors?

Ce nest pas une humiliation, cest une nécessité de lentreprise! a expliqué Clémence, rassurante. Dieu merci, on a encore un boulot!

Alors, même à un poste plus bas, on perdra un peu dargent, mais on ne panique pas.

Il a même quitté son travail, juste pour embêter le beaupère. Le père a essayé de le placer chez un ami, mais le trajet en transport en commun prenait quarante minutes! Et la femme de Clémence devait prendre la voiture pour le boulot, alors elle a dit : «Déplacetoi!»

Après deux jours de travail intensif, Léon a craqué.

Alors, on retourne sur le canapé? a lancé la grandmère de Clémence, qui connaissait bien les succès de Léon.

Deux autres postes ont été rejetés: dans un endroit, le recruteur ne plaisait pas; dans lautre, le chef était vraiment un cassepied.

En gros, Léon aurait dû naître aristocrate, un gentil seigneur, voire un sultan! Mais il était plus du genre à profiter de sa présence pour faire plaisir aux femmes, surtout à Clémence.

Clémence aimait son mari malgré les coups de la grandmère qui le qualifiait de «général des forces du canapé».

Questce que tu lui dis? défendaitelle son «chéri», sachant que la vieille avait raison: il nétait pas à la maison!

Et alors? a rétorqué la grandmère, indignée. Cest une insulte à la patrie!

Léon est parti à la sauna avec des potes, laissant Clémence seule avec le ménage préNouvel An. Elle devait se débrouiller toute seule: «Allez, faisle toimême, ma puce!»

Pas de temps pour la clé USB: ils avaient plusieurs maisons, «qui sait où se cache le truc?». Elle la mise dans le cendrier. Léon ne cherchait jamais de clé USB, alors elle appartenait bien à Clémence. Elle y mettait les dossiers des appartements.

Pendant deux semaines, la petite clé est restée là, jusquau jour où quelque chose a piqué la curiosité de Clémence, comme dirait la grandmère: «Je vais voir ce quil y a dedans, au cas où».

Léon est sorti se promener, lair frais, bon pour la santé.

Ce quelle a découvert était un film bizarre, un mélange de tango brûlant, de massage thaï, de cours de «Kame», et dautres choses un vrai fouillis.

Le héros principal était son mari, bien sûr, avec une complice, une sorte de chorégraphe synchronisée. Tout ça se passait chez elle, dans un intérieur inconnu.

Comme le disait la grandmère, «tout se travaille», donc Clémence a pensé «Ah! Puskin!» en arrêtant la vidéo après quelques secondes, parce que cétait plus simple.

Elle a appelé sa meilleure amie Lucie, qui était aussi futée que la fameuse Fima le chien.

Tu crois quil est un agent secret? a demandé Clémence, un peu anxieuse.

Tas eu la migraine? a rétorqué Lucie, dont loncle était marin, donc le vocabulaire marin était partout.

Ton phoque et lagent?Leur plus grand talent, cest de rester allongés! a plaisanté Lucie.

Lucie a ensuite dit: «Tu devrais chercher une femme!» une phrase typique de nos amies qui aiment les ragots.

Clémence a sorti la clé USB de son ordinateur et la montrée à Lucie :

Et si on la mettait en ligne?

Pourquoi je le ferais? sest étonnée Clémence.

Parce que les gens mettent tout sur internet! a répliqué Lucie, citant le fameux Dzuba qui publie tout.

Finalement, elles ont regardé la vidéo jusquau bout. Le final était inattendu: pas de générique dacteurs, mais une voix féminine qui disait: «Si vous voulez en parler, voici mon numéro.» Le numéro était écrit sur un papier.

«Ah! Cest lAmériqueEurope!» sest exclamée Lucie.

Clémence a tout de suite appelé le numéro, ils ont convenu de se retrouver dans un café, et Lucie sest faite passer pour son avocate, prête à la protéger des décisions précipitées.

Au café, tout a suivi le scénario habituel:

Nous aimons Léon, laissezle partir! a dit une jolie fille du même âge que Clémence.

Comment ça je le retiens? a demandé Clémence, surprise.

Léon la dit! a rétorqué la «avocate».

Vous lui prenez tout largent et vous ne voulez pas le divorce! a ajouté Lucie.

Clémence a levé les yeux:

Vous avez été mal informées, les enfants! a dit froidement. Prenezle, je ne suis pas contre.

On le prend tout de suite? a demandé la future combattante.

