Odette, à ses 35 ans, considérait quelle ne connaîtrait jamais le bonheur dune femme, mais le destin en a décidé autrement Ils se sont rencontrés quand ils approchaient tous les deux de la quarantaine. Bernard était veuf depuis trois ans déjà. Odette navait jamais porté lalliance, mais elle avait eu un fils. Comme on le dit parfois au village : elle lavait eu pour elle toute seule. Dans sa jeunesse, elle avait fréquenté un séduisant Olivier aux cheveux bruns, qui lui avait promis le mariage et avait ensorcelé la jeune Odette. Elle avait cru à ces belles paroles qui se sont révélées vides. On a appris plus tard que ce prétendant venu de la ville était déjà marié.
La femme dOlivier est même venue jusquà chez elle pour la supplier de ne pas briser un foyer déjà bien installé. La jeune et naïve Odette a cédé. Mais elle a choisi de garder lenfant.
Voilà comment les choses se sont passées. Odette a mis au monde Eugène. Son fils est devenu sa plus grande joie. Eugène était un garçon bien élevé qui réussissait bien à lécole. Après le lycée, il a intégré une université déconomie. Bernard rendait parfois visite à Odette. Il suggérait quils vivent ensemble. Mais elle hésitait, même si elle le trouvait sympathique. Odette se sentait un peu gênée à lidée davoir son fils dans les pattes et de céder à ce désir de bonheur. Un soir, Eugène a pris sa mère à part pour discuter. Il lui a dit quil ny voyait pas dinconvénient : « Maman, de toute façon, je ne vais plus vivre ici. Loncle Bernard a lair dun type solide. Du moment quil te traite bien. Ce qui compte, cest que tu sois heureuse. » Le fils de Bernard, lui aussi, nétait pas opposé à lidée.
Cest ainsi quils ont commencé leur vie commune. Ils se sont mariés et ont organisé une petite fête. Odette travaillait à la bibliothèque du village, tandis que Bernard était agronome. Ils faisaient tout en duo. Ils soccupaient de la maison, élevaient quelques animaux et soccupaient du potager. Ils saimaient et se respectaient mutuellement, même si le ciel ne leur a pas envoyé denfants à eux deux.
Leurs fils respectifs se sont mariés et ils ont eu la joie de voir naître des petits-enfants. Pour chaque occasion, ils préparaient des présents pour la famille : des œufs frais, du lait, de la crème, du porc et du poulet. Lors des fêtes, leur maison se remplissait dinvités. Bernard et Odette sinstallaient alors à table, ravis. Ils se félicitaient davoir de la compagnie pour célébrer.
Cétait seulement le soir, au moment de se coucher, que chacun murmurait en son for intérieur : partir le premier de ce monde Pour ne jamais avoir à affronter la solitude.
Les années ont passé, et un beau matin, le malheur a frappé sans prévenir Odette sest sentie mal alors quelle sapprêtait à faire mijoter le pot-au-feu dans la cuisine. La femme âgée sest écroulée. Bernard a appelé une ambulance avec laide des voisins. Les docteurs ont diagnostiqué un AVC chez Odette. Tout fonctionnait, sauf les jambes. Elle ne pouvait plus marcher. Eugène et sa femme sont venus voir leur mère. Il a laissé quelques euros pour les médicaments avant de repartir.
Bernard a engagé une voiture pour ramener sa femme de lhôpital, et avec laide dun voisin, ils lont installée dans la maison.
« Tout va sarranger, il consolait sa femme, vis seulement. Même assise, tu pourras bavarder avec moi. Vis, cest tout. Je moccuperai de tout le reste. Ne me laisse pas, ma colombe ! »
Bernard sest occupé admirablement de son épouse. Après un mois, elle sest déplacée dans un fauteuil. Elle laidait encore à la cuisine. Ils continuaient leurs tâches ensemble. Ils épluchaient pommes de terre et carottes, triaient les haricots secs. Ils ont même tenté de faire du pain. Le soir, ils discutaient de leur avenir. Lhiver nétait pas loin, et Bernard navait plus la vigueur pour fendre du bois.
