Il n’avait que 16 ans lorsqu’il l’a ramenée à la maison… La fille qui était déjà là depuis longtemps et probablement enceinte, plus âgée d’un an.

Il n’avait que seize ans lorsqu’il l’amena chez lui… Cette jeune fille visiblement enceinte depuis un bon moment, plus âgée que lui d’un an. Solène suivait les cours dans le même lycée professionnel que lui, mais dans une autre section. Pendant plusieurs jours, Baptiste la vit se recroqueviller dans un coin et pleurer sans bruit. Son regard ne manqua pas le ventre qui s’arrondissait, ces vêtements identiques portés pendant deux semaines et cet air vide, dépourvu de tout espoir.

Comme il s’avéra, presque tout le monde connaissait son histoire… Le petit-fils d’un entrepreneur réputé à Paris avait été avec elle, puis avait disparu sans un mot, parti « pour une affaire urgente » à Lyon. Ses parents ne voulaient rien entendre d’elle. Ils le lui avaient signifié en face. Ses propres parents, comme s’ils vivaient au Moyen Âge, craignant le déshonneur, l’avaient mise à la porte et étaient partis à leur maison de campagne. Certains compatissaient à Solène, d’autres se moquaient d’elle en douce.

Elle n’a que ce qu’elle mérite. Il fallait y réfléchir avant !

Baptiste ne supportait plus de la regarder ainsi. Après un moment de réflexion, il s’approcha.

Ce ne sera pas facile, arrête de sangloter. Je te propose de venir habiter chez moi, nous pourrions même nous marier. Mais je te préviens tout de suite, je ne sais pas mentir et je ne ferai pas semblant que tout est parfait. Je serai juste à tes côtés et je promets que nous nous en sortirons.

Solène essuya ses larmes et observa le garçon. Que dire… Un jeune homme ordinaire, sans grande élégance. Pourtant elle rêvait d’un époux tout différent ! Dans sa situation, il n’y avait aucun choix et Solène le suivit.

Ses parents furent sous le choc, sa mère implora Baptiste de se ressaisir, mais il resta inflexible.

Maman, ne dramatise pas, ça s’arrangera. J’ai deux bourses, une normale et une sociale. Je travaillerai en plus, nous y arriverons !

Mais tu voulais aller à l’université !

Et alors ? On vivra comme on peut. Papa passe sa vie à l’usine, toi au magasin. Les gens sans études supérieures s’en sortent aussi. Maman, ce n’est pas la fin du monde !

Solène s’installa dans la chambre de Baptiste. Il lui céda son lit et s’allongea sur le canapé-lit inconfortable. Pendant plusieurs jours, elle resta très silencieuse. Comme une ombre, elle le suivait main dans la main à l’école et à la maison, jusqu’à ce qu’elle explose enfin.

J’en ai assez ! Pourquoi tes parents me regardent-ils de travers ? Je ne leur plais pas ! Et pourquoi ne passes-tu pas de temps avec moi ? Tu es toujours plongé dans tes livres ou tu disparais je ne sais où ?!

Baptiste fut surpris.

Tu ne trouves pas ça normal ? Ils ne t’apprécient pas, mais ils t’ont accueillie sans te tourmenter. Ils te regardent de travers ? Tes propres parents ne veulent même plus te voir. Et les parents du père de ton enfant ? Où sont-ils ? Je suis dans mes livres parce que j’étudie pour ne pas être renvoyé dès la première année. Cette bourse me sera aussi utile. Je disparais ? Parce que je travaille à côté et que je n’ai pas envie de regarder des séries pleines de larmes avec toi.

Solène se mit à pleurer à chaudes larmes.

Pourquoi tu me parles comme ça ?

Comment ? Je t’ai dit que je ne savais pas mentir. D’ailleurs, quand allons-nous à la mairie ?

Je ne peux pas y aller comme ça, achète-moi une jolie robe à taille haute pour que mon ventre ne se voie pas.

