**Collée comme une sangsue**
Écoute, pourquoi tu maccroches comme ça ? Je travaille, cest clair ?! Je fais tout pour la famille, daccord ? Quelle question stupide ! Où veux-tu que je sois, sinon au travail ? Toi, tu ne sers à rien, tu te la coules douce à ne rien faire pendant que je trime !
…Émilie avait épousé Mathieu Dubois il y a trois ans. Il lavait courtisée longtemps, faisant des folies pour elle. Un jour, il était même monté dans un arbre devant tous leurs amis et avait juré quil ferait nimporte quoi pour elle.
Ces souvenirs la rendaient malade aujourdhui. Elle naurait jamais cru quà peine un an et demi après leur mariage, tout changerait si brutalement. Mathieu avait cessé de la voir comme une femme. Une ménagère, une cuisinière, une confidente, oui. Mais une épouse, une amoureuse ? Plus jamais. Il lignorait, ne lui offrait plus de petits cadeaux. Il avait même oublié son anniversaire. Émilie tentait den parler, mais Mathieu se murait dans le silence, répétant seulement que « tout allait bien ».
Et après la naissance de leur fils, tout sétait aggravé. Pendant quÉmilie était encore à la maternité, il avait déménagé ses affaires dans la chambre du bébé. À son regard interrogateur, il avait haussé les épaules :
Quoi, cest mal ? Tu es sa mère, tu dois rester près de lui. Moi, je suis le seul à travailler ici, jai besoin de dormir. Cest logique, non ? Le petit pleure la nuit, et moi, je dois me lever tôt le matin. On fera comme ça pour linstant.
Depuis un mois, Émilie sentait bien quelle nétait plus la seule dans la vie de Mathieu. Certes, il rentrait tard depuis longtemps, mais maintenant, il était aussi méprisant. Dès quelle osait poser une question, il sénervait :
Écoute, pourquoi tu maccroches comme ça ? Je travaille, cest clair ?! Je fais tout pour la famille, daccord ? Tu crois que je suis où, sinon au boulot ? Toi, tu ne sers à rien, tu te la coules douce à ne rien faire pendant que je trime !
Ces mots la blessaient. Elle se sentait coupable. Après tout, sil rentrait à deux heures du matin, cétait pour eux, non ? Les heures supplémentaires étaient bien payées, cétait sûrement pour ça. Jusquà récemment, elle naurait jamais imaginé quil puisse avoir une autre femme.
…Émilie se réveilla en sursaut au bruit de la porte qui claquait. Mathieu était déjà parti. Elle fronça les sourcils. Encore une fois, il ne lui avait même pas dit bonjour. Depuis des mois, ils ne partageaient plus leurs matinées, encore moins leur lit. Dès la naissance de leur fils, son cher mari lavait « exilée » dans la chambre du bébé. Leur relation, autrefois solide, sécroulait comme un château de cartes…
Émilie sallongea un instant, puis prit son téléphone et composa son numéro. La sonnerie dura longtemps avant quune voix sèche et agacée ne réponde :
Quest-ce que tu veux ? Je suis occupé !
Le cœur serré, elle murmura :
Bonjour… Je voulais juste te souhaiter une bonne journée. Tu es parti si tôt, et…
Mathieu explosa :
Et cest pour ça que tu mappelles ? Jai une réunion, je nai pas le temps pour tes caprices. Émilie, tu es collée à moi comme une sangsue ! Tu mépuises, sérieusement !
Il raccrocha brutalement. Émilie essuya une larme et se leva doucement. Son fils allait se réveiller, il fallait se préparer. Et réfléchir… à la suite.
Dans la salle de bain, son reflet lui renvoya limage dune femme épuisée : yeux rougis, cheveux en bataille, teint terne.
Bien sûr… Quelle femme es-tu devenue, Émilie ? Une mère stressée, une vraie sangsue… La pensée la transperça, et les larmes coulèrent à nouveau.
Après sêtre lavée à la hâte, elle se glissa dans la chambre pour prendre des draps propres. Son regard erra sur létagère… quelque chose manquait. Elle mit un moment à comprendre.
La boîte avait disparu. Celle quelle avait achetée pour leur troisième anniversaire de mariage, le 13 octobre. Elle avait prévu un dîner romantique, une soirée spéciale…
Il la déplacée ? murmura-t-elle. Pourquoi ?
Deux heures plus tard, après avoir nourri et couché son fils, elle tenta à nouveau sa chance. La phrase de Mathieu lui vrillait le cœur : « Tu es collée comme une sangsue. » Elle savait quil avait une pause déjeuner après sa réunion et lappela.
Mathieu, cest encore moi. Désolée de te déranger, mais…
Quoi encore ? linterrompit-il.
On doit parler. Vraiment parler.
Alors parle, mais vite.
Pas au téléphone. Ce soir, après le travail ?
