— Si le bébé ressemble à l’ex, je renoncerai… je donnerai la vie et je refuserai ! — déclara Léa d’une voix monotoneLéa, les yeux embués de larmes, s’éloigna lentement, laissant derrière elle le bébé qui, souriant, semblait déjà reconnaître le souffle de la vie qu’elle venait de sacrifier.

Il y a bien longtemps, je me souviens encore de ce jour où tout a basculé, comme un automne qui secoue les dernières branches dun arbre.

«Si mon bébé ressemble à cet homme, je préfère renoncer donner la vie et renoncer!» lança Valérie dune voix voilée.

Le médecin, dun ton sec, conclut: «Cest fini, ma chère, il est trop tard, il ne te reste plus quà attendre la date du terme, sinon tu risques de rester sans enfant.»

Valérie sortit du cabinet, seffondra sur le canapé pour reprendre ses esprits. Une vague de larmes lui monta aux yeux, tant la rancune était cruelle Elle leva la tête et vit, par la fenêtre, le vent doctobre qui balançait sans pitié les branches nues dun tilleul.

Elle se sentit, à cet instant, aussi désarmée que ce tilleul, comme si cet enfant qui grandissait en elle était désormais déplacé. Il y a trois mois à peine, elle lavait tant désiré comme le temps a filé si rapidement.

En sortant de la consultation, elle dépassa un couple heureux: lhomme enlacait sa femme, tous deux souriaient. Cette scène la blessa davantage. Valérie se dirigea alors vers larrêt de bus.

Arrivée enfin à son immeuble, elle se enferma dans sa chambre et resta là près dune heure, le silence pesant comme une chape de plomb. Sa mère, Madeleine Dubois, essayait de la convaincre de manger, mais la jeune fille ne prononça aucun mot. Madeleine sinstalla dans la cuisine, perdue dans ses pensées, tandis que la maison était envahie par un lourd mutisme.

Peu après, Valérie sassit à la table, en face de sa mère, et elles restèrent muettes encore un moment.

«Si mon enfant ressemble à cet homme, je renonce donner la vie et renoncer,» répéta Valérie dune voix sans couleur.

Madeleine sursauta, les mots de sa fille la ramenant à la raison:

«Ce nest pas suffisant! Valérie, réfléchis à ce que tu dis!» sécria-t-elle, lappelant par son prénom complet, comme on le fait lorsquon veut être sérieux.

«Une fille saine, travailleuse, qui abandonne son enfant pourquoi? Que diront les proches? Les collègues? Comment vivrastu? Les gens te jugeront, et ce nest pas la faute de lenfant si le père est indigne.»

«Que mimporte le regard des gens qui compatiront?» cria Valérie. À cet instant, elle ressemblait à une bête acculée dans un coin, les yeux bruns remplis de terreur, les lèvres tremblantes, les épaules affaissées.

«Je te compatirai et je taiderai,» répondit Madeleine. «Et je ne laisserai pas mon petitenfant être abandonné»

«Tu vis déjà dans la pénurie, on ne te paie pas, quelle aide?» protesta Valérie.

«Nous survivrons,» insista la mère. «Dans les temps difficiles, les gens survivaient ; aujourdhui, cest une période de paix lan 1989, sous les francs français.»

Valérie poussa un soupir lourd. Elle était déjà effrayée, sans savoir ce que lavenir lui réservait. Elle nimaginait pas encore que les neuf années à venir révéleraient leur cruauté. Tout ce quelle savait, cest que Jacques lavait quittée.

Ils sétaient mariés six mois auparavant, après une relation dun an et demi. Rien nannonçait le drame pour ce jeune couple éclatant.

Minute après minute, Valérie revit le jour où Jacques rentra à la maison, changé en un être distant. Il essayait de paraître conciliant, comme dhabitude, mais son retrait, sa rêverie, son regard dhomme qui avait perdu lamour pour Valérie étaient évidents.

Il savait déjà quelle saccrocherait à lespoir, ce qui le tourmentait ; autrement il serait parti immédiatement. Valérie interrogea pendant un mois ce qui avait pu arriver, et ce nest quaprès le départ de Jacques quelle découvrit la raison.

La mère de Jacques, Hélène, se présenta, et Valérie, désemparée, pleura elle aussi, ne sattendant pas à une telle trahison de son fils.

