J’ai 51 ans, j’ai eu 9 rendez-vous en un mois avec des divorcées de 45 ans et plus : pourquoi suis-je toujours célibataire ?

Jai 51 ans, un mois, 9 rendez-vous avec des femmes divorcées de 45 ans et plus : pourquoi suis-je encore seul

Paris, le 12 mai

Parfois, jai limpression que la ville toute entière est en couple, sauf moi. Trois ans déjà que mon divorce est derrière moi. À lépoque, jétais convaincu que, six mois tout au plus, et je retrouverais quelquun. Jai mon appartement du côté de Montparnasse, une situation stable, pas dalcool, pas de dettes, pas dextravagances. Javais 48 ans, jétais persuadé que personne ne resterait longtemps à ma place, seul.

Aujourdhui, j’ai 51 ans, et pourtant je continue à rentrer le soir dans un appartement silencieux, vide.

Ce nest pas que je ne fais rien. Rien que ce mois-ci, jai eu neuf rendez-vous. Toutes des femmes entre 45 et 52 ans, divorcées, indépendantes, « qui savent ce quelles attendent de la vie » du moins cest ce que disaient leurs profils sur les sites.

Après ce marathon, jai compris une chose dérangeante : ce nest pas quune question dâge, de physique ou dopportunité. Non, le souci est ailleurs.

Rendez-vous n°1. La femme-quiz

Sophie, 47 ans, analyste financier. Sur la photo, une femme soignée et souriante, pas de filtres ni de « chaton » en surnom. Cest elle qui avait entamé la conversation. Par messages, la discussion semblait fluide.

On se retrouve dans un petit café vers République. Elle est à lheure, commande un thé vert sans sucre. Je tente un abord chaleureux :

Parle-moi de toi, quest-ce qui tanime en ce moment ?

Sophie sort calmement son téléphone, scrolle, et me répond :

Pour gagner du temps, j’ai préparé une liste de questions. On saura vite si ça colle.

Elle ouvre lappli notes. Premier point : finances communes. Deuxième : prêt immobilier, es-tu prêt à accepter le mien ? Trois : envisages-tu encore des enfants ? Quatre : accepterais-tu de déménager ? Cinq : combien donnes-tu à tes enfants, et vois-tu souvent ton ex ?

Pendant une heure, jai répondu comme lors dun entretien dembauche. Chaque réponse, on sentait quelle mettait une croix ou une coche dans une colonne interne.

En voulant inverser, poser des questions sur ses passions, elle ma arrêté net :

Finissons la liste dabord, sil te plaît. Cest important.

Après une heure et demie, elle referme son téléphone, me remercie poliment puis plus aucun signe. Jimagine que je nai pas décroché le job.

Rendez-vous n°2. Lombre de lex

Claire, 48 ans, professeure de français. Chaleureuse, une douceur fatiguée dans la voix. Nous avions décidé de marcher dans le Jardin du Luxembourg.

La promenade commence bien, mais dès que jévoque mon amour du cinéma, elle enchaîne :

Ah, mon ex détestait les films. Il disait que cétait une perte de temps.

Plus tard, javoue aimer préparer de bons petits plats.

Le mien ne savait même pas se faire une infusion. Tout était « affaire de femme ».

À chaque sujet, lex surgit comme un fantôme. La voiture ? « Il avait peur de conduire. » Le logement ? « Il a habité chez sa mère jusquà ses quarante ans. » Les vacances ? « Jamais voyagé, trop radin. »

Je comprends quà ses yeux, je ne suis quun support de comparaison, comme un mur face à ses blessures passées. Elle ne cherche pas un compagnon, mais un anti-ex, tout simplement.

Rendez-vous n°3. Lex omniprésent

Ariane, 49 ans, architecte dintérieur. Élégante et originale, bijoux choisis, sac atypique, parfum discret. Enfin, je me surprends à croire à une conversation sincère et légère.

Trente minutes agréables, on parle livres, voyages, travail puis elle me lance :

Tu sais, mon ex disait exactement ça Et puis au final, cétait creux.

Tout senchaîne en confession sur son passé : ce quelle a enduré, ce quil na jamais tenu, comment elle a porté la famille seule Chaque phrase semble être jugée à laune de lancien.

Jessaie de varier les thèmes, de parler delle. Mais il y a un troisième couvert à table : son ex, invisible mais omniprésent.

Comment bâtir quelque chose de neuf dans cette configuration ?

Rendez-vous n°4. « Lamour, cest du luxe »

Mathilde, 50 ans, comptable. Posée, ponctuelle, nous retrouvons un café près de Saint-Lazare. Je tente lhumour, la légèreté : elle répond dun « daccord » tout en cochant une case imaginaire. Mes anecdotes ? Un haussement de sourcils, comme au bilan comptable.

