— Alors, vous me renverrez à l’orphelinat ?

Non, vous ne me renverrez pas à la crèche? La tante ma dit que vous avez agi trop vite, que vous mavez prise sans savoir quun bébé allait arriver. Et moi, je ne suis pas

Marion se tenait près de la plaque à induction, faisant dorer des crêpes. «Bientôt», se disaitelle, «Nicolas rentrera du travail et on dînera tous ensemble.»

Cest étrange que Léon soit si calme aujourdhui dans sa chambre? Dhabitude, quand Marion fait ses fameuses crêpes, le petit tourbillon tourne autour delle, le regarde et lance :

Maman, une crêpe de plus?

Marion lui en donne une, il semble repu, puis revient aussitôt, les yeux pétillants, et répète, presque en chantant :

Maaamaaa! Une autre?

Elle comprend alors que Léon na plus faim; il veut simplement réentendre ce mot doux, «maman», qui le réconforte. Avant, elle posait la spatule, le soulevait dans ses brasil nest pas encore très lourd, il na que cinq ans. Elle disait :

Allez, mon petit, on va aller chercher papa!

Et Léon répondait tout joyeux :

Oui, maman, on va accueillir papa! dans ses yeux brillait lexcitation, il navait jamais connu de maman ou de papa avant. Maintenant, ils étaient là.

Léon a maintenant sa propre chambre, son lit, même un petit mur descalade avec des balançoirescest le cadeau de Nicolas. Il y a des petites voitures, un robot, des LEGO, plein de jouets, tout ça, rien que pour lui. Le soir, Marion lit des histoires, caresse le crâne de son fils et lui murmure quelle laime. Léon est déjà bien imprégné de cet amour, presque oublié le passé.

Marion voulait appeler son fils, mais le petit se mit à pousser dans son ventre, puis à pousser encore une fois.

Oh mon dieu, chaque jour je remercie pour ce petit coupdepouce inattendu, même si tout va bien.

Ils ont déjà choisi le prénom de la petite: Nicolas a proposé «Élodie». Le grandpère maternel sappelle Catherine.

On avait souvent dit à Marion quelle ne pourrait pas avoir denfants, quelle et Nicolas auraient dû adopter à la crèche. Puis, un an plus tard, voilà que la petite Élodie va enfin naître!

Marion, un peu dans la lune, a failli laisser brûler la crêpe. Elle a appelé Léon :

Léon, mon chéri, où estu? Pourquoi ce silence?

Pas de réponse. Elle a éteint la plaque et sest dirigée vers la chambre des enfants. Même la lumière était éteinte où était le petit?

Un bruit a retenti. Elle a rallumé la lampe et a découvert Léon assis sur le canapé, en veste et bonnet, un sac à dos plein à craquer de ses petites voitures.

Tu joues dans le noir? sestelle étonnée, avant de rire, Allez, lèvetoi, enlève ton manteau, tu comptes partir en voyage? Viens, on mange tes crêpes avec de la crème et du lait concentré, daccord?

Léon na même pas souri, son regard était fixé sur un point lointain, comme sil voyait autre chose. Puis il a demandé dune voix douce :

Je peux prendre mes jouets avec moi? Elle nen a plus besoin, vous savez?

Questce que tu racontes, mon petit? Où vastu? sestelle demandée, les mains qui tremblaient un instant. Seraitelle une mauvaise maman? Léon ne sentiraitil plus son amour? Peutêtre étaitil jaloux de la petite sœur qui allait arriver? Hier encore, il était aux anges.

Alors, vous me renverrez à la crèche? La tante a dit que vous avez agi trop vite, que vous mavez prise sans savoir quun bébé allait naître. Et moi, je ne suis pas

Les yeux de Léon étaient humides, il peinait à rester debout, le regard perdu.

Léon, mon chéri, quelle tante? sestelle rappelée la voisine quelle avait rencontrée quelques jours plus tôt. Elle a haussé les épaules, a parlé de «grâce à Dieu, notre petit arrivera bientôt», puis a pointé du doigt Léon, comme pour dire: «Vous avez sauté le pas, ma petite!»

Marion était convaincue que Léon navait pas encore tout compris. Elle a fait un signe de tête poli à la voisine, sans se disputer. Mais Léon, lui, avait tout saisi.

Il sest alors mis à penser quil était un étranger, tout seul dans ce grand monde.

Marion la enlacé rapidement. Au début il sest débattu, puis sest laissé tomber et a éclaté en sanglots.

Mon fils, tu ne comprends pas? Cette tante ne sait rien, Nicolas et moi taimons plus que tout et jamais nous ne tabandonnerons!

Elle a enlevé son bonnet, son manteau, et ils sont restés, enlacés, silencieux, sur le canapé.

Quand Élodie est née, Léon et Nicolas sont restés seuls à la maison, puis ils sont allés rejoindre Marion et la petite. Léon était nerveux, craignant de ne pas plaire à sa sœur.

Dès quil a vu la minuscule petite fille, un sourire a éclairé son visage.

Maman, comment vatelle, si petite, sans grand frère? Je lui apprendrais à jouer avec les voitures, on samusera tous les trois!

Depuis, Léon ne quitte plus Élodie, il attend quelle grandisse et ils la placeront dans sa chambre. En attendant, il est le premier assistant de maman.

Ce soir, Marion la appelé :

Léon, jai préparé Élodie, on va vite retrouver papa au travail.

Et Léon, déjà habillé, se tenait dans le couloir, prêt :

Maman, je garderai la porte, sorselle de la poussette!

Ils ont descendu lascenseur, sont sortis, et la voisine avec ses sacs lourds est apparue dans lentrée de limmeuble.

Léon a serré la main de Marion plus fort, comme sil voulait la protéger.

Mon fils, aide la dame, appelle lascenseur, ses sacs sont lourds.

Bien sûr, maman! a répondu Léon fièrement, a appelé lascenseur et a couru rejoindre sa mère.

Demain, cest le weekend, toute la famille ira au parc. Dommage que la petite Élodie soit encore toute petite, mais bientôt elle grandira et ils feront les manèges ensemble. Et Léon, grand frère, tiendra fermement sa sœur si elle a peur. Après tout, frère et sœur, cest pour la vie!

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