Cette histoire remontait à leurs années décole. Lorsque Jacques entra en classe de terminale, il partit en stage de randonnée avec des adolescents de tout le pays, vivant en tentes, parcourant les sentiers. Cest là quil rencontra Isabelle, dont il tomba éperdument amoureux.

Deux semaines durant, il ne séloigna jamais delle. Après sêtre séparés, ils échangèrent leurs adresses, mais Jacques perdit le papier lorsquil déménagea dans un nouveau logement, et il ne reçut plus aucune lettre dIsabelle.

Plus tard, il tenta doublier cette première flamme, mais réalisa que cétait son unique amour. Trois ans plus tard, il rencontra Valérie, pensa que Isabelle était reléguée au passé, et en deux ans ils se marièrent, attendant un enfant.

Isabelle réapparut soudainement. Nayant plus son adresse, elle publia une petite annonce dans le journal de la ville où vivait Jacques. Ce petit mot parvint à ses yeux ; il linvita à venir, lui réserva une chambre dhôtel.

Au premier regard, il voulut retrouver la fille quil navait pu effacer. Mais la rencontre les rapprocha immédiatement. La décision fut douloureuse, mais il laccepta: quitter Valérie, enceinte, pour partir avec Isabelle.

Au travail, Valérie était soutenue par ses collègues. Une nouvelle recrue, le regard triste, commenta:

«Un enfant, cest le bonheur, et moi, avec mon mari, ça fait cinq ans que rien ne fonctionne.»

«Exactement, avec mon mari,» répliqua Valérie, amère. «Je nai plus la joie dattendre mon premier, seulement la blessure davoir été abandonnée.»

À la maison, Madeleine tentait de consoler Valérie, datténuer son chagrin. Un jour, la bellemère dIsabelle vint, seffondra en sanglots, souhaitant ardemment que Jacques et Valérie restent ensemble. Elle ne regrettait pas davoir donné son fils à Isabelle, même si cela signifiait léloigner de mille kilomètres. En vérité, cétait Jacques qui avait choisi de partir, suivant son propre désir.

Le contraste entre les deux futures grandsmères rendait la situation à la fois lourde et, paradoxalement, plus supportable pour Valérie. Ce qui la terrifiait le plus était la perspective de voir le visage de son enfant: les yeux, le nez, la bouche, comme ceux de Jacques Et alors? Passer toute une vie à contempler son fils en se rappelant la trahison de son mari! Voilà ce qui la hantait.

Lorsque Valérie sortit de lhôpital, elle ne sattendait pas à être accueillie par tant de personnes. Sa mère Madeleine, son exbeauparent Hélène, une amie proche avec son époux, sa sœur aînée avec sa nièce, et tout son petit cercle de collègues étaient là. Tous voulaient tenir le bébé dans leurs bras, tous souhaitaient santé à la mère et à lenfant.

Une fois le petit garçon déballé, lancienne bellemère le prit, le contempla, sourit, pleura, puis murmura:

«Jacques en a fait son fardeau.»

Pensant que Valérie nentendrait rien, elle savança, le souleva et dit:

«Il ne sappellera pas Jacques, mais Ivan, cest le nom quil portera.»

La bellemère et Madeleine expirèrent un soupir de soulagement: tout semblait désormais en ordre.

Vingt ans sécoulèrent. En 2010, Ivan était étudiant en troisième année dune école dingénieurs. Chez lui grandissaient deux petites sœurs quil chérissait de tout son cœur, quil gardait comme une nounou lorsquelles étaient tout petites.

Valérie, cinq ans après la naissance dIvan, avait épousé un autre homme, qui devint un beaupère aimant pour son fils, presque comme un père, et un père pour deux filles.

Elle aimait son fils, mais ne trouvait plus daffection pour son enfant. Le souvenir du moment où, sous la chaleur dun aprèsmidi, elle avait promis dabandonner le nouveau-né à lhôpital sil ressemblait à son exmari, la hante toujours.

Jacques et Isabelle, qui sétaient aimés follement, se séparèrent après cinq ans ; Isabelle repartit à létranger avec leur fille. Jacques se remaria, menait une vie correcte, et voyait parfois son fils Ivan.

