Je me demande aujourdhui pourquoi je suis venue. C’est à cause de lappartement, peut-être ? Peut-être à cause de tout ce silence qui s’est installé entre nous. Ce soir-là, je suis arrivée devant la porte de Madame Valentina Cottin sans avoir complètement décidé de ce que j’allais dire. Mes mains tremblaient un peu. Jai frappé. Elle ma ouvert, droite dans louverture, les bras posés contre le chambranle comme si elle protégeait l’entrée non seulement de son appartement, mais de sa propre vie.
Pourquoi tu es là ? demanda-t-elle sans même un bonsoir.
Bonjour, Madame Valentina.
Je tai demandé pourquoi tu es là.
J’hésitai. Mes yeux se posèrent sur le paillasson délavé, bleu bordé de blanc, celui que javais moi-même acheté aux puces de Vanves il y a longtemps. Il était toujours là, usé, mais pas encore remplacé.
Je peux entrer ?
La pause fut longue. Mais finalement, elle se poussa sans un mot et se dirigea vers la cuisine. J’ai compris que cela valait invitation.
Une odeur maccueillit dans le petit couloir, familière mais différente. Avant, cétait celle de la veste de Gaspard, imprégnée de tabac, accrochée au crochet à gauche. Maintenant, il n’y avait que cette vieille robe de chambre écossaise, et une bonnet tricoté à la main.
Dans la cuisine, Valentina manipulait bruyamment la bouilloire. Elle navait pas lair de vouloir offrir du thé, cétait seulement pour occuper ses mains.
J’ai vu de la lumière à la fenêtre, jai dit. Je passais par hasard.
À vingt-deux heures ?
Le bus était en retard. Jai attendu à la station.
Après avoir posé la bouilloire, elle se tourna vers moi, observatrice, méfiante la façon dont on regarde quelquun quon narrive pas à pardonner, même après tout ce temps.
Installe-toi alors, murmura-t-elle.
Jai accroché mon manteau sur le crochet de gauche, puis, prise dun doute, je lai déplacé à droite.
Nous nous sommes assises face à face. Elle a versé le thé, sans fioritures, et a poussé la tasse devant moi, sans me demander si jen voulais. Le sucre a glissé vers moi. Tous ces gestes automatiques, ces réflexes hérités dun autre temps, quand recevoir était évident.
Comment vas-tu ? ai-je tenté.
Ça va. Comme toujours.
Ses mains, veinées, tachées par le temps, enserraient leur tasse trop fort pour que son « comme toujours » soit vrai.
Je voulais quon parle, dis-je.
De quoi ?
Un peu de tout.
Des papiers ?
J’ai hésité.
Pas seulement.
Elle but une gorgée, posa la tasse avec ce petit bruit sec qui en disait plus que tout.
Pour les papiers, vois le notaire. Jai déjà dit mon mot.
Je sais.
Alors pourquoi revenir là-dessus.
Ce nétait pas une question et je ne répondis pas. Je bus une gorgée de thé trop chaud, la reposai vite.
Par la fenêtre, la pluie fine de Paris filtrait la lueur orangée du lampadaire qui oscillait et dessinait de faibles ombres mobiles sur le rebord.
Je connaissais cette cuisine par cœur. À gauche, le tiroir plein de vieilles piles et délastiques, souvenirs de Gaspard, convaincu que « ça peut servir ». Sous lévier, ce seau quon ne sort que quand la tuyauterie fait des siennes inévitable chaque automne. Derrière le frigo, la pièce où sétait glissée une pièce de 2 euros, quon avait tenté de récupérer un long quart dheure, tous à rire, même Alex.
Alex. Trois mois déjà.
Jai apporté de la confiture, dis-je. À la prune. Je lai laissée dans le sac près de la porte, au cas où tu ne laurais pas vue.
Elle jeta un regard distrait vers le couloir.
Oui, jai vu.
Tu aimes la confiture de prune.
Jaimais. Un temps. Jaime.
Son lapsus ma touchée. Elle ne savait plus vraiment dans quel temps elle habitait.
Je comprenais ça. Moi aussi, parfois, jemployais le présent pour parler de lui, et la phrase mourait dans le vide.
