Maman, il faut t’y faire : nous ne voulons pas d’enfants.

Tu sais, je voulais te raconter lhistoire de Céline. Céline, elle a eu un accouchement hyper difficile, et les médecins lui ont annoncé quelle ne pourrait plus jamais avoir denfant. Quand son mari, François, la appris, il a complètement changé : il est devenu froid et distant, limite glacial avec elle. Plusieurs mois ont passé comme ça, au moins six. François, en plus, menait une double vie : il avait une maîtresse, et figure-toi quelle est tombée enceinte de jumeaux, rien que ça. Sans même hésiter, il a laissé Céline avec leur petite fille, Élodie. Céline sest donc retrouvée à devoir élever seule leur enfant.

Élodie, quand elle était petite, participait à plein dactivités extra-scolaires. Franchement, cétait une gamine curieuse de tout, toujours en train de découvrir. Depuis toute petite, elle adorait jouer à la maîtresse avec ses poupées elle les asseyait en cercle, puis elle leur « donnait cours ». Céline était folle de sa fille, elle la trouvait adorable.

Élodie sentendait super bien avec les autres enfants de sa classe ; elle était même un peu la meneuse du groupe. Adolescente, elle a commencé à sortir avec un garçon. Mais ce gars-là, il nétait pas comme les autres Tout ce quils faisaient ensemble, cétait trainer dans des festivals, assister à des événements pour jeunes, tu vois le genre. Élodie jouait de la batterie, son copain, lui, faisait de la guitare. Très vite, leur petit groupe a commencé à se produire dans toute la région, et ils ont rencontré un succès fou. Cétait la belle vie, la légèreté totale.

Les années ont passé, et Céline était pleine dinquiétude pour sa fille. Elle rêvait de devenir grand-mère ; Élodie avait déjà 29 ans. Un soir, Céline lui a lancé dun air mi-sérieux, mi-blagueur :
Ma chérie, tu ne crois pas quil serait temps de penser à avoir un bébé ?

Élodie lui a répondu, un peu agacée :
Maman, tu veux que je devienne comme tata Sylvie ? Quatre gosses, et sa vie ne tourne quautour deux ! Franchement, ça, cest une vie ? Elle ne sort plus, cuisine, fait le ménage, puis joue avec les enfants, voilà tout.

Mais, tes pas obligée davoir quatre enfants Tu pourrais en avoir un seul, ça suffirait, a tenté Céline.

Maman, il faut que tu comprennes, on ne veut pas denfants, nous. Et si jamais un jour on change davis, on adoptera un enfant, on ira le chercher dans un foyer.

Mais ce serait mieux davoir le tien, réfléchis-y encore, a insisté Céline.

Je nai vraiment pas envie de reparler de ça, maman, a coupé Élodie.

Finalement, Élodie sest dit quil était temps de dire la vérité à sa mère. Peut-être quavec le temps, les choses changeraientAlors, un soir de mai, alors que la lumière dorée filtrait à travers les rideaux du salon, Élodie a pris la main de Céline et lui a dit doucement :

Maman, ce que je ne tai jamais dit cest que, pour moi, la famille ce nest pas forcément une question de sang. La musique, les amis, la communauté quon a autour de nous, cest ça, ma famille. Tu mas appris à aimer et à protéger ceux quon choisit daimer Je ne te rendrai peut-être jamais grand-mère au sens traditionnel, mais regarde autour de toi. Il y a tous ces jeunes qui trouvent chez nous un endroit pour répéter, pour être soutenus, et pour se sentir acceptés. Et puis il y a toi. On nest que deux, mais on est tout lunivers lune pour lautre.

Le silence est tombé. Céline a croisé le regard de sa fille. Elle a enfin compris ce quÉlodie tentait de lui dire depuis si longtemps. Elle naurait peut-être pas la famille quelle avait imaginée, mais elle avait déjà une famille immense, un peu différente, mais entière.

En riant à travers ses larmes, Céline a serré Élodie contre elle.

