Valérie se dirigeait vers son travail quand elle réalisa soudain quelle avait oublié son téléphone à la maison. Elle fit demi-tour, entra dans lascenseur et se retrouva bloquée au huitième étage ! Valérie attendait quon vienne la libérer, lorsquelle entendit la voix de son mari, Gaspard, dans le couloir, en pleine conversation avec une autre femme.
Ma chère Clémence, disait-il dune voix douce, comme jai hâte dêtre de nouveau à tes côtés !
Ce soir, nous serons ensemble, répondit la femme. Je tattends après dix heures.
Ton mari travaille encore de nuit ce soir ?
Toute la semaine, il est de garde, répondit-elle tendrement. Il part à vingt-et-une heures trente, il revient à la même heure le matin. Il ne va pas tarder à revenir, nous devons nous dépêcher.
Valérie nen croyait pas ses oreilles.
Les deux parlaient tout près de la porte de lascenseur, inquiets que celui-ci narrive pas. Ils finirent par comprendre quil était en panne et descendirent par lescalier.
Pendant leur conversation, Gaspard remercia encore Clémence pour la joie de leurs rendez-vous secrets et les doux moments passés ensemble.
Dabord, Valérie pensa quelle rêvait ; ce nétait peut-être pas son mari. Mais lorsque Clémence appela Gaspard par son prénom, puis celui de Valérie fut glissé dans la discussion, le doute nétait plus permis. Son époux la trompait, et qui plus est, avec la voisine de lappartement 40.
Valérie fut abasourdie.
Eh bien voilà ! pensa-t-elle, elle habite au huitième Tout sexplique. Maintenant je comprends où tu vas vraiment lorsque tu prétends sortir prendre lair le soir. Tu vas voir, tu ne risques pas doublier cette promenade
Quand les techniciens finirent enfin par ouvrir la porte de lascenseur, Valérie avait déjà imaginé sa vengeance.
Le soir venu, comme chaque nuit, Gaspard annonça à Valérie quil allait « marcher un peu pour prendre lair ».
Val, je sors une heure, dit-il.
Mais il pleut dehors ! sexclama Valérie.
Jai besoin de bouger, cest bon pour la santé, et le balcon ne suffit pas.
Tu pourrais rester ici ce soir, non ?
Jemporte un parapluie, ne tinquiète pas. Je ne crains rien.
Ce nest pas ton jour, Gaspard.
Je ne crois pas à tes superstitions, fit-il en haussant les épaules. Je reviens dici une heure.
Pourtant, Gaspard fut de retour au bout de trente minutes seulement. Le mari de Clémence venait dêtre contacté par un inconnu qui lavait averti de la trahison de sa femme avec un voisin !
Valérie ouvrit la porte, gardant la chaîne en place.
Où est ton parapluie ? Et tes chaussures ? Où est ton manteau ?
Des types mont abordé et dépouillé ! Tu te rends compte ? Laisse-moi entrer, jai froid !
Tes affaires sont à côté du local poubelles, annonça Valérie. Va saluer Clémence pour moi.
Qui ça ?
Ta chère amie du huitième.
Puis Valérie referma la porte et alla sinstaller devant la télévision.
Finalement, je suis bien contente que nos enfants soient partis vivre leur vie, pensa-t-elle. Au moins, ils nauront pas été témoins de tout ça.
Gaspard courut récupérer sa valise près des poubelles, shabilla à toute vitesse, et sortit de limmeuble. Il voulut alors appeler un taxi, mais il se rendit compte que son téléphone était resté chez sa maîtresse. Il pensa demander celui de Valérie et tenta de rentrer chez eux mais se retrouva à nouveau coincé dans lascenseur ! Cette fois-ci, à cause dune coupure générale délectricité. Lui aussi resta bloqué au huitième.
Lorsque lélectricité fut rétablie, Valérie était déjà partie au travail. Et Gaspard, sans trousseau ni clé, sapprêta à descendre à pied. Au huitième étage, il croisa Clémence, qui attendait elle aussi lascenseur, une valise à la main.
Tu as mon téléphone ? demanda-t-il.
Oui et tes affaires aussi, répondit-elle nerveusement.
Parfait
Ils descendirent ensemble, puis un taxi les sépara, chacun partant de son côté.
Cette nuit marqua un vrai bouleversement dans la vie de Valérie. Elle comprit que la vérité finit toujours par éclater, et quon ne peut bâtir le bonheur sur des secrets. Même après la tempête, il y a la force de se redécouvrir et de recommencer, si on ne perd pas foi en soi-même. La sérénité vient parfois lorsquon se choisit, même après lamertume.






