« Pourquoi ta mère peut-elle vivre chez nous pendant une semaine, alors que la mienne ne le peut pas ? » a demandé mon mari.

Ma belle-mère est d’une protectrice acharnée envers son fils. Tous les jours, pendant les vacances, mon mari passe déjeuner chez sa mère. Elle lui envoie sans faute des messages tout au long de la journée. À la moindre difficulté, cest vers elle quil accourt chercher une solution. Sil lui faut de largent, il file chez sa mère aussi vite que le vent.

Ce soir, en rentrant après une longue journée de travail, je trouve sa mère installée chez nous, une grande valise remplie de vêtements et de romans à la main.

Bonsoir, maman ! dis-je, tentant de forcer un sourire. Que fais-tu avec toute cette valise ?

Je me suis décidée à rester une semaine avec vous, pour taider à la maison, avec le petit, et avec ton mari. Après tout, il faut bien nourrir ton époux. Et tu nas pas toujours le temps pour tout. Tu travailles, nest-ce pas ? me répond-elle, dun ton infaillible.

Ma belle-mère, Françoise, est une femme au caractère bien trempé. Je nai pas cherché la confrontation, ni même expliqué quoi que ce soit ; je suis partie discuter avec mon mari. Sa réaction ma laissée désemparée !

Chéri, je ne comprends pas Ta mère compte donc sinstaller chez nous sans avoir pris soin de nous demander notre avis ? Elle dit que je ne gère pas bien la maison.

Ça ne me gêne pas, réplique-t-il, détaché. Si elle veut rester, quelle reste. Pourquoi ta mère ne pourrait pas venir aussi ? La tienne serait moins bien ? Quand ta mère, Madeleine, a séjourné une semaine avec nous, ai-je protesté ?

Attends Ma mère habite à Lyon, elle ne vient quune ou deux fois par an ! Je ne vais pas la loger à lhôtel. Ta mère, elle, habite à deux rues dici et passe quasiment tous les jours ! je lui lance, la voix serrée.

Je ne veux pas que ma belle-mère traîne ici pendant mon absence, fouinant dans nos affaires, ouvrant les tiroirs, jugeant ce qui nest pas à elle.

Mon mari est tellement habitué à cette surprotection quil en a déjà les tempes argentées, alors que sa mère continue de courir partout, à lui apporter une soupe chaude et à lui moucher le nez. Françoise et moi, nous avons de longues discussions à ce sujet. Ce qui me pèse vraiment, cest que mon mari ne sest jamais véritablement détaché delle. Et elle, elle me reproche sans cesse de ne pas prendre assez soin de son garçon. Ses conseils incessants sur la façon de vivre, de tenir la maison, délever notre enfant, me lassent chaque jour davantage.

Au début de notre mariage, elle venait tous les jours, lavait les chaussettes de son fils et attendait quil rentre du bureau pour lui servir le repas. Jen ai eu assez. Jen ai parlé à mon mari, il a discuté avec elle, et ses visites ont diminué à deux ou trois fois par semaine. Puis notre fils, Jules, est né Et elle a recommencé à venir.

Là, je prends une décision : je vais louer un appartement pour moi, et je partirai si Françoise gouverne ici. Jannonce la nouvelle à mon mari. Je déménagerai si sa mère reste.

Ma mère veut juste taider ! murmure-t-il, vexé.

Ai-je vraiment besoin de son aide ? lui réponds-je, le cœur lourd dans la poitrine et la voix pleine de larmes.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