Ce soir, je veux me poser devant la télé, pas écouter tes reproches. Tu ne peux pas attendre ?
Mais cest important… Tu ne me remarques plus. Tu ne vois même pas comment je suis, ce que je ressens…
Ah, voilà ! soupira-t-il. Écoute, physiquement… tu es comme toutes les femmes après un accouchement. Tu as pris du poids, des cernes. Rien de grave, ça reviendra. Pour tes sentiments… tu es mère maintenant, Émilie ! Sois heureuse davoir un enfant, certaines ny arrivent même pas. Moi, je passe après. Pense à notre fils.
Ce nest pas juste ! Je suis aussi une femme ! Jai besoin de me sentir aimée, désirée…
Bon, daccord. Commence par ton look. Change de coiffure. Et cette robe te va mal. Tu sais que jaime quand tu thabilles bien. Et puis… tu ne te soignes plus. Tu sens mauvais. Avant, tu avais toujours les ongles faits, du maquillage… Maintenant ? Tu ressembles à une souris grise.
Une souris grise ? Je nai pas le temps, Mathieu ! Je moccupe du bébé toute la journée ! Tu las gardé ne serait-ce quune heure, toi ?
Et je ne le ferai pas ! Mon rôle, cest de gagner de largent. Le tien, cest la maison et lenfant. Et de penser à toi ! Regarde-toi, Émilie ! Tu ne fais même plus à manger correctement… Au fait, le déjeuner est bon aujourdhui ? Jespère que tu nas pas trop salé, comme la dernière fois ? Je tavais dit de suivre les recettes ! Tu mas gâché ma journée. Rappelle-moi plus tard.
Émilie ne le dérangea plus de la journée. Avant son retour, elle prit une douche rapide, se maquilla légèrement, arrangea ses cheveux. Elle laccueillit dans lentrée avec un sourire, lui demanda comment sétait passée sa journée. Mais Mathieu, au lieu dêtre content, sirrita :
Émilie, cest quoi ce cirque ? Tu tes habillée comme une guignole ! Cette robe est ridicule, elle te grossit ! Change tout de suite !
Elle ny tint plus. Une gifle claqua. Les larmes aux yeux, elle courut senfermer dans la salle de bain, frottant son visage avec rage. Elle enfila un peignoir et jeta la robe à la poubelle. Mathieu, impassible, dîna seul devant la télé.
Plus tard, en rangeant les affaires de son fils, Émilie se souvint de la boîte disparue. Elle avait besoin dune raison pour parler, de comprendre pourquoi il ne laimait plus. Elle entra dans la chambre. Mathieu lignora. Elle sassit au bord du lit et demanda directement :
Mathieu, où est passée la boîte de larmoire ?
Il grogna sans la regarder :
Quelle boîte ? De quoi tu parles ?
Elle inspira profondément. Il fallait rester calme.
La boîte de la pharmacie. Tu sais, avec les… préservatifs. Elle nest plus là. Je pensais que tu lavais rangée. Je voulais organiser une soirée pour notre anniversaire…
Sa réaction fut violente. Il bondit, hurlant :
Tu insinues quoi ? Que je les ai donnés à une autre ? Tu es folle ? Comment oses-tu me dire ça !
La dispute éclata. Mathieu, après avoir crié, lâcha finalement :
Oui, je les ai pris. Et dailleurs, je te quitte. Ça fait longtemps que je voulais te le dire. Cest de ta faute ! Tu ne vois vraiment rien ? Jai quelquun dautre.
Depuis quand ? demanda-t-elle, étrangement calme.
Longtemps, rétorqua-t-il. Avant la naissance de Thomas. Tu es devenue insupportable quand tu étais enceinte. Tu geignais tout le temps, tu voulais que je te câline… Tu ne sais pas à quel point tu ménerves. Je ne reste que pour notre fils, compris ?
Et elle, elle a quoi de plus ?
Un sourire cruel apparut sur ses lèvres :
Un avantage majeur, Émilie. Elle ne peut pas avoir denfants.
Elle tourna les talons. Plus de larmes, plus de douleur. Mathieu venait de la libérer. Elle sassit près du berceau de Thomas, caressant doucement sa joue rose. Elle sen sortirait. Quant à Mathieu… quil aille au diable.
…Mathieu eut la décence de partir, laissant lappartement à Émilie et Thomas. Leurs parents les soutinrent, laidant autant que possible. Le divorce fut rapide, et Mathieu paya la pension sans rechigner. Mais il ne voyait presque jamais Thomas. Peut-être valait-il mieux ainsi. Émilie navait plus envie de le revoir. Elle se souvenait de chaque mot, surtout « sangsue » et « guignole ». Cest ainsi que certaines histoires se terminent…
**Leçon :** Parfois, ce qui semble être une perte est en réalité une délivrance. La dignité ne se négocie pas, et lamour ne doit jamais être une prison.







