Quand pourronsnous emménager dans votre nouvelle maison? demandèrent les beauxparents dun ton direct.
Vous ne mavez pas entendu? se tendit Élodie, les yeux flamboyants.
Bon, puisque vous avez tout fini, nous avons décidé que vous nous inviterez bientôt chez vous, répliqua Gérard Dubois, le pèreenbeautemps.
Mathieu, tu sais que ça dépasse les bornes,? sécria Élodie, son émotion débordant, tandis que son mari feignait dignorer pourquoi elle senflammait.
Peutêtre avaientils tout orchestré pour quelle sacrifie plusieurs années, y déposer toutes ses économies, puis la laisser les mains vides?
Les jeunes ne suivirent pas leurs pairs qui soffraient de minuscules studios à prix dor. Quand Mathieu et Élodie se rencontrèrent, ils rêvèrent de bâtir leur propre maison. Ce serait moins cher, plus rapide, plus judicieux. Au lieu de trente mètres carrés, ils obtenaient cent trente mètres carrés pour le même prix.
Il y aura de la place pour les enfants, et on pourra accueillir des animaux de compagnie sans crainte, senchantait Élodie.
Par chance, le terrain était déjà à eux. Il appartenait à la tante dÉlodie, Madame Camille, qui lavait transféré à sa nièce après avoir compris le sérieux du projet.
Je nai pas pu vous offrir grandchose à votre mariage, alors voici mon cadeau: un terrain où faire pousser vos enfants, déclara Camille, cela fait vingt ans quil dort, mieux vaut quil serve à quelque chose.
Le chantier fut pourtant ardu. Pour économiser, le couple semploya à faire plusieurs étapes euxmêmes, travaillant après leurs journées, les weekends, même sous la pluie.
Élodie puisa dans lhéritage de sa grandmère: largent provenant de la vente de lappartement de sa grandmère fut injecté dans la construction.
Quand, enfin, la maison fut achevée, ils comprirent que chaque minute de sueur avait valu son pesant dor.
Bien sûr, la maison nétait pas totalement terminée; il restait des finitions, des détails à poser. Mais le fait de pouvoir y vivre déjà remplissait les jeunes dune joie presque céleste.
Ils commencèrent à passer leurs nuits sous ce toit naissant, à inviter des amis. Élodie ne regrettait quune chose: leurs parents, les parents de Mathieu, ne leur avaient jamais offert le moindre coup de main, malgré leurs supplications répétées.
Les parents étaient toujours trop occupés: ils ne purent aider à ériger la clôture, à planter les sapins de Noël, ni même à livrer le réfrigérateur. Ils possédaient pourtant un grand 4×4 avec caravane, le véhicule idéal pour les déplacements hors ville. Au final, les jeunes durent payer la livraison euxmêmes.
Sontils toujours si occupés? Mais de quoi? Ce sont des retraités, sétonna Élodie.
Ils ne mentiront pas, haussa les épaules Mathieu.
Élodie pressentait que les beauxparents étaient réellement pris par dautres affaires, mais un petit ver de doute rongeait son esprit.
Élodie, le nouveau téléviseur arrive aujourdhui. Tu le reçois? sécria Mathieu en se dépêchant de prendre son sandwich sur la cuisine lumineuse.
Bien sûr. À quelle heure?
Entre quinze heures et vingt heures. Jai donné ton numéro, ils promettent dappeler une heure avant.
Parfait. Tiens, jai préparé ton déjeuner pour le travail.
Merci, je file, Mathieu embrassa Élodie sur la joue et sélança vers le hall.
Vers seize heures, on frappa à la porte.
Élodie, sûre quil sagissait de la livraison, fut surprise de voir les deux silhouettes familiales se tenir sur le seuil.
Oh! sécria-telle, prise au dépourvu.
Bonjour, Élodie! Tu ne nous reconnais pas? Nous serons riches! sourit Lydie Dubois, la bellemère.
Pardon, je vous reconnais bien, je ne mattendais pas à vous voir.
On peut entrer? cligna lœil Gérard.
Oh, entrez, bien sûr, bafouilla Élodie.
Les beauxparents entrèrent dans le vaste salon qui débordait sur la cuisine, leurs regards parcourant chaque recoin.
Quelle beauté! sexclama Lydie, la tête tournant comme une horloge. Cest bien que vous ayez construit une maison plutôt quacheter un appartement. Une maison, cest solide, spacieux! Tout le monde y trouvera sa place.
Alors acquiesça Élodie.
Quand pourronsnous emménager dans votre nouveau domicile? réitérèrent-ils.