Tu as des hobbies ? Travail.

Et pendant ton temps libre ?

Il y en a peu.

Pour toi-même, tu fais quoi ?

Je range.

Je tente :

Pourquoi chercher une relation aujourdhui ?

Elle répond du tac au tac :

Jai besoin de stabilité. Un homme fiable à mes côtés.

Et lamour ? ose-je.

Un haussement dépaule :

À notre âge, cest du luxe, lamour. Le principal, cest le confort.

Je me rends compte quelle cherche non pas un être vivant, mais un meuble fiable un placard solide.

Et moi, je ne veux pas être une armoire

Rendez-vous n°5. Madame checklist

Isabelle, 51 ans, cadre supérieure. Allure déterminée, sac à main griffé, regard qui ne tergiverse pas. Elle a choisi le restaurant, plutôt chic.

Dès les premiers échanges :

Jai passé lâge de jouer. Je veux du sérieux. Es-tu prêt à ça, ou cest juste pour passer le temps ?

Je me sens lycéen à loral du bac. Je réponds, bêtement :

Prêt.

Elle énumère, implacable :

Un homme doit gagner au minimum autant quelle,
Partir deux fois par an en vacances à létranger,
Respecter sa carrière surtout, et ne jamais demander plus dinvestissement à la maison,
Être prêt à rencontrer ses enfants adultes au bout de trois mois,
Accepter ses amis, son rythme, sa façon de vivre.

« Doit » résonne plus fort que mon prénom. Au fil du dîner, je comprends quil ny a pas de place pour le dialogue, mais juste une case à remplir sur un dossier.

Où est la rencontre, limprévu, la tendresse ?

Rendez-vous n°6. Recherche papa

Solène, 46 ans, chef de projet. Jeune d’esprit, habits colorés, vernis flashy, rire éclatant un vrai rayon de soleil après une série de femmes si sérieuses.

Mais vingt minutes plus tard, le rayon se transforme en SOS déguisé :

Tu ty connais en bricolage ? Tout tombe en panne chez moi…
Tu as une voiture ? Je nai personne pour me dépanner
Tu comprends la fiscalité ? Je déteste les impôts, tu pourrais maider ?

Au fond, chaque question réclamait quon la prenne en charge. Elle dit :

Je rêve dune épaule forte, quelquun qui soccupe de moi, qui prenne les décisions.

Généreusement, je souligne :

Tu es une femme indépendante, tu ten es sortie, non ?

Elle soffusque :

Typique raisonnement masculin ! Vous navez pas envie de prendre soin de nous.

Pour elle, « protection » veut dire délégation totale. Mais je ne veux pas redevenir le père de quelquun.

Rendez-vous n°7. La femme martyr

Hélène, 46 ans, comptable. Discrète, réservée, presque effacée. Je me réjouis secrètement : « Enfin, pas de questions pièges ! »

Vingt minutes, des réponses brèves, puis elle commence à dérouler : son mari parti avec une plus jeune, léducation des enfants, léconomie sur tout, les nuits sans sommeil, personne pour aider. Les récits sur linjustice, la tristesse, les sacrifices se succèdent.

Jai tout donné à la famille et je termine seule.

Jai stoppé ma carrière pour lui ! Même pas un merci

Mes enfants ? Ils nont pas le temps de mappeler.

Jessaie dêtre présent, mais elle ne souhaite ni réconfort ni échange. Elle parle pour vider son sac, sans attendre lavis de celui qui écoute.

En sortant, jétais vidé limpression davoir porté les valises dune inconnue jusque chez elle.

Rendez-vous n°8. La contrôleuse

Véronique, 52 ans, médecin. Précise, ponctuelle, organisée. On sinstalle dans un café, elle avait réservé un coin tranquille.

Je commande un cappuccino, elle note tout de suite :

Tu aurais dû prendre un allongé, le lait passé cinquante ans, cest mauvais pour le foie.

Je raconte une anecdote sur linformatique qui seffondre au boulot.

Mais tu as dit mardi, alors quil y a deux minutes cétait mercredi, tu te contredis.

Par inadvertance, je confie coucher tard.

Ce nest pas sain. À notre âge, il faudrait dormir avant 23h, ta santé en dépend.

Elle commente tout. Jimagine notre avenir : une vie passée sous inspection permanente, des ordonnances au lieu de paroles douces.

Ce nest pas ce nouveau style de vie que jattends, décidément.

Rendez-vous n°9. Diagnostiqueuse pro

Valérie, 53 ans, psychologue. Jespérais beaucoup : enfin quelquun qui sait ce quest la compréhension, les limites.

Lillusion aura duré un quart dheure.

Je dis :

Jaime le silence, les ambiances calmes.

Elle tranche :

Tu es un introverti évitant, une forme dattachement insécurisant.