Ma chérie, tu as raison Tu métonneras toujours.

Elles sont restées enlacées, tandis que la nuit tombait et que résonnaient au loin les premières notes dun air familier, porté par le vent.

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Maman, il faut t’y faire : nous ne voulons pas d’enfants.
Je suis retraitée depuis longtemps maintenant ; dans ma jeunesse, j’ai travaillé comme institutrice en maternelle, et les enfants m’aimaient beaucoup pour ma douceur et ma gentillesse. Oui, je suis vraiment une personne douce et compatissante. Aujourd’hui, je fais le ménage dans des bureaux, car ma retraite de professeure ne me permet pas de vivre décemment, et un jour, dans l’un des bureaux, j’ai remarqué une nouvelle collègue, très triste. David ne parlait à personne, il travaillait sans relâche, et parfois je le voyais sortir par la porte de service pour s’asseoir seul et réfléchir. Cela a duré plusieurs mois, jusqu’au jour où je n’ai plus supporté la situation et où je suis allée lui parler. J’ai pris mon vieux gilet, l’ai posé sur les marches, et me suis assise à côté de lui. J’ai entamé la conversation doucement : — « Il fait un peu frais aujourd’hui, on dit que le chauffage sera rallumé d’ici quelques jours. » — « Je ne sais pas », a-t-il répondu. « Ma grand-mère et moi habitons une maison avec un poêle à bois. » — Quel âge a ta grand-mère ? Peut-être avons-nous le même âge ? David a pris une profonde inspiration et m’a dit qu’elle était âgée et qu’elle était la seule famille qu’il lui restait. Sa grand-mère est très malade, et il doit cumuler deux emplois pour payer ses médicaments. Bientôt, elle devra subir une opération urgente et coûteuse. Et aujourd’hui, ses collègues ont collecté 20 € pour l’anniversaire du patron, mais David n’a pas participé, car il n’en avait vraiment pas les moyens. À présent, il se sent mal à l’aise, ses collègues commencent à l’éviter, et cela le touche beaucoup. J’ai exprimé ma compassion pour sa situation, souhaité un prompt rétablissement à sa grand-mère et suis entrée dans le bureau où il travaillait, un endroit où tout le monde me connaît depuis des années. Je suis allée voir le directeur général pour lui parler. Christophe est l’âme de l’entreprise, il connaît tout le monde, et nous sommes sortis dans le couloir pour discuter. Je l’ai interrogé au sujet de David, lui demandant pourquoi, à son avis, il paraissait si fermé. — « Qui sait », a répondu Christophe, « c’est un garçon étrange, un peu asocial, je me demande même comment il a été embauché. Il ne parle jamais de sujets personnels, uniquement de travail. Il ne va pas à la cantine, apporte à manger dans de vieux tupperwares. Et aujourd’hui, il a refusé de participer à la cagnotte pour l’anniversaire du patron. » — Il n’en a tout simplement pas les moyens, ai-je répondu. J’ai raconté à Christophe la situation de David. Son visage a changé, il a appelé sa collègue Martine, ils ont chuchoté puis m’ont remerciée pour l’information. Plus tard, j’ai appris que Christophe avait organisé une collecte auprès des collègues pour aider à soigner la grand-mère de David. Il a également sollicité l’aide du patron, qui a trouvé un médecin de confiance pour réaliser l’opération. Les collègues de David ont même lancé une collecte en ligne pour financer le traitement de sa grand-mère. David est devenu visiblement plus heureux. Ses collègues ont alors découvert à quel point il pouvait être jovial et sympathique. L’opération s’est bien passée et la grand-mère s’est rétablie. Plus tard, il a régalé tous ses collègues, le directeur et moi-même avec des gâteaux cuisinés par sa grand-mère afin de remercier tout le monde. Et j’ai été heureuse d’avoir pu aider ce jeune homme. Mais il faut aussi dire que les collègues de David ont fait de leur mieux.