– Non, mon chéri, je ne suis pas une aide-soignante ! – Lâcha Anastasia entre ses dents.

**Journal de Gaspard 15 octobre**

« Non, mon chéri, je ne suis pas une aide-soignante ! » a craché Amélie entre ses dents. « Avec tout le respect que je porte à Élodie, elle nest pas ma mère, et elle a ses propres enfants ! Trois ! »

« Amélie, voyons, » a répliqué Gaspard, surpris, « nous narriverons à rien si tu refuses de timpliquer dans les soins à la maison. Le médecin a dit que beaucoup dépendait de nous maintenant. »

« De vous, oui, » a-t-elle rétorqué, « mais pas de moi ! »

Assise à la cuisine en épluchant des légumes pour la salade, Amélie écoutait dune oreille inquiète la voix de son mari au téléphone avec sa sœur. Gaspard arpentait le salon, le combiné collé à loreille. Ce ton quil prenait non, elle ne laimait pas. Ou peut-être sénervait-elle toute seule ?

Hélas, son intuition ne la trompait jamais. Une minute plus tard, il apparut sur le seuil de la cuisine, le visage blême, les mains tremblantes.

« Quest-ce qui se passe, mon amour ? » sexclama-t-elle en courant vers lui.

« Maman va mal, » murmura-t-il. « Elle a fait une crise, ils lont emmenée à lhôpital une opération, peut-être. Enfin, cest ce qua dit Lucie, mais elle était tellement paniquée quelle ne sexprimait même plus clairement. »

Amélie hocha la tête, se souvenant de sa propre frayeur lannée précédente, lorsque sa mère avait eu des problèmes cardiaques. Elle et sa sœur sétaient relayées sans discuter pour soccuper delle.

Elle proposa demmener Gaspard à lhôpital il était dans un état qui ne lui permettait pas de conduire mais il refusa. Sa sœur viendrait le chercher le lendemain.

Une semaine passa. Élodie, la belle-mère dAmélie, resta sous surveillance médicale. Gaspard et sa sœur aînée, Lucie, lui rendaient visite, tout comme son frère Théo et sa femme, Margaux.

Amélie, elle, préparait des plats pour la malade. Élodie détestait la nourriture de lhôpital et réclamait un bouillon maison clair, des escalopes de poulet vapeur et des légumes frais.

Après le travail, Amélie passait au marché, choisissait les tomates les plus mûres pour une salade. Parfois, elle accompagnait Gaspard à lhôpital, mais nentrait pas dans la chambre trop de monde naurait servi à rien.

« Maman sort bientôt, » annonça un soir Gaspard. « On va enfin pouvoir respirer. »

« Oui, le pire est derrière nous, » soupira Amélie. « Mais sa convalescence sera longue. Elle aura besoin de soins constants. »

« Pas de problème, » haussa-t-il les épaules. « Jai dit à Lucie que tu pouvais préparer les repas le soir, passer chez elle le matin avant le boulot, et y retourner après. Laver, nourrir, donner les médicaments tu ten chargeras. »

Il avait prononcé ces mots dun ton si naturel quAmélie mit quelques secondes à réaliser ce quil venait de lui imposer.

« Gaspard je travaille, moi aussi. Les soins, ce nest pas une fois par semaine, cest tous les jours. Au moins deux fois ! »

« Bien sûr que je le sais ! » répondit-il, imperturbable, presque satisfait de sa solution.

Amélie se leva, marchant en cercles, nerveuse. Elle détestait les conflits, mais se laisser marcher dessus ? Jamais.

« Lannée dernière, quand ma mère était malade, toi et moi, on sest relayés avec ma sœur, rappelle-toi. Cétait épuisant ! »

« Je sais, ma chérie, » dit-il avec douceur. « Cest pour ça que je suis sûr que tu peux le faire. Je lai dit à Lucie et Théo : ma femme est un trésor, une proche des soins. »

Ce « compliment » la mit en rage. Cétait donc ainsi quil la voyait ? Et sa famille avait applaudi cette désignation ?

« Non, mon chéri, je ne suis pas une aide-soignante ! » gronda-t-elle. « Élodie nest pas ma mère. Elle a trois enfants toi, Lucie et Théo. Et Théo a une femme ! »

Gaspard secoua la tête, incrédule. « On ne sen sortira pas si on commence à chipoter. Le médecin a dit que tout reposait sur nous. »

« Sur vous, oui. Pas sur moi ! »

Il soupira, agacé. « Je ne mattendais pas à un tel manque de compassion. Lucie a un fils de dix ans, elle travaille. Théo et Margaux aussi ont des enfants. »

« Moi aussi, je travaille. Et on a un fils, au cas où tu aurais oublié Arthur ! »

« Jai rien oublié, » grogna-t-il, exaspéré par sa rébellion.

Pour la culpabiliser, il ajouta que sa mère avait des problèmes destomac impossible de la nourrir de plats industriels. Qui, sinon Amélie, préparerait sa soupe maison ?

« Lucie et Margaux sont parfaitement capables de faire une soupe, » rétorqua-t-elle. « Je vous imprimerai même les recettes. »

Gaspard était furieux. Quand sa mère à elle était tombée malade, elle et sa sœur navaient pas négocié. Pourquoi sa belle-famille agissait-elle ainsi ?

Finalement, Amélie prit une décision. Elle établit un planning coloré, répartissant les tâches entre tous, y compris Gaspard et Théo.

« Quest-ce que cest que ça ? » gronda-t-il en voyant le document.

« Le planning des soins pour ta mère. Regarde, tout y est : visites matin et soir, toilettes, repas »

« Je suis dessus ! Et Théo aussi ! Et Margaux ! »

Amélie haussa un sourcil. « Et alors ? Ce sont ses enfants, non ? »

« Mais Margaux nest pas sa fille ! »

Un silence.

« Moi non plus, Gaspard. Pourtant, tu voulais me charger de tout. »

Lucie, en voyant le planning, explosa. « Je ne danserai pas sur ton rythme ! Jai un enfant, un travail, des projets ! »

« Danse sur le tien, alors, » répondit calmement Amélie. « Mais cest la seule façon équitable de vous répartir les soins. »

La famille se ligua contre elle. Gaspard menaça même de divorcer, affirmant ne pas reconnaître la femme quil aimait.

Amélie, lasse, acquiesça.

Le lendemain, Élodie rentra à la maison. Et soudain, Gaspard comprit quil faudrait bien que quelquun prépare le bouillon

**Leçon du jour** : On accepte souvent linjustice jusquà ce quelle nous touche personnellement.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

5 + fifteen =

– Non, mon chéri, je ne suis pas une aide-soignante ! – Lâcha Anastasia entre ses dents.
Pas étrangers