Vous navez pas compris? se crispait Élodie.
Puisque tout est fini, nous espérons bientôt être conviés chez vous, réfléchit Gérard.
Nous navions pas prévu de loger quatre personnes, balbutia Élodie, perdue face à leurs questions.
Mais nous ne sommes pas des rois, une seule pièce nous suffira! ricana le pèreenbeau.
Nous, Élodie, allons augmenter notre pension et louer notre appartement, maintenant que nous avons un toit, expliqua Lydie.
Vous en avez parlé à Mathieu? demanda Élodie, hostile à lidée dun tel arrangement.
Pas encore, mais il ne sy opposera pas, jen suis sûr, répliqua Gérard.
Élodie resta muette devant tant dimpudence. Ils navaient jamais répondu à leurs appels daide, et voilà quils souhaitaient non seulement sinstaller, mais aussi gagner un peu dargent.
Elle ne trouva pas la force de leur opposer résistance, comptant sur Mathieu.
Nous sommes comme des étrangers! sindigna Gérard. Au moins, offreznous du thé!
Bien sûr, répondit humblement Élodie.
Les beauxparents sirotèrent le thé, se détendant autour de la table du salon, lorsquun coup de téléphone retentit.
Le livreur sexcusa davoir oublié lappel dune heure et annonça son arrivée imminente.
Élodie alla ouvrir la porte au téléviseur. Les coursiers portèrent la grande boîte à lintérieur, puis séloignèrent poliment.
Oh, quelle taille! sétonna Gérard. Où laccrocher?
Ici, montra Élodie un mur nu.
Parfait! Ce soir, nous serons assis sur le canapé à regarder les nouvelles.
Nous navions pas prévu dantenne télé,
Ah, quelle farce! Et sinon, que ferezvous? Un écran vide?
Non. Films, séries, vidéos en streaming. Aujourdhui, personne ne regarde la télé; seuls les vieux le font, haussa les épaules Élodie.
Cest donc notre affaire! rit Lydie. Je parle à Mathieu pour quon installe lantenne.
Élodie compta les minutes jusquà larrivée de Mathieu, priant quil ne soit pas retenu au travail. Heureusement, il arriva à lheure.
Voilà Mathieu! sécria-telle dès quelle entendit le ronron du moteur.
Elle le saisit dans le hall.
Tes parents sont venus et veulent emménager chez nous, chuchotatelle, le cou enlacé autour de son cou.
Quoi! sexclama-til.
Patiente, ils se chargeront de tout expliquer.
Depuis quand? demanda Mathieu.
Ils sont venus pour voir, on a beaucoup aimé, déclara Gérard.
Des chambres? Un bébé va naître et il ny aura plus de place, prédit Mathieu.
Mais vous avez deux pièces au-dessus! interrompit Lydie.
Oui, une chambre denfant et une salle damis. Nos amis restent souvent pour la nuit, il y a même des soirées Nous sommes jeunes, sourit Mathieu.
Nous naimons pas le bruit, répliqua Lydie en le regardant.
Vous devrez donc être plus calmes, acquiesça-til.
Pourquoi ça? sinterrogea Mathieu.
Nous lavons déjà dit à Élodie. Nous voulons emménager, louer notre appartement et toucher un peu dargent, déclara fermement Gérard.
Nous navons pas de place, haussa les épaules Mathieu.
Mon fils, comment cela? Il ny a vraiment pas de place pour ses parents? sexclama Lydie, émue.
Et les parents, ontils trouvé le temps de nous aider? Même le frigo na pas été livré! Vous nêtes jamais venus, et maintenant vous voulez de largent sur notre toit? Non, ça ne se fait pas. Je vous aime, mais il ny a pas de place.
Gérard et Lydie se regardèrent.
Allonsy, Lydie, il est temps, déclara brièvement le père.
Partons.
Silencieusement, ils se levèrent et séloignèrent, majestueux, vers le hall.
Lorsque leurs pas sévanouirent, Élodie se jeta dans les bras de Mathieu.
Merci infiniment! Javais peur que tu prennes leur parti ils sont tes parents, après tout.
Pourquoi cela? Jai vu ton désarroi chaque fois quils refusaient daider. Pourquoi devraisje les accueillir pour une si étrange raison? «Nous voulons gagner un loyer», cest un prétexte pour vivre chez nous?
Merci! saccrocha Élodie, plus forte encore.
De rien, sourit Mathieu, maintenant, recompensemoi avec le dîner.
—Et dans le silence du crépuscule, la maison séveilla, chantant des promesses davenir où les murs, les rêves et les cœurs vibraient à lunisson.