Valérie ne soppose plus à rien, mais reste indifférente à son exmari, ne ressentant plus rien pour lui. Seul le père biologique dIvan, Ivan, demeure dans son cœur.

Merci à vous, chers lecteurs, pour vos encouragements et vos commentaires! Bonne lecture.

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— Si le bébé ressemble à l’ex, je renoncerai… je donnerai la vie et je refuserai ! — déclara Léa d’une voix monotoneLéa, les yeux embués de larmes, s’éloigna lentement, laissant derrière elle le bébé qui, souriant, semblait déjà reconnaître le souffle de la vie qu’elle venait de sacrifier.
Un mari qui a rabaissé sa femme chez eux — « Mais pour qui tu te prends pour me donner des ordres ? » — Arthur se retourne brusquement du frigo, une canette de bière à la main. — « Ici, t’es personne ! Compris ? » Léonore, face aux fourneaux, mélange sa soupe en tremblant. La louche tinte contre la casserole. — « Personne ? » répète-t-elle, la voix basse. « Je ne suis pas ta femme ? » — « Femme ! » Arthur ricane en ouvrant sa bière. « Quelle femme ? T’es la bonne, voilà tout. Et pas une bonne bonne, encore. » Léonore coupe le gaz et se retourne vers son mari. Quarante-trois ans de vie commune, à faire des soupes, repasser ses chemises, préparer ses pantalons, élever les enfants pendant qu’il faisait carrière. — « La bonne, tu dis ? » Sa voix devient plus assurée. « Et qui lave tes chemises ? Qui cuisine, nettoie, s’occupe de ta mère ? » — « C’est ton boulot ! » Arthur pose sa bière violemment sur la table. « Moi, j’amène l’argent, j’paie les factures, et toi ? Tu fais de la soupe ? N’importe quelle femme fait ça. » — « N’importe quelle femme » répète Léonore. Quelque chose en elle se brise. « Je comprends. » Elle enlève son tablier et le suspend. Arthur boit d’un trait, dos tourné. — « Alors, n’importe quelle femme… » murmure-t-elle. « Nous verrons bien. » Elle part dans la chambre et attrape une vieille valise dans l’armoire. Arthur entend le bruit et regarde. — « Qu’est-ce que tu fais ? » — « Je range mes affaires, » répond-elle, pliant le linge, calme. « Si je ne suis personne ici, ce n’est pas ma place. » — « Tu vas où ? » Arthur fronce les sourcils. — « Chez Hélène. Je reste quelques jours. » Hélène est la petite sœur de Léonore, infirmière dans un centre de santé, qui vit seule dans son F2. — « Ne fais pas la maligne, » grogne Arthur. « Qui va cuisiner ? » — « Est-ce que ça compte ? » Léonore ferme la valise. « Tu as dit que n’importe quelle femme pouvait le faire. Trouve-en une. » Arthur reste interdit, la regarde s’habiller. — « Léonore, ne fais pas du chantage. Je ne le pensais pas méchamment. » — « Bien sûr que non. Tu n’as dit que la vérité. Je ne suis personne ici. » — « Arrête tes bêtises ! » Sa voix monte. « Qui t’a donné l’autorisation de partir ? » Léonore s’arrête à la porte, le regarde. — « Personne. Je m’autorise moi-même. Ou c’est encore trop demander ? » Elle quitte l’appartement, le laissant bouche bée. Dehors, l’automne pique déjà. Léonore prend le bus pour aller chez sa sœur. Son téléphone sonne, mais elle ne répond pas. Hélène ouvre la porte, cheveux en bataille, en chaussons. — « Léonore ! Qu’est-ce qu’il y a ? » Elle remarque la valise. — « Je peux rester ce soir ? » — « Évidemment, entre. Raconte-moi. » Elles s’assoient à la cuisine, Hélène prépare du thé. Léonore raconte la dispute. — « Il est fou ? » s’insurge Hélène. « Personne dans la maison ? Après tant d’années ! » — « Oui, » Léonore essuie ses yeux. « J’ai tout fait pour lui, pour les enfants. Il dit que c’est le boulot de n’importe quelle femme. » — « Qu’il aille trouver sa ‘n’importe qui’, » maugrée