eighteen − ten =

« Pourquoi ta mère peut-elle vivre chez nous pendant une semaine, alors que la mienne ne le peut pas ? » a demandé mon mari.
Alors au fond, à quoi bon demander s’il est vraiment mon fils ou pas ? Qu’est-ce que ça change ? De toute façon, il faudrait encore le prouver… – Youpi ! Papa est arrivé ! Papa, papa ! Tu ne vas pas nous abandonner, dis ? Papa, s’il te plaît, ne nous laisse pas ici ! Mamie Nadine a dit que si tu ne nous emmenais pas, elle nous mettrait à l’assistance publique ! Elle est trop âgée, elle ne pourra pas nous garder, on ne peut compter que sur toi ! Avec Michel, promis, on te laissera tranquille, on n’est pas du tout difficiles ! On peut très bien vivre rien qu’avec des pommes de terre, pourvu que tu nous prennes, ne nous laisse pas dans cette maison d’enfants ! – La petite Irène, neuf ans, débite tout cela à toute vitesse, avec des mots trop adultes pour elle, si bien qu’Ivan, homme fait, doit ravaler son émotion et détourne la tête pour dissimuler ses larmes. Il serre sa fille contre lui, plonge le visage dans ses cheveux au parfum si doux, si familier, respire ce parfum d’enfance irremplaçable, et ressent, à nouveau, ce désir irrépressible de pleurer, de se blottir contre l’épaule de sa propre mère, de se plaindre de la vie d’adulte, de demander conseil, soutien, aide… Encore et encore il s’imprègne de cette odeur, ferme les yeux, et quand il les rouvre, il croise aussitôt un regard dur, étrangement adulte pour un enfant. – Michel, qu’est-ce que tu fais là-bas ? Viens voir papa ! – Ivan ravale sa salive, affiche un sourire un peu forcé. L’enfant hésite, dévisage l’homme. Un sourire timide illumine ses traits, mais s’efface aussitôt. – Michel, qu’est-ce qui t’arrive ? C’est moi, ton papa ! Tu ne me reconnais plus ? Allez, mon grand, viens ! Dépêche-toi ! – Allez Michel, viens ! – Irène sourit, appelle son frère. Michel esquisse un premier pas, puis un autre, puis finit par se jeter dans les bras de son père, essuyant au passage ses larmes. – Papa, s’il te plaît, ne m’abandonne pas ! Je t’aime très-très fort ! Mamie Nadine a dit que je n’étais pas ton fils, que tu ne m’aimais pas, que tu ne voulais que Irène et que moi tu me laisserais à la maison d’enfants ! Elle ment, elle est méchante, je ne la crois pas ! Tu ne vas pas me laisser, hein papa ? – Michel, mais quelle idée ! Comment pourrais-je ne pas être ton père ? Tu portes mon nom, mon prénom ! Et regarde tes oreilles, elles sont comme les miennes ! Comment pourrais-je t’abandonner ? On rentrera ensemble, chez tata Sandrine, tu verras, elle est merveilleuse ! – Mais mamie Nadine a dit que Sandrine, c’était une vraie sorcière, que c’est à cause d’elle que tu as quitté maman, et que c’est une magicienne qui t’a ensorcelé. – Michel, chut, ne dis pas n’importe quoi ! Ce ne sont pas des choses à dire à papa ! – Irène le réprimande, mais dans le silence de la campagne, son chuchotement résonne. Ivan sourit, serre les enfants contre lui. « Mes chers petits, me pardonnerez-vous d’avoir tant tardé ? Me comprendrez-vous ? Me comprendrai-je moi-même ? Merci Sandrine, de m’avoir remis sur le droit chemin, de m’avoir donné la force de revenir, de ne pas me laisser envahir par la médisance… » – Mamie plaisante, Michel, Sandrine n’est pas une sorcière, c’est une fée – la plus gentille et la plus douce des fées ! Mais tu verras par toi-même bientôt. Mamie Nadine, sur le seuil, mordille ses lèvres. Ivan fait signe aux enfants d’aller se préparer ; ils s’arrachent à contre-cœur des bras de leur père, filent dans la maison, et s’amusent à tirer la langue en passant devant la grand-mère : « tu vois, papa est là ! » La vieille s’agace, lève la main sur Michel, puis s’arrête en croisant le regard d’Ivan. – Alors tu t’es enfin décidé ? Je croyais que tu ne viendrais jamais, j’allais les placer. Je suis trop vieille, je n’en peux plus, ils n’ont qu’une seule solution, l’assistance. Et puis… Tu vas prendre les deux ? Irène, évidemment, mais le petit, ce n’est pas ton fils, pourquoi t’encombrer ? Que l’État s’en occupe. – Les deux sont à moi, Mamie. Ce sont mes enfants. – Oh, Ivan, insouciant tu étais, insouciant tu restes. Ma petite-fille, d’accord, mais… Dieu me pardonne… J’ai toujours sus que Michel n’était pas de toi, mais elle m’a fait jurer de me taire ! Maintenant tout le monde saura, ce n’est pas ma faute, on ne peut pas m’accuser. Prends Irène, mais laisse donc ce bâtard à qui veut… – Je m’en occuperai. Comme disait ma grand-mère : « Qu’importe à qui appartenait le veau – une fois à nous, il est des nôtres ! » J’ai élevé Michel toutes ces années, je ne peux pas l’abandonner aujourd’hui. – Fais bien attention, Ivan, que tu ne le regrettes pas plus tard… On prend des décisions à la va-vite et ce sont les enfants qui souffrent le plus. – Mon choix est fait, Mamie. Merci pour tout. *** – Ivan, qu’est-ce