Léon a dit que la femme était «mégaguerre».

Prenezle à moitié, si vous voulez! a conseillé Lucie.

Ce soir, faitesle revenir avec ses affaires! a ajouté Clémence.

Les deux amies sont parties, laissant la maîtresse désemparée, se demandant si son rêve du soir se réaliserait.

Léon était endormi, ronflant après un bon déjeuner: soupe de champignons, bœuf aux pruneaux et compote.

Clémence a rassemblé ses affaires, posé son sac dans le couloir. Quand Léon sest réveillé, elle a dit:

Tu pars!

Mais tu sais que je ne sais même pas faire les courses! sest plaint Léon, pensant quon lenvoyait en magasin. Alors va le faire toimême!

La pièce était chaude et cosy. Le petit sapin décoré trônait dans le coin, la télé diffusait des films après le Nouvel An.

Le jour de lÉpiphanie approchait, le vent soufflait dehors, le thermomètre plongeait.

Je ne te renvoie pas au magasin! a dit Clémence.

Où?

Là où tu pourras montrer ce que tu sais faire de mieux!

Chez maman? a demandé Léon, qui adorait aller chez sa mère.

Chez! a rétorqué Clémence.

Chez quelle? sétonna le mari: ses deux grandsparents étaient déjà au paradis.

Chez celle où tu fais ces exploits déquilibriste! a lancé Clémence, en allumant la télé.

Léon est resté sans voix: doù ça vient? Lappartement ressemblait à celui dAlice.

Cest alors quelle a mis dans sa poche un petit bout de papier, et il a sorti la clé USB avec un mouchoir en tissu Léon, comme tout artiste, préférait les mouchoirs en tissu.

Allez, dis un truc intelligent! a proposé Clémence. Dis que ce nest pas toi, que cest un acteur qui se fait passer pour toi, que tu étais sous hypnose ou sous lemprise dune substance!

Tu te souviens du procureur? Il se battait comme un lion: «Ce nest pas moi, ce nest pas mon cheval!»

Et toi? Tu es le vrai macho, lalpha! Tu balances les pieds, tu plies les chevilles, le procureur est juste un bébé à côté!

Léon est resté muet, il nétait pas du genre à être dupe. Il navait jamais envisagé de fuir Clémence, pas même vers le logement dAlice.

Cétait bon pour passer le temps, surtout le soir.

Mais comment il a pu se débrouiller? Il a même mis la caméra! Estce que les hommes laiment tant?

Le mari, qui ne voulait pas divorcer, mentait en disant que la femme préparait des obstacles au divorce, et il criait que largent était volé, que tout était truqué.

Cest un bel homme, plus grand que un mètre quatrevingt.

Et la grandmère avait raison: Clémence nétait pas très futée.

Elle a rappelé le mari de loncle marin et a dit:

Alors, sept pieds sous la barre!Nage hors dici, le chenal est libre!

Tu me pardonnes? a supplié Léon.

Impossible! a rétorqué Clémence.

Et les crêpes? a sorti Léon.

La femme a été surprise: sil mérite des crêpes, elles sont au lait de vache

Nage sans crêpes, Croiseur: il est difficile de ramer lestomac plein! a dit Clémence, sortant la clé USB de son ordinateur.

Un bonus de la boîte!Prendsle, montrele à maman, Stallone!

Léon est parti. Où? Peu importe, ça nintéressait plus Clémence.

Après, cétait comme dans un autre poème: le sapin clignote, la télé bourdonne, le vieux canapé est vide. Fin!

Cest la version française du «fin». Le numéro a été trouvé, tout sest terminé logiquement.

La bellemère a appelé, jouant la pitié, voulant que le garçon «bon» vienne?

Parce que Léon nest pas allé au logement partagé, il nétait pas fou, au final! Il a regagné le petit studio chez sa mère.

Nourrir ce gros chamois inactif et gourmand était difficile: «Tu le reprends, Maman?» a pensé Clémence en bloquant tous les numéros. Sa bellemère navait jamais eu de réelle affection pour la bru.

Et voilà, elle a déposé le dossier de divorce.

Cest vraiment la «fin». Et vous, vous attendiez quoi? Des crêpes avec du coulis? Voilà, cest tout.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

1 × 3 =

«Tu t’en vas ! – annonça l’épouse à son mari»
J’ai toujours rêvé de prendre la place de mon frère, mais tout a bientôt basculé.