« Peut-être que les enfants pourraient nous héberger pour lhiver, et au printemps et en été, on se débrouillerait bien »
Un week-end, Eugène est arrivé avec Brigitte. La belle-fille, après un rapide tour dhorizon de la pièce, a tranché :
« Il va falloir vous séparer, mes tourtereaux. On viendra chercher maman la semaine prochaine. Je vais préparer sa chambre. On passera vous prendre. »
« Et moi dans tout ça ? » a murmuré Bernard, gêné. « On ne sest jamais quittés, les enfants. Comment ça se fait ? »
« Cétait avant, quand vous aviez lénergie pour la ferme et que vous vous débrouilliez seuls, mais maintenant cest autre chose. Que ton fils taccueille aussi. On ne peut pas vous prendre tous les deux. »
Eugène et Brigitte sont repartis. Odette et Bernard ont soupiré, réfléchissant à la suite. En sendormant, chacun espérait ne pas se réveiller le lendemain, histoire déchapper à cette situation.
Le week-end daprès, les deux fils sont venus. Ils ont commencé à emballer les affaires. Bernard était assis au chevet dOdette. Il la regardait, repensant à leur jeunesse. Des larmes coulaient Il sest approché de sa femme malade et a chuchoté :
« Pardonne-moi, Odette, si tout a mal tourné On a peut-être raté quelque chose dans léducation des enfants. Ils nous séparent comme des chatons dont on ne veut plus. Pardonne-moi. Je taime toujours ».
Odette aurait voulu caresser la joue de son mari, mais elle nen avait plus la force Bernard est sorti en essuyant ses larmes avec sa manche. Une fois dans la voiture, il na plus essayé de les cacher.
Puis, le fils, sa femme et un voisin ont enveloppé Odette dans une couverture et lont portée hors de la maison, les pieds devant. La malade a trouvé cela drôlement symbolique Elle na pas résisté ; elle avait limpression dêtre déjà partie quand Bernard est monté dans la voiture. Elle ne souhaitait plus quune chose : ne pas attendre le soir.
Une semaine plus tard, un beau jour dautomne, justement le jour de la Toussaint, leur souhait sest exaucé. Odette et Bernard se sont retrouvés dans lau-delàOdette, à ses 35 ans, considérait quelle ne connaîtrait jamais le bonheur dune femme, mais le destin en a décidé autrement Ils se sont rencontrés quand ils approchaient tous les deux de la quarantaine. Bernard était veuf depuis trois ans déjà. Odette navait jamais porté lalliance, mais elle avait eu un fils. Comme on le dit parfois au village : elle lavait eu pour elle toute seule. Dans sa jeunesse, elle avait fréquenté un séduisant Olivier aux cheveux bruns, qui lui avait promis le mariage et avait ensorcelé la jeune Odette. Elle avait cru à ces belles paroles qui se sont révélées vides. On a appris plus tard que ce prétendant venu de la ville était déjà marié.
La femme dOlivier est même venue jusquà chez elle pour la supplier de ne pas briser un foyer déjà bien installé. La jeune et naïve Odette a cédé. Mais elle a choisi de garder lenfant.
Voilà comment les choses se sont passées. Odette a mis au monde Eugène. Son fils est devenu sa plus grande joie. Eugène était un garçon bien élevé qui réussissait bien à lécole. Après le lycée, il a intégré une université déconomie. Bernard rendait parfois visite à Odette. Il suggérait quils vivent ensemble. Mais elle hésitait, même si elle le trouvait sympathique. Odette se sentait un peu gênée à lidée davoir son fils dans les pattes et de céder à ce désir de bonheur. Un soir, Eugène a pris sa mère à part pour discuter. Il lui a dit quil ny voyait pas dinconvénient : « Maman, de toute façon, je ne vais plus vivre ici. Loncle Bernard a lair dun type solide. Du moment quil te traite bien. Ce qui compte, cest que tu sois heureuse. » Le fils de Bernard, lui aussi, nétait pas opposé à lidée.
Cest ainsi quils ont commencé leur vie commune. Ils se sont mariés et ont organisé une petite fête. Odette travaillait à la bibliothèque du village, tandis que Bernard était agronome. Ils faisaient tout en duo. Ils soccupaient de la maison, élevaient quelques animaux et soccupaient du potager. Ils saimaient et se respectaient mutuellement, même si le ciel ne leur a pas envoyé denfants à eux deux.