qui a changé pour toi ? Pourquoi écouter les autres plutôt que ton cœur ? Même si ce petit n’était pas ton fils, tu pourrais vraiment le laisser tomber ? Tu l’as élevé six ans, aimé, protégé, et là, pour un ragot, tu l’effacerais de ta vie ? – Ce ne sont pas des ragots, Sandrine. Il n’était pas de moi, je m’en doutais, puis Pauline l’a reconnu, j’en suis sûr. – Tu es bouché, Ivan ! L’enfant a déjà perdu sa mère et tu veux qu’il perde aussi son père ? Il y a tant d’hommes qui élèvent des enfants qui ne sont pas les leurs… et toi, tu renies le tien ? On joue à mon fils, pas mon fils ? Et si, malheur, il m’arrivait quelque chose, tu douterais aussi du bébé que je porte ? – Sandrine effleure son ventre, interroge Ivan du regard. – Ne dis pas n’importe quoi ! Pour toi, je suis sûr… – Et pour Michel, tu l’étais aussi ! Quatre ans à l’élever, persuadé, puis encore deux ans de pension, toujours aimant, des câlins à chaque visite… et ça s’arrête d’un coup ? Étrange, ton amour. Aujourd’hui tu aimes, demain tu lâches. – J’ai pensé à faire un test, Sandrine. Juste pour être fixé, pour ne pas douter… – Un test ? Mais alors, fais-en un pour moi aussi, va savoir… quel test montre l’amour ? Tu adorais Michel ! Toujours à dire « mon fils, mon fiston, mon héritier ». Qu’est-ce qui a changé, Ivan ? Si le test dit qu’il est à toi, ton amour reviendra-t-il ? Et s’il ne l’est pas, tu l’effaceras de ta vie ? Tu vivras comment après ? Avant, tu aimais cet enfant, fort et sincèrement, et demain, tout est terminé ? Juste parce que ce n’est pas ton sang ? – Et comment pourrais-je l’aimer, si je sais maintenant qu’il n’est pas de moi ? Comment vivre ? – Eh bien, mets tout le monde à l’épreuve. Fais le test à l’aînée, au cadet, bientôt au bébé. Mais si tu dois prendre tes enfants, prends-les tous, ou alors aucun. On élève, on aime – ou alors on s’abstient. Ivan rumina longtemps les paroles de Sandrine. Que faire quand la grand-mère confirme que le plus jeune n’est pas de toi ? Personne n’aime élever l’enfant d’un autre, et lui, il l’a déjà fait pendant six ans… Et pourtant, quel amour entre lui et Pauline ! Mariés, Irène née en quelques mois… À la campagne, le travail ne paie pas, Ivan part sur les chantiers : trois mois loin de la maison, un mois de retour. Au début, Pauline manifestait son amour, accueillait Ivan avec passion, puis froidement, de moins en moins. Un jour, Pauline annonce une grossesse non souhaitée… Ivan rentre plus tôt, la sauve de l’avortement. Michel naît. Frisé, mate de peau… comme le voisin ? Paulin et Irène sont clairs… Mais Ivan balaie ses doutes. Le doute revient le jour où Ivan rentre à l’improviste : Pauline est au lit avec le voisin. Les enfants sont chez Mamie. Pauline crie d’abord que ce n’est pas ce qu’il croit, puis hurle que Michel n’est pas de lui. Ivan ne répond pas, divorce ; il continue à payer pension généreuse, il aime toujours les enfants. Mamie Nadine, parfois, lui glisse « Michel n’est pas à toi… » Ivan refuse d’entendre ; il considère l’enfant comme son fils. Pauline part vivre avec le voisin ; les enfants restent chez la vieille. Orpheline, Pauline-même, « place » ses enfants, comme elle-même l’a été. Ivan, de son côté, s’était remarié, la vie semble avoir repris. Mais les enfants restent bénévoles d’orphelins, deux parents vivants, mais sans foyer. Jusqu’au drame : Pauline et son conjoint meurent dans un accident. Ivan assiste aux obsèques. Mamie lui répète que Michel n’est pas son fils. Ivan décide de ne reprendre qu’Irène. Mais Sandrine, sa nouvelle femme, le secoue violemment : on ne laisse pas des enfants à une vieille ! Il se ressaisit, va chercher ses enfants. Après tout, que m’importe ? Mon fils ou pas, quelle importance ? Qui peut vraiment le prouver ? Qu’ils prouvent, s’ils veulent – moi j’ai l’acte de naissance, où figure qu’Ivan Dumont est le père de Michel Ivanovitch. Point. Ma grand-mère le disait bien : qui que soit le taureau, le veau est à nous ! Et quel gentil petit veau… Généreux, doux, affectueux. Michel s’est d’abord méfié de Sandrine, puis, peu à peu, s’est attaché à elle, caresse son ventre rond, parle déjà à la petite sœur à venir au point de rendre Irène jalouse ! Le cœur de Sandrine est grand, il y a de la place pour Ivan, Irène, Michel, et pour la petite Catherine – encore au chaud dans le ventre. On a bien critiqué Sandrine, la traitant de folle de s’occuper des enfants des autres. Mais elle ne s’est pas laissé faire : chacun ses soucis, les secrets bien gardés, et il vaut mieux balayer devant sa porte. Sandrine, jeune certes, mais forte, respectée, et la famille s’est installée. Ivan n’a plus jamais murmuré que Michel n’est pas son fils – s’il y pense, il ne le dit pas, tant il l’aime. Alors vous dites – c’est un « étranger » ? Il arrive, parfois, que l’étranger soit plus cher qu’un propre enfant, voilà tout !