On ma dit que tu allais voir Thérèse à La Rochelle, dis-je.
Jy ai pensé. Mais je ne suis pas partie.
Pourquoi tu hésites ?
Elle haussa les épaules.
Ce nest jamais le bon moment.
Mais nous savions toutes les deux la vérité : lappartement était difficile à laisser seul. La peur du vide au retour. Peut-être aussi la crainte du regard de pitié de Thérèse, que Valentina ne savait pas accepter.
Madame Valentina je ne suis pas venue pour les papiers, dis-je plus doucement.
Elle me regarda, sans que je sois sûre de comprendre si elle me croyait.
Je sais que tu men veux, dis-je alors.
Je ne ten veux pas.
Daccord.
Je ne comprends juste pas, murmura-t-elle, la voix soudain étrangement vivante. Je ne comprends pas comment tu peux Six mois sont passés. Tu avances, on dirait. Moi, je reste.
Je ne lui ai pas dit quelle se trompait, que je stagnais aussi, même si ça ne se voyait pas. Jai gardé le silence.
Je tai vue, reprit-elle. Lucie, la voisine, ta vue elle aussi. Avec un homme, au café, en août. Rue des Jardins.
Cest Antoine, un collègue. On travaillait sur un dossier.
Un collègue, répéta-t-elle mécaniquement.
Elle se leva, sapprocha de la fenêtre, dos à moi, yeux sur la pluie et le halo doré.
Alex taimait, tu sais, lança-t-elle. Peut-être plus que tu ne limaginais.
Je savais.
Jen doute.
Jai serré ma tasse si fort que lanse a failli céder. Jai senti que si je parlais, je dirais trop. Alors jai choisi de me taire.
Je ne pense pas que tu sois mauvaise, dit-elle. Tu es jeune, tu nas pas fini ta vie. Moi, jai soixante-huit ans, javais un fils. Un seul.
Je sais.
Et aujourdhui il nest plus là. Et tu viens avec de la confiture.
Ce nétait pas cruel, juste exact. Je me sentais presque reconnaissante pour cette franchise impossible à nommer.
Je ne sais pas faire autrement, murmurais-je. Venir sans rien aurait encore été plus dur.
Valentina me regarda, attentive, comme si elle me découvrait.
Tu as pleuré, avant de frapper ?
Oui.
Dans lescalier ?
Un peu.
Il y eut un très léger changement dans son visage peut-être une détente.
On est deux idiotes, dit-elle.
Pour la première fois de la soirée, ce fut simple.
Nous avons gardé le silence, puis le bruit de la pluie sintensifia, palpable enfin.
Dis-moi, pour le testament Quest-ce qui ta blessée ? Je veux lentendre de toi, pas du notaire.
Son étonnement était palpable. Comme si personne ne lavait incitée à parler vraiment.
Cest lappartement, commença-t-elle. Lappartement de mon fils. On la acheté au prix de tous nos sacrifices, avec Paul, son père, pendant huit ans. On voulait quil ait son chez-soi. Il y a vécu, tu y as vécu aussi, je ne dis pas le contraire… Mais aujourd’hui, sur le papier
Sur le papier, il me revient, dis-je.
Vous nétiez pas mariés.
Nous avons vécu ensemble pendant six ans.
Je sais. Mais je croyais Je pensais que, dune manière ou dune autre, jaurais encore ma place. Pas me sentir étrangère dans son histoire.
Cest Alex qui a écrit le testament. Personne dautre.
Je sais Il a sûrement bien fait. Je ne suis même plus en colère Juste, je ne comprends pas.
Quoi donc ?
Tu as dit à Lucie que tu partirais peut-être, que lappartement était trop grand pour toi seule. Pourquoi le garder alors ?
Je ne sais pas encore ce que je vais faire.
Si jamais tu décides de vendre, promit-elle, tu men parleras dabord ? Avant de mettre des inconnus ici ?
Là, j’ai compris : ce nétait pas quune question de murs. Cétait le lien qui comptait. Être la première à savoir.
Je te le promets, répondis-je.
Elle hocha la tête, brève, puis se resservit du thé.
Tu as mangé aujourdhui ? demanda-t-elle.
Ce matin.