Leurs fils respectifs se sont mariés et ils ont eu la joie de voir naître des petits-enfants. Pour chaque occasion, ils préparaient des présents pour la famille : des œufs frais, du lait, de la crème, du porc et du poulet. Lors des fêtes, leur maison se remplissait dinvités. Bernard et Odette sinstallaient alors à table, ravis. Ils se félicitaient davoir de la compagnie pour célébrer.
Cétait seulement le soir, au moment de se coucher, que chacun murmurait en son for intérieur : partir le premier de ce monde Pour ne jamais avoir à affronter la solitude.
Les années ont passé, et un beau matin, le malheur a frappé sans prévenir Odette sest sentie mal alors quelle sapprêtait à faire mijoter le pot-au-feu dans la cuisine. La femme âgée sest écroulée. Bernard a appelé une ambulance avec laide des voisins. Les docteurs ont diagnostiqué un AVC chez Odette. Tout fonctionnait, sauf les jambes. Elle ne pouvait plus marcher. Eugène et sa femme sont venus voir leur mère. Il a laissé quelques euros pour les médicaments avant de repartir.
Bernard a engagé une voiture pour ramener sa femme de lhôpital, et avec laide dun voisin, ils lont installée dans la maison.
« Tout va sarranger, il consolait sa femme, vis seulement. Même assise, tu pourras bavarder avec moi. Vis, cest tout. Je moccuperai de tout le reste. Ne me laisse pas, ma colombe ! »
Bernard sest occupé admirablement de son épouse. Après un mois, elle sest déplacée dans un fauteuil. Elle laidait encore à la cuisine. Ils continuaient leurs tâches ensemble. Ils épluchaient pommes de terre et carottes, triaient les haricots secs. Ils ont même tenté de faire du pain. Le soir, ils discutaient de leur avenir. Lhiver nétait pas loin, et Bernard navait plus la vigueur pour fendre du bois.
« Peut-être que les enfants pourraient nous héberger pour lhiver, et au printemps et en été, on se débrouillerait bien »
Un week-end, Eugène est arrivé avec Brigitte. La belle-fille, après un rapide tour dhorizon de la pièce, a tranché :
« Il va falloir vous séparer, mes tourtereaux. On viendra chercher maman la semaine prochaine. Je vais préparer sa chambre. On passera vous prendre. »
« Et moi dans tout ça ? » a murmuré Bernard, gêné. « On ne sest jamais quittés, les enfants. Comment ça se fait ? »
« Cétait avant, quand vous aviez lénergie pour la ferme et que vous vous débrouilliez seuls, mais maintenant cest autre chose. Que ton fils taccueille aussi. On ne peut pas vous prendre tous les deux. »
Eugène et Brigitte sont repartis. Odette et Bernard ont soupiré, réfléchissant à la suite. En sendormant, chacun espérait ne pas se réveiller le lendemain, histoire déchapper à cette situation.
Le week-end daprès, les deux fils sont venus. Ils ont commencé à emballer les affaires. Bernard était assis au chevet dOdette. Il la regardait, repensant à leur jeunesse. Des larmes coulaient Il sest approché de sa femme malade et a chuchoté :
« Pardonne-moi, Odette, si tout a mal tourné On a peut-être raté quelque chose dans léducation des enfants. Ils nous séparent comme des chatons dont on ne veut plus. Pardonne-moi. Je taime toujours ».
Odette aurait voulu caresser la joue de son mari, mais elle nen avait plus la force Bernard est sorti en essuyant ses larmes avec sa manche. Une fois dans la voiture, il na plus essayé de les cacher.
Puis, le fils, sa femme et un voisin ont enveloppé Odette dans une couverture et lont portée hors de la maison, les pieds devant. La malade a trouvé cela drôlement symbolique Elle na pas résisté ; elle avait limpression dêtre déjà partie quand Bernard est monté dans la voiture. Elle ne souhaitait plus quune chose : ne pas attendre le soir.
Une semaine plus tard, un beau jour dautomne, justement le jour de la Toussaint, leur souhait sest exaucé. Odette et Bernard se sont retrouvés dans lau-delàOdette et Bernard se sont retrouvés dans lau-delà, enfin réunis sans que quiconque puisse les séparer à nouveau. Odette et Bernard se sont retrouvés dans lau-delà, enfin réunis sans que quiconque puisse les séparer à nouveau.






