Fermement décidée, elle sera heureuse quoi qu’il arrive

Un soir, dans un rêve étrange et flottant, Solène se réveilla avec une certitude : elle serait heureuse, coûte que coûte.

En quatrième année à luniversité de Lyon, elle tomba amoureuse. Pas dun garçon ordinaire, non, mais dun séduisant étudiant que toutes admiraient. Théo venait dune famille aisée, tandis que Solène, bien que jolie et brillante, était fille douvriers. Elle savait leurs mondes différents, mais lamour, obstiné, lemporta.

« Solène, tu perds ton temps avec ce Théo, murmuraient ses amies de la résidence universitaire. Il se prend pour un prince, il ne fréquente que son cercle. »

« Et alors ? rétorquait-elle. Je vaux bien autant que lui. Je ne suis pas moche, jai de la conversation, et mes notes sont excellentes. »

« Oui, oui attends de rencontrer sa mère. Une vraie lionne, celle-là. »

Solène frissonna. La mère de Théo leffrayait plus que tout.

Pourtant, contre toute attente, Théo linvita au cinéma. Leur idylle dura jusquaux vacances, quand il annonça :

« Solène, samedi, on va chez mes parents. Maman me harcèle : elle veut savoir qui tu es. »

« Déjà ? Je ne suis pas prête »

« Mais si. Papa est discret, mais maman ah, maman adore poser des questions. Mais ne tinquiète pas. »

Convaincue quils se marieraient, Solène étudia fébrilement les règles de bienséance. Le jour venu, Théo laccueillit devant leur appartement parisien. Le cœur battant, elle franchit le seuil.

« Bonjour, bredouille-t-elle en apercevant Élodie, la mère de Théo, souriante malgré son regard perçant.

Bonjour, Solène. Je suis Élodie Dumont. Théo, passez au salon. »

Autour de la table, le père, Olivier, hocha silencieusement la tête. Solène se tenait droite, maniant couteau et fourchette avec grâce, mangeant à peine. Mais dans un élan maladroit, sa fourchette glissa. Sans un bruit, elle disparut dans lépais tapis. Solène rougit, tandis que Théo riait.

« Excusez-moi »

Élodie sourit. « Théo, tu négliges ta compagne. Va lui chercher une autre fourchette. »

Puis, se tournant vers Solène : « Détends-toi, ma chérie. Nous ne sommes pas à un dîner dÉtat. Mange, sinon je croirai que tu naimes pas ma cuisine. »

« Oh, mais tout est délicieux ! Je croyais que votre gouvernante, Marie, avait préparé »

« Habituellement, oui. Mais aujourdhui, je tenais à impressionner ma future belle-fille. »

Solène écarquilla les yeux.

« Alors nous sommes deux à vouloir bien faire, sesclaffa-t-elle.

Exactement, rit Élodie. Et je te le dis, Théo ne nous a pas déçues. Nest-ce pas, Olivier ? »

Le père approuva dun nouveau hochement.

Le repas se poursuivit dans la bonne humeur. Deux semaines plus tard, Théo et Solène se fiancèrent. Leur mariage eut lieu deux mois après, dans une chapelle ensoleillée.

« Théo, où vivrons-nous ? demanda Solène.

Je ne sais pas mais mes parents chuchotent quelque chose. »

Le cadeau de mariage fut révélé ce jour-là : les clés dun studio, deux étages en dessous de chez eux.

La famille de Solène, venue de Toulouse, rayonnait. « Dieu existe, ma fille, murmura sa mère. Tu as un toit, cest lessentiel. »

Solène crut alors que le ciel serait toujours bleu. Mais en cinquième année, elle découvrit quelle était enceinte.

« Théo, je suis si heureuse Jespère juste terminer mes études à temps. »

Son regard se glaça. « Un enfant ? Nous sommes trop jeunes. Et nous dépendons encore de mes parents. »

« Tu veux que je renonce à ce bébé ? » Les larmes aux yeux, elle senfuit.

En bas, elle croisa Élodie. « Solène, mon enfant, quarrive-t-il ? »

Dans lappartement, Solène seffondra. « Il veut que jy renonce à cause des études, de largent »

Élodie soupira. « Tu as bien fait de refuser. Ne crains rien, je parlerai à mon fils. »

Peu après, Théo revint, penaud. « Solène, jai eu tort. Pardonne-moi. »

Les mois passèrent. Ils obtinrent leurs diplômes. Deux semaines plus tard, leur fils, Matthieu, naquit. Élodie et Olivier étaient ravis. Théo, lui, restait distant.

Il trouva un emploi. Solène soccupait du bébé, remarquant que Théo rentrait tard, souvent ivre.

« Tu bois tous les soirs, maintenant ?

Et alors ? Laisse-moi vivre. »

Elle se taisait, blessée.

Quand Matthieu eut deux ans, les absences de Théo se multiplièrent. Un soir, elle le confronta :

« Tu me trompes ? »

Il esquiva, sortit en silence.

Solène comprit. Elle se confia à Élodie.

« Ne précipite rien, ma chérie. Peut-être que

Non. Il porte le parfum dune autre. Je pars chez ma mère.

Mais tu nas nulle part où aller là-bas ! Reste avec nous. Théo peut vivre seul. Nous garderons Matthieu. Marie taidera. Et toi, tu reprendras le travail. Il te faut du monde autour de toi. »

Solène accepta, reconnaissante.

Cinq ans plus tard, elle épousa Lucas, un collègue. Ils vivaient maintenant dans le quartier de Montmartre, avec Matthieu et leur fille, Camille.

Élodie et Olivier passaient lété à la campagne avec leurs petits-enfants. Camille adorait sa « Mamie Élo ».

Et Solène, enfin, était heureuse. Comme elle lavait décidé, malgré tout.

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