Ce matin. Elle se leva, ouvrit le frigo. Jai fait une soupe de vermicelle. Tu veux ?
Oui, volontiers.
Je la regardai préparer le dîner, son dos ramassé. Dans une autre vie, peut-être, nous aurions été amies. Nous aurions arrosé le jardin ensemble, partagé les anniversaires. Ou pas. Peut-être que malgré tous nos efforts, cette prudence, cette distance entre nous auraient toujours existé.
La soupe était simple, quelques carottes, de loignon, des miettes de persil. Juste ce quil faut.
Cest bon, dis-je.
Nexagère pas.
Cest vrai, cest bon.
Elle mangea, regard baissé. Puis :
Il te cherchait à lhôpital, tu sais ?
J’ai arrêté ma cuillère.
Quand ?
Ce printemps-là, quand tu es partie à Nice pour ce congrès. Il y a été admis pour des examens, jallais le voir. Il demandait chaque jour quand tu rentrerais. Je disais que je ne savais pas. Il répétait que tu devais revenir. Aujourdhui, demain, après-demain.
Je suis revenue dès que jai su.
Je le sais. Je ne te reproche rien, juste je voulais que tu le saches, que quelquun dautre que moi le sache.
Cétait honnête. Je sentis ma gorge se serrer. Je bus un peu de thé, froid à présent.
Il ne voulait pas quon le plaigne, mentendis-je dire. Jai toujours pensé que je faisais pour le mieux.
Peut-être que tu faisais bien, peut-être pas. Qui peut dire ?
Ce « qui peut dire ? » chuta dans la pièce comme un poids doux.
Nous avons débarrassé ensemble, puis Valentina revint avec des biscuits, émiettés au fond dune boîte cartonnée, du Carrefour du coin.
Lucie ma dit daller à latelier du jeudi, à la mairie, pour peindre à laquarelle. Un club du troisième âge.
Tu veux y aller ?
Je ne sais pas. Ça me paraît ridicule, à mon âge.
Pourquoi ?
Jai soixante-huit ans, Amandine.
Ce nest pas vieux. Cest le bon moment, au contraire.
Un sourire, esquissé.
Tu parles comme une assistante sociale.
Et toi, tu agis comme une vieille de cent ans.
Elle grignota le biscuit.
Jai toujours été occupée. Paul, puis Alex, puis le travail. Jai jamais su rester à ne rien faire. Peindre, cest ne rien faire.
Peut-être faut-il apprendre.
Tu dis ça, mais cest difficile aussi, parler.
Cest vrai. Pour moi aussi.
Tu vas tinscrire, toi, à latelier ?
Non. Mais jaimerais trouver comment comment continuer. Jai le travail, les amies, tout ce quil faut. Mais parfois je rentre et la maison parait si vide. Jattends quil entre, quil dise une bêtise, et tout serait à nouveau à sa place.
Valentina eut un petit rire.
Alex disait les plus grandes bêtises, tu te souviens ? Une fois, il ma annoncé quenfant, il croyait que les mulots étaient de minuscules moulins
Il ma expliqué que « éléphant » se disait « zaam » en mongol. Et il trouvait ça drôle, parce quon aurait dit quils étaient « certains deux ».
Valentina rit à nouveau. Un rire court, surprenante dans ce silence.
Il avait toujours des histoires comme ça. Dès cinq ans, toujours plongé dans un livre.
Il ma montré une photo de lui à huit ans, à la campagne, sur les marches, livre à la main, tous les autres jouaient autour.
Je me souviens, soupira-t-elle. Paul avait son potager, tout le monde y allait sauf Alex, dans ses romans daventure.
Quil lisait déjà sur la mer, sans le connaître en vrai.
Quand il l’a vue pour la première fois, il m’a dit : « Elle est moins grande quen livre. »
Je souris. Alex me lavait raconté, mais différemment. Étrange de voir que lhistoire navait pas de version définitive. Chacun la recréait à sa façon.
Nous avons évoqué Paul, le père dAlex, disparu avant que je rentre dans leur vie.
Il te manquait beaucoup, dis-je.
Oui. Chaque jour. On sy habitue, mais ce nest pas de loubli.