De quoi tu parles ? Nous apporterons un certificat de grossesse, quelle robe ? Il me faut encore économiser pour la poussette et le berceau…

Sa mère se saisit d’un flacon de valériane, mais s’habitua lentement à la situation et jetait désormais de fréquents regards aux vêtements pour bébés. Après tout, rien de grave ne se passait… Qu’ils vivent, qu’ils se marient, et papa et elle aideraient autant que possible. Seulement cette fille semblait ingrate, toujours insatisfaite de Baptiste, d’eux, de leur petit appartement. Peut-être qu’après l’accouchement, elle changerait.

Mais Solène n’avait pas l’intention de changer. Lorsque Baptiste rentra, sale et épuisé, de la station de lavage de voitures, en apportant dans sa chambre une chatte décharnée, elle entra dans une rage folle.

Espèce d’idiot ! Pourquoi nous cette pauvre chatte en haillons ? Enlève-la immédiatement ! Jette-la dehors !

Mais Baptiste se contenta de sourire.

Non, elle est enceinte elle aussi. Elle reste, alors ne commence même pas. Tu ferais mieux de te taire et de me réchauffer mon dîner.

Ah vraiment ?! Solène faillit hurler. Choisis ! Ou elle, ou moi ! Cette créature aussi me regarde de travers !

Pourquoi devrais-je ? Baptiste la dévisagea avec incrédulité. C’est ma maison et je n’ai pas à choisir. C’est ma chatte et si elle te dérange, tu peux partir. Même ma mère ne m’a jamais imposé de telles conditions. Peut-être qu’il est temps d’arrêter de juger tout le monde de haut ?

Solène s’hystérisait, pleurait, jalouse de cette chatte maigre et négligée. Où Baptiste avait-il bien pu voir un ventre chez elle ? Mais un ventre se forma bel et bien la chatte était vraiment enceinte.

Le garçon était fatigué, mais chaque fois que le regret le gagnait, il repoussait ces idées. Ils s’en sortiraient. Solène accoucherait et se calmerait, et d’ici là, la chatte et ses petits les distrairaient. Les chatons duveteux amélioreraient l’ambiance pour tous.

Cependant, tout bascula autrement… Le grand-père, un entrepreneur réputé à Paris, rentra d’un long voyage d’affaires et apprit la nouvelle. Il retrouva son petit-fils, le réprimanda sévèrement et lui déclara qu’il le priverait d’argent si son arrière-petit-fils grandissait dans une famille étrangère. Le jeune homme redoutait terriblement de perdre cette source de revenus.

Solène s’en alla avec lui ce même jour, sans même prendre congé de Baptiste. Par chance, elle avait ses papiers sur elle, car elle se rendait chez le médecin après les cours. Elle abandonna ses affaires d’un geste on lui en achèterait de neuves ! Et plus question de retourner dans ce lycée professionnel minable !

Baptiste fut bouleversé… Comment pouvait-elle faire ça ? Pas un au revoir, pas un appel, pas un mot. Il jeta toutes ses affaires et demeura longtemps seul dans l’obscurité, serrant sa chatte contre lui.

La chatte comprenait tout. Elle se blottit doucement contre lui, ressentant qu’il avait besoin d’elle. Elle compatissait, ronronnait pour le réconforter.

Baptiste assista seul à la mise bas, empêchant sa mère nerveuse et son père confus d’approcher la chatte. Il resta à ses côtés, lui parlant d’une voix douce pour l’apaiser. Il surveillait que tout se passe bien et gardait son téléphone à portée, prêt à contacter le vétérinaire en cas de besoin.

