Lorsque Théo annonça à ses parents quil souhaitait leur présenter sa petite amie, leur cœur semplit de joie.
Quand Théo raconta à sa mère et à son père quil voulait leur faire rencontrer celle qui partageait sa vie, leur émotion fut palpable. Ils comprirent que leur fils, bientôt âgé de vingt-cinq ans, devait un jour prendre son envol. Il était temps pour lui de fonder une famille.
Théo vivait encore sous leur toit, non par dépendance ou manque de moyens, mais parce quil économisait pour son propre appartement, refusant de sendetter trop tôt. Ses parents le soutenaient. Leur spacieux appartement parisien offrait assez de place pour tous, et surtout, ils respectaient son indépendance. Jamais ils ne lui demandaient des comptes sur ses retards ou ses sorties.
Dailleurs, Théo ne se reposait pas sur eux. Il ne sattendait pas à ce que sa mère lui prépare ses repas ou lave son linge. Chacun vivait à son rythme, et largent mis de côté leur permettait de respirer.
Et puis, il y avait cette fille. La première quil souhaitait leur présenter.
Quest-ce que je prépare pour le déjeuner ? demanda sa mère. Quest-ce quAurélie aime ?
Maman, ne te fatigue pas. Elle fait attention à sa ligne, répondit Théo en souriant. Elle ne mange rien de frit ni de trop gras, et ne boit pas dalcool.
Cest louable, commenta sa mère avec un sourire. Je ferai quelque chose de léger.
Aurélie leur plut. Intelligente, cultivée. Pourtant, elle refusa même de goûter le dessert que sa mère avait préparé, affirmant que le sucre était un poison.
Elle fit aussi remarquer, sans méchanceté, que les housses du canapé méritaient dêtre changées.
Votre décoration est charmante, mais on dirait que Minou a griffé le tissu. Ce nest pas cher, je peux vous donner les coordonnées dun tapissier.
Jusque-là, la mère de Théo ny avait même pas pensé. Les griffures étaient à peine visibles, souvenirs des facéties de Minou, leur chat, lorsquil était jeune.
Mais une fois Aurélie partie, ces marques lui sautèrent aux yeux.
Pourtant, dans lensemble, Aurélie était agréable. Polie, reconnaissante, et les parents de Théo mirent ses remarques sur le compte de bonnes intentions.
Quelques mois plus tard, Théo annonça :
Maman, Papa, je veux emménager avec Aurélie. Je laime, et nous voulons avancer.
Un échange de regards. Trop vite ? Mais cétait leur choix.
Je sais que ce serait compliqué de la recevoir ici. Alors je vais prendre un crédit immobilier. Jai déjà la moitié de la somme.
Si cest ce que tu veux, soupira sa mère.
Oui. Mais lappartement a besoin de travaux. Est-ce quon pourrait rester ici un mois, le temps des rénovations ?
Bien sûr, mon fils.
Aurélie emménagea. On lui dit de se sentir comme chez elle.
Une erreur.
Quand la mère de Théo chercha lhuile dolive pour cuisiner, elle ne la trouva pas.
Aurélie, tu nas pas vu lhuile ?
Je lai jetée. On devrait manger plus sainement. Et puis, lodeur des fritures me donne mal au cœur.
Un silence.
Nous avons nos habitudes. Je ne toblige pas à manger comme nous, mais ne nous impose pas tes choix.
Désolée, cétait pour votre bien.
La mère de Théo sentit une gêne sourde sinstaller.
Puis ce furent les rideaux. Un jour, elle rentra et trouva les lourds tissus remplacés par des voilages grisâtres.
Où sont mes rideaux ?
Ils dataient un peu. Je les ai changés.
Ils me plaisaient.
Vous verrez, cest plus moderne.
Pas à mon goût.
Plus tard, elle découvrit que des assiettes avaient disparu du placard.
Elles ne matchent pas. Je vous en offre un service neuf. Et jai appelé un tapissier pour le canapé.
La mère de Théo serra les dents.
Aurélie, écoute-moi. Ces travaux, cest gentil, mais ce sont nos affaires.
Je voulais aider.
Alors arrête.
Aurélie bouda. Le soir, elle se plaignit à Théo :
Personne napprécie mes efforts.
Cest leur maison, répondit-il.
Si cétait mieux ?
Le “mieux” est subjectif.
Elle cessa de tout modifier, mais se mit à nettoyer avec frénésie.
Jai rangé sous lévier. On dirait que ça navait jamais été fait.
Merci, Aurélie.
Et le placard ? Jai jeté de vieilleries.
Très bien.
La mère de Théo compta les jours.
Quand ils partirent enfin, Aurélie létreignit.
Merci pour votre accueil.
Avec plaisir.
La porte se referma. La mère de Théo souffla.
Elle est gentille. Juste jeune.
La vie lui apprendra, dit son mari. Et franchement, elle a bien rangé.
Certes. Mais il va falloir racheter des assiettes. Et ton vieux chapeau, elle la jeté.
Il était temps, plaisanta-t-il.
Au fond, leurs relations restèrent bonnes. Simplement, ils vécurent séparément. La mère de Théo savait une chose : jamais elle ne reproduirait cette expérience. La paix valait plus que tout.





