Refus de la tromperie.

Le renoncement à lartifice.
À 45 ans, Sébastien Moreau avait tout ce dont il avait jamais rêvé. Un poste de président du studio de cinéma Gaumont. Une maison luxueuse. Une voiture de sport et une liste damis célèbres. Pourtant, au sommet de sa carrière, il a tout quitté brusquement, vendu ses biens et disparu du monde du cinéma.

« Jaurais pu travailler dans lindustrie jusquà la fin de ma vie. Je ne me sentais pas plus malheureux que les autres producteurs à succès, me confie-t-il. De lextérieur, on maurait dit chanceux. Moi, je ne le pensais pas. »

Sébastien arriva à Phnom Penh presque par hasard : il avait pris ses premières vacances en douze ans pour visiter les temples bouddhistes dAsie. Le Cambodge nétait quune étape. Assis dans un café, il donna quelques pièces à un enfant des rues. Un client lui dit alors : « Si vous voulez vraiment les aider, allez à la décharge publique. » Sans savoir pourquoi, Sébastien suivit ce conseil.

« Ce que jai vu ma coupé le souffle, se souvient-il. Des centaines denfants qui fouillaient les ordures pour survivre. Une odeur insupportable. Comme tout le monde, je pensais que des organisations sen occupaient. Mais jétais seul là-bas, face à eux. Soit jagissais, soit rien ne changerait. Jai compris que ma place était ici. »

Le jour même, il loua des appartements pour deux enfants et paya leurs soins. « Au Cambodge, 40 euros par mois suffisent pour sortir un enfant de la misère. Jai eu honte de voir à quel point cétait simple. »

De retour en France, il se demanda si aider ces enfants était sa véritable vocation. « Javais peur que ce ne soit quune crise de la quarantaine. Et à Paris, jen avais vu des désastreuses », avoue-t-il.

Lannée suivante, il passa trois semaines par mois à Paris et une à Phnom Penh. « Jattendais un signe. Un jour, un des acteurs les plus en vue ma appelé en hurlant : “Ma vie ne devrait pas être si difficile !” Je regardais ces enfants mourir de faim. Ce fut le déclic. Ma vie parisienne nétait quune illusion. »

Tout le monde tenta de len dissuader, mais Sébastien vendit tout. Ses économies permettraient daider deux cents enfants pendant huit ans. Il créa alors lassociation *Enfants du Cambodge*, offrant éducation, logement et soins.

Dix ans plus tard, il veille sur deux mille enfants. Il ne finance plus seul, trouvant des soutiens. « Je ne me suis jamais marié. À Paris, cétait une vie trop agréable pour sengager. Maintenant, jai assez denfants à protéger. Dans dix ans, ils soccuperont de moi. »

Autrefois, il passait ses weekends sur un bateau ou à jouer au tennis. Désormais, lex-président de Gaumont arpente les décharges. « Je ne regrette rien. Cette liberté, rien ne légale. » Je lui demande : ne regrette-t-il pas son ancienne vie ? « Seulement le bateau. Il me donnait une liberté inexplicable. »

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