Tout se déroula sans encombre, la chatte donna naissance à quatre petits. Baptiste changea la couverture, apporta de l’eau fraîche et de la nourriture. Il vérifia une dernière fois que tout allait bien, puis, épuisé, il ferma les yeux, sentant le plus petit chaton se nicher dans sa paume, et pensa que parfois, les animaux exprimaient plus de reconnaissance que les humains.Il n’avait que seize ans lorsqu’il l’amena chez lui… Cette jeune fille visiblement enceinte depuis un bon moment, plus âgée que lui d’un an. Solène suivait les cours dans le même lycée professionnel que lui, mais dans une autre section. Pendant plusieurs jours, Baptiste la vit se recroqueviller dans un coin et pleurer sans bruit. Son regard ne manqua pas le ventre qui s’arrondissait, ces vêtements identiques portés pendant deux semaines et cet air vide, dépourvu de tout espoir.

Comme il s’avéra, presque tout le monde connaissait son histoire… Le petit-fils d’un entrepreneur réputé à Paris avait été avec elle, puis avait disparu sans un mot, parti « pour une affaire urgente » à Lyon. Ses parents ne voulaient rien entendre d’elle. Ils le lui avaient signifié en face. Ses propres parents, comme s’ils vivaient au Moyen Âge, craignant le déshonneur, l’avaient mise à la porte et étaient partis à leur maison de campagne. Certains compatissaient à Solène, d’autres se moquaient d’elle en douce.

Elle n’a que ce qu’elle mérite. Il fallait y réfléchir avant !

Baptiste ne supportait plus de la regarder ainsi. Après un moment de réflexion, il s’approcha.

Ce ne sera pas facile, arrête de sangloter. Je te propose de venir habiter chez moi, nous pourrions même nous marier. Mais je te préviens tout de suite, je ne sais pas mentir et je ne ferai pas semblant que tout est parfait. Je serai juste à tes côtés et je promets que nous nous en sortirons.

Solène essuya ses larmes et observa le garçon. Que dire… Un jeune homme ordinaire, sans grande élégance. Pourtant elle rêvait d’un époux tout différent ! Dans sa situation, il n’y avait aucun choix et Solène le suivit.

Ses parents furent sous le choc, sa mère implora Baptiste de se ressaisir, mais il resta inflexible.

Maman, ne dramatise pas, ça s’arrangera. J’ai deux bourses, une normale et une sociale. Je travaillerai en plus, nous y arriverons !

Mais tu voulais aller à l’université !

Et alors ? On vivra comme on peut. Papa passe sa vie à l’usine, toi au magasin. Les gens sans études supérieures s’en sortent aussi. Maman, ce n’est pas la fin du monde !

Solène s’installa dans la chambre de Baptiste. Il lui céda son lit et s’allongea sur le canapé-lit inconfortable. Pendant plusieurs jours, elle resta très silencieuse. Comme une ombre, elle le suivait main dans la main à l’école et à la maison, jusqu’à ce qu’elle explose enfin.

J’en ai assez ! Pourquoi tes parents me regardent-ils de travers ? Je ne leur plais pas ! Et pourquoi ne passes-tu pas de temps avec moi ? Tu es toujours plongé dans tes livres ou tu disparais je ne sais où ?!

Baptiste fut surpris.

Tu ne trouves pas ça normal ? Ils ne t’apprécient pas, mais ils t’ont accueillie sans te tourmenter. Ils te regardent de travers ? Tes propres parents ne veulent même plus te voir. Et les parents du père de ton enfant ? Où sont-ils ? Je suis dans mes livres parce que j’étudie pour ne pas être renvoyé dès la première année. Cette bourse me sera aussi utile. Je disparais ? Parce que je travaille à côté et que je n’ai pas envie de regarder des séries pleines de larmes avec toi.

Solène se mit à pleurer à chaudes larmes.

Pourquoi tu me parles comme ça ?

Comment ? Je t’ai dit que je ne savais pas mentir. D’ailleurs, quand allons-nous à la mairie ?

Je ne peux pas y aller comme ça, achète-moi une jolie robe à taille haute pour que mon ventre ne se voie pas.

