Je m’appelle Anne Dupont et je vis à Troyes, dans la région Champagne où les dômes d’or et les ruelles paisibles se côtoient. Quand je me retrouve dans les bras de mon collègue Sébastien, mon cœur chante de joie. À cet instant, je rêve d’être sa seule, son aimée. Le temps passe, le rêve se réalise, mais avec une amertume : je dois le partager avec sa femme, Marion.
Je viens de commencer dans notre entreprise, et on m’envoie immédiatement en mission à Paris avec Sébastien. Nous devons conclure un contrat important. Nous le réussissons brillamment, et après la victoire, Sébastien me propose : « On trinque un verre ? On ne signe pas ce genre de contrats tous les jours. » J’accepte avec enthousiasme. Nous nous installons au bar de l’hôtel, commandons un whisky, l’alcool desserre nos langues. La conversation coule comme une rivière, et soudain il m’embrasse. Je reste sans voix, mais je ne repousse pas. Dans l’ascenseur, il me presse contre lui avec une passion qui me fait perdre toute résistance – son souffle meivre plus fort que le whisky. La nuit dans sa chambre devient magique, inoubliable, pleine de feu.
De retour à Troyes, je ne peux garder le secret et je le confie à ma collègue Sophie, à qui je suis aussi proche qu’une sœur. « Ne tombe pas amoureuse de lui ! » me coupe‑t‑elle sèchement. « Pourquoi ? » je demande étonnée. « Il est marié. » Ces mots me frappent comme un tonnerre. Sébastien n’a que 27 ans, et je n’arrive pas à croire qu’il a déjà une famille – aujourd’hui les hommes se marient rarement si tôt. Je le confronte directement, et il ne tourne pas autour du pot : « Oui, ça fait un an que je suis marié. » Mais cela ne nous arrête pas. Nous devenons amants. Nos rencontres dans l’appartement qu’il a hérité de ses grands‑parents deviennent un rituel secret. Chaque jour, je m’enfonce davantage en lui.
Un dimanche matin, allongée à ses côtés, je prends mon courage : « Sébastien, divorce. Avec moi, tu seras plus heureux qu’avec elle. » Il me regarde avec tristesse : « Je t’aime, mais je ne peux pas. » « Pourquoi ? » je implose. « Elle est gravement malade. » Je reste figée. « Qu’est‑ce qui ne va pas ? Pourquoi ne m’as‑tu pas dit ? » ma voix tremble. « Elle a un cancer du sein, on vient de le découvrir. Je ne peux pas l’abandonner maintenant. » Ses mots me transpercent, mais je comprends qu’il doit être là pour elle. La peine pour Marion grandit. Quand il me dit que son opération est prévue jeudi, je passe la journée à prier pour elle, les larmes aux yeux. Après sa sortie, Sébastien et moi cessons de nous voir – je sais que sa place est auprès de sa femme.
Quatre mois s’écoulent. Sébastien ne m’invite plus jamais. Je lui demande ce qui se passe. « Marion est toujours très malade, il faudra peut‑être une nouvelle opération, » répond‑il épuisé. « Je comprends ta douleur, mais pense à moi aussi, » dis‑je. Il hoche la tête : « Tu as raison, trouvons une solution ce week‑end. » Samedi, nous nous retrouvons dans le même appartement. La nuit est torride, pleine de désir. Avant de partir, je relance la discussion sur le divorce. Son visage se ferme : « Jamais je ne le ferai. Elle est la sœur de mon patron. » Je reste bouche bée. « Ah oui ? Et le cancer, c’était un mensonge ? » Il se tait, ferme la porte et s’éloigne, ne voulant plus de dispute.
Quelques jours plus tard, une grande brune arrive au bureau. Elle s’adresse à Sébastien. Sophie l’accompagne jusqu’à son bureau. « Qui est‑elle ? » je chuchote à Sophie plus tard. « Sa femme, » me répond‑elle. Je trouve un prétexte et entre chez lui – sous prétexte de récupérer des papiers – pour la voir. Marion apparaît non seulement en bonne santé, mais rayonne de beauté, de confiance, d’élégance. Je me sens comme une souris grise à côté d’elle. De retour, je demande à Sophie : « Tu as entendu dire qu’elle était atteinte d’un cancer ? » « Non, c’est du vent, tout le monde le sait, » me répond‑elle. Soudain, je réalise qu’il m’a menti depuis le début.
Rapidement, je commence à me sentir faible, des nausées me gagnent. Je le dis à Sophie, qui suggère : « Peut‑être es‑tu enceinte ? » Je l’écarte, mais je fais un test – deux bandes. Le gynécologue confirme : deux mois de grossesse. Je suis sous le choc. Je repense à cette nuit où nous n’avions pas de protection. Les pensées se bousculent : garder l’enfant ou non ? J’appelle Sébastien. « Fais un avortement ! » lance‑t‑il froidement. « Non, je ne le ferai pas, » réplique‑je. « Alors je ferai en sorte que tu perdes ton emploi, » me menace‑t‑il. « Tu ne m’effraies pas, » lui réponds‑je. Par défi, je décide d’avorter. Je pensais qu’il bluffait. Mais non – ils me licencient. Une amie me trouve un poste de vendeuse dans une librairie appartenant à son frère. Il hésite à embaucher une femme enceinte, mais il accepte par pitié.
Ma fille naît à sept mois, frêle mais vivante. Je l’appelle Clémence, en hommage à son père – Sébastien. Je ne lui révèle rien. Et probablement, je ne le dirai jamais. Il m’a trahie, m’a abandonnée au moment le plus terrible, quand je me retrouve seule avec mon enfant et sans travail. Son visage hante mes rêves – beau, menteur – et mon cœur se serre de douleur. Il a choisi sa femme, sa carrière, et m’a rayée comme une page inutile. Mais je ne me brise pas. J’élève ma fille, je me bats pour elle chaque jour – c’est une guerre contre le destin. Qu’il vive avec ses mensonges, et que je vive pour Clémence, ma lumière dans les ténèbres.