Je parle de mon divorce :

Trois ans sans relation sérieuse ? Tu dois souffrir dune peur de lintimité.

Je commande un steak.

Typique, le rouge pour compenser linsécurité interne.

Chaque parole se mue en diagnostic. Je ne suis pas un homme, mais un dossier clinique à ses yeux.

En fin de soirée, elle conclut :

Tu es intéressant, mais daprès moi, pas prêt pour une relation mature.

Je lui ai répondu :

Tu as sans doute raison.

Et je me suis rendu compte que je navais même plus envie de discuter. Être un « cas » mépuise.

Le retour, ce soir-là, fut amer. Devant ma tasse de thé, je ressasse chaque rendez-vous, les images reviennent comme un vieux film.

Aucune, finalement, ne cherchait vraiment un homme. Certaines cherchaient un valideur de checklist, dautres un clone à lopposé de lex, dautres un psychologue gratuit, ou un meuble confortable, ou un père, ou un objet de contrôle toutes avec leur scénario, leur vieux sac sur lépaule.

Mais aucune ne cherchait juste : un homme, avec ses failles, ses espoirs, son histoire.

Pourquoi sommes-nous seuls alors ?

Mes amis mincitent :

« Sors avec des plus jeunes ! Avec elles, cest plus simple. »

Honnêtement ? Je ne crois pas que le problème soit celui du chiffre sur la carte didentité.

Bien sûr, passé quarante-cinq ans, chacun a ses bagages : divorces, enfants, dettes, maladies. Cest la vie. Le problème nest pas le poids du bagage, mais la volonté de sen occuper par soi-même. Souvent, on cherche celui ou celle qui rangerait, soignerait, panserait, remplacerait.

On ne va pas vers lautre : on va vers ce que lautre pourrait réparer en nous.

Et nous, les hommes, valons-nous mieux ?

Ce serait malhonnête de prétendre que les femmes seules portent leur valise de douleurs. Nous aussi, nous avons nos peurs, notre entêtement, nos habitudes, nos « démons ». Simplement, nous cachons tout cela, on nen parle pas comme elles, rarement des check-lists et des procès-verbaux, mais le bagage existe bel et bien.

Alors, et si le problème nétait pas tant davoir des cicatrices à plus de quarante-cinq ans, mais de ne pas savoir ou oser les reconnaître, les assumer, les traiter comme notre affaire, pas un fardeau confié à lautre ?

Question à tous les divorcés ou remariés

Ce mois-ci, neuf rendez-vous. Pas trouvé lâme sœur. Mais que de façons daimer, de voir, de souffrir et un miroir sur mes propres travers.

Vous aussi, avez-vous rencontré ce sac de pierre dans les relations, après la quarantaine passée ?

Messieurs, reconnaissez-vous vos ex ou même vous-même dans ces histoires ? Comment avez-vous fait ?

Dames, voyez-vous là, entre ces lignes, votre chemin ou celui de vos amies ? Cherchez-vous un compagnon ou un sauveur, un juge, un père, un public ?

Et surtout : est-il encore possible, après quarante-cinq ans, de tisser une histoire à deux sincère, si lon ose regarder ses blessures en face et ne pas les poser sur lépaule dun autre ?

Jattends vos histoires. Peut-être maideront-elles à comprendre ce qui fait de nous des solitaires, à Paris ou ailleursPeut-être que la solitude nest pas ce vide effrayant, mais un passage, une zone de transition où, enfin, on apprend à vivre avec ses failles avant de tenter dhabiter celles dun autre. Ce soir, jéteins le téléphone, stoppe les applis, arrête les marathons de rendez-vous et, pour la première fois depuis longtemps, jaccepte dêtre seul sans angoisse. Jouvre la fenêtre, la ville bruisse dhistoires que je ne connais pas et soudain, la question nest plus « pourquoi suis-je seul ? », mais « qui suis-je devenu, grâce à cette solitude ? »

Il y a de la lumière, quelque part, à se choisir soi dabord. Il y a une forme despérance à ne pas troquer sa paix intérieure contre la promesse bancale dun couple à tout prix.

Un jour, peut-être, sur un banc ou à la terrasse dun café, je croiserai un regard, un sourire pas pressé, une femme qui, elle aussi, aura cessé de chercher un réparateur ou un substitut. Nous serons deux, côte à côte, non pas pour combler des manques, mais pour additionner nos élans.

Et pour la première fois, peut-être, ce ne sera pas lhistoire de nos valises trop lourdes, mais celle de deux voyageurs qui, simplement, décident davancer un moment ensemble, chacun portant la sienne enfin libérés du besoin dêtre sauvés.

La solitude, ce soir, ne me fait plus peur. Elle ma rendu à moi-même et cest peut-être de là, vraiment, que pourra naître une autre histoire.

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