Hélène. « On va voir s’il s’en sort sans toi ! » Le téléphone sonne encore. Léonore regarde, c’est Arthur. — « Ne réponds pas, » conseille Hélène. « Laisse-le cogiter. » Léonore pose le téléphone, ignore l’appel. Le matin, elle se réveille sur le canapé. Hélène se prépare à partir au travail. — « Reste autant que tu veux, » dit-elle. « J’ai des doubles de clés. » Léonore reste seule. Elle est déstabilisée, rien à faire. Chez elle, à cette heure, elle aurait déjà préparé le petit-déj d’Arthur, sa gamelle, le planning du jour. Le téléphone est silencieux. Arthur doit penser qu’elle va revenir d’elle-même. Elle prépare son café, s’assied à la fenêtre. Elle se sent étrange — triste, mais soulagée. Depuis quand n’avait-elle pas bu son café en silence, sans programmer le déjeuner d’Arthur ? À midi, sa fille aînée, Sophie, appelle. — « Maman, papa m’a téléphoné. Vous vous êtes disputés ? » — « Oui. » — « Pourquoi ? » — « Il a dit que je ne suis rien chez nous, juste la bonne, et une mauvaise en plus. » — « Maman ! » s’indigne Sophie. « Comment il a pu dire ça ? » — « La vérité fait mal. » — « Quelle vérité ? Tu as tout donné à la famille ! » — « C’est ce que je croyais. Finalement, je ne suis que la servante. » Sophie se tait. — « Où es-tu maman ? » — « Chez Tata Hélène. » — « Tu vas rester longtemps ? » — « Je ne sais pas. Je vais peut-être chercher du travail. Tant qu’à être employée, autant être payée. » — « Ne dis pas ça ! » Sophie s’inquiète. « Vous êtes adultes, il faut régler ça. » — « Régler quoi ? Il a juste dit tout haut ce qu’il pense depuis toujours. Je ne suis rien chez lui. » — « Papa était stressé. » — « Et moi ? Quarante-trois ans sans stress ? » Sophie soupire. — « Je vais lui parler. Mais prends du temps avant de tout changer à cause d’une phrase. » — « Une phrase ? » Léonore secoue la tête. « C’est la première fois qu’il la dit, mais il la pense depuis toujours. » Le soir, Hélène rentre épuisée. — « Ça va ? » enlevant sa blouse. — « Oui. Sophie a appelé. » — « Et alors ? » — « Elle veut qu’on fasse la paix. » Hélène s’assoit près d’elle. — « Et toi, tu veux quoi ? » — « Je ne sais pas… Peut-être qu’il a raison. Je ne suis vraiment personne. » — « Léonore, n’importe quoi ! Tu es une femme et une maman incroyable. S’il ne s’en rend pas compte, c’est son problème. » — « Tu dis ça parce que ce n’est pas toi. » — « Mais tu as raison. Personne ne mérite de vivre sans respect. » Le lendemain, Léonore repasse chez elle prendre des vêtements. Arthur est au boulot. La maison est méconnaissable. Vaisselle sale, miettes sur la table, lit défait. Deux jours sans elle, tout est en pagaille. Sur le départ, Arthur rentre. — « Ah, t’es là, » sans lever les yeux. « Tu vas cuisiner ? » — « Non. Je ne suis personne ici. » — « Fais pas ta gamine. Je ne le pensais pas. » — « Vraiment ? Alors, c’est quoi ? » — « J’étais crevé, j’ai exagéré. » — « Crevé, hein ? Et moi, jamais fatiguée ? » Arthur grimace. — « Tu en fais des tonnes. T’es une femme classique, une mère, une épouse. » — « Classique ? Donc, personne. » Arthur s’énerve. — « Tu veux quoi ? » — « Du respect. De la reconnaissance. » — « J’reconnais ! Mais ton boulot c’est de t’occuper de… » Léonore sourit en voyant Arthur, quelques mois plus tard, malhabile devant un plat brûlé dans l’appartement désert, tandis qu’elle, dans sa nouvelle vie, était accueillie avec un grand sourire par ses nouveaux patrons : « Merci, Léonore, on ne sait pas ce qu’on ferait sans vous. » Un mari qui méprisait son épouse chez lui — Léonore quitte tout pour retrouver le respect et sa dignité après qu’on lui ait dit qu’elle n’est « personne » chez elle