De quoi tu parles ? Nous apporterons un certificat de grossesse, quelle robe ? Il me faut encore économiser pour la poussette et le berceau…

Sa mère se saisit d’un flacon de valériane, mais s’habitua lentement à la situation et jetait désormais de fréquents regards aux vêtements pour bébés. Après tout, rien de grave ne se passait… Qu’ils vivent, qu’ils se marient, et papa et elle aideraient autant que possible. Seulement cette fille semblait ingrate, toujours insatisfaite de Baptiste, d’eux, de leur petit appartement. Peut-être qu’après l’accouchement, elle changerait.

Mais Solène n’avait pas l’intention de changer. Lorsque Baptiste rentra, sale et épuisé, de la station de lavage de voitures, en apportant dans sa chambre une chatte décharnée, elle entra dans une rage folle.

Espèce d’idiot ! Pourquoi nous cette pauvre chatte en haillons ? Enlève-la immédiatement ! Jette-la dehors !

Mais Baptiste se contenta de sourire.

Non, elle est enceinte elle aussi. Elle reste, alors ne commence même pas. Tu ferais mieux de te taire et de me réchauffer mon dîner.

Ah vraiment ?! Solène faillit hurler. Choisis ! Ou elle, ou moi ! Cette créature aussi me regarde de travers !

Pourquoi devrais-je ? Baptiste la dévisagea avec incrédulité. C’est ma maison et je n’ai pas à choisir. C’est ma chatte et si elle te dérange, tu peux partir. Même ma mère ne m’a jamais imposé de telles conditions. Peut-être qu’il est temps d’arrêter de juger tout le monde de haut ?

Solène s’hystérisait, pleurait, jalouse de cette chatte maigre et négligée. Où Baptiste avait-il bien pu voir un ventre chez elle ? Mais un ventre se forma bel et bien la chatte était vraiment enceinte.

Le garçon était fatigué, mais chaque fois que le regret le gagnait, il repoussait ces idées. Ils s’en sortiraient. Solène accoucherait et se calmerait, et d’ici là, la chatte et ses petits les distrairaient. Les chatons duveteux amélioreraient l’ambiance pour tous.

Cependant, tout bascula autrement… Le grand-père, un entrepreneur réputé à Paris, rentra d’un long voyage d’affaires et apprit la nouvelle. Il retrouva son petit-fils, le réprimanda sévèrement et lui déclara qu’il le priverait d’argent si son arrière-petit-fils grandissait dans une famille étrangère. Le jeune homme redoutait terriblement de perdre cette source de revenus.

Solène s’en alla avec lui ce même jour, sans même prendre congé de Baptiste. Par chance, elle avait ses papiers sur elle, car elle se rendait chez le médecin après les cours. Elle abandonna ses affaires d’un geste on lui en achèterait de neuves ! Et plus question de retourner dans ce lycée professionnel minable !

Baptiste fut bouleversé… Comment pouvait-elle faire ça ? Pas un au revoir, pas un appel, pas un mot. Il jeta toutes ses affaires et demeura longtemps seul dans l’obscurité, serrant sa chatte contre lui.

La chatte comprenait tout. Elle se blottit doucement contre lui, ressentant qu’il avait besoin d’elle. Elle compatissait, ronronnait pour le réconforter.

Baptiste assista seul à la mise bas, empêchant sa mère nerveuse et son père confus d’approcher la chatte. Il resta à ses côtés, lui parlant d’une voix douce pour l’apaiser. Il surveillait que tout se passe bien et gardait son téléphone à portée, prêt à contacter le vétérinaire en cas de besoin.

Tout se déroula sans encombre, la chatte donna naissance à quatre petits. Baptiste changea la couverture, apporta de l’eau fraîche et de la nourriture. Il vérifia une dernière fois que tout allait bien, puis, épuisé, il ferma les yeux, sentant le plus petit chaton se nicher dans sa paume, et pensa que parfois, les animaux exprimaient plus de reconnaissance que les humains.

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Il n’avait que 16 ans lorsqu’il l’a ramenée à la maison… La fille qui était déjà là depuis longtemps et probablement enceinte, plus âgée d’un an.
Le Conte d’une Grand-mère sur Deux Enfants