Non, cest autre chose.
Le silence revint.
Dis-moi encore des choses dAlex enfant. Il naimait pas en parler.
Elle me jaugea.
Pourquoi ?
Je veux savoir, tant quil y a quelquun pour me raconter. Après, il sera trop tard.
Elle prit un instant, disparut dans la chambre et revint avec une boîte à chaussures.
Jai trié un peu ses affaires en septembre. Garde ce que tu veux.
Il y avait là des cahiers, de vieux jouets, des dessins. Je pris un cahier, sur la première page, son écriture maladroite, « Alex Cottin, CE1 ».
Bon sang, soufflai-je.
Voilà À chaque fois que jouvre cette boite, je me le dis.
Nous avons feuilleté. Elle racontait, moi jécoutais. Comment il avait voulu marcher sur la tête à six ans, ramassant des bosses pendant des jours. Comment il avait accueilli un chat quil considérait comme un colocataire, et, le jour où il disparut, Alex expliqua quil avait le droit de vivre sa vie.
Il disait quil voulait être informaticien à quatorze ans, rien que pour pouvoir travailler en chaussons.
Je souris.
Le temps passa, presque minuit, lorsque je consultai discrètement lheure.
Il faut que jy aille. Mon bus part bientôt.
Reste, proposa-t-elle, soudain, presque à contrecœur. Je préparerai le canapé.
Tu es sûre ?
Pourquoi ça dérangerait ?
Elle préparait le lit pendant que je rinçais les tasses. Le reflet flou de la cuisine dans la fenêtre, la lumière jaune, mon visage : tout avait une douceur inattendue. Trois mois plus tôt, je naurais jamais imaginé une nuit comme celle-ci.
Jai songé que dans le deuil, il y avait des choses où la loi et les notaires ne suffisent pas. Il faut seulement venir, avec un pot de confiture ou rien, sasseoir, attendre que le silence fasse son œuvre.
Saurais-je jamais quoi faire de tout ça ? Peut-être que ce soir, un mince fil sest retissé.
Dans la chambre, rien navait changé. Même canapé trop mou, même plaid à carreaux « marron » en vrai, couleur terre cuite. Avant de mendormir, jai aperçu les livres sur létagère, la plupart venus de Paul. Parmi eux, un mince, inconnu. Je lai pris : « Lettres de nulle part », dédicacé de la main dAlex : « Pour Maman. Lis doucement. Je taime. »
Je lai reposé sur létagère, longue pause vers la pénombre.
Dans la nuit, jentendais Valentina marcher, leau couler brièvement, la vie continuer, malgré tout.
Au petit matin, elle préparait de la bouillie davoine salée comme ma mère le faisait, il y a bien longtemps, avec un verre de jus dorange à côté. Dehors, un Paris mouillé, presque nu.
Tu commences à quelle heure ? demanda-t-elle.
Dix heures. Ça va.
Tu prends le métro ?
Oui, troisième station.
Je men souvenais. Cest Alex qui me lavait dit.
Nous avons mangé en silence. Étrange comme tout semblait revenu à l’essentiel, à lépure, presque doux.
Puis Valentina apporta une lettre pliée dans un vieux papier kraft.
Jai retrouvé ça en rangeant. Il na jamais fait son service, mais il est allé en stage militaire avec son école, et il ma écrit cette lettre. Ce nest pas pour toi, cest pour que tu saches comment il était.
Jai déplié deux feuillets manuscrits. Il écrivait sur le peuplier devant la caserne, la brume du matin, son envie de rentrer manger les tartes de sa mère. Sur le silence de sa chambre qui lui manquait.
Je peux en faire une copie ? Ou une photo ?
Prends-la. Elle sera mieux avec toi. Je n’en ai plus lusage. Pour la première fois, elle dit mon prénom : Amandine, prends-la.
Ce matin-là, je navais pas de mots. Jai rangé la lettre dans mon sac, un geste solennel.
En nettoyant la cuisine, nous étions plus en phase. Moins de gêne, plus dhabitude.
Va voir Thérèse, dis-je. Lappartement tattendra, elle, peut-être pas.
Elle dit que je la néglige. Je finirai bien par y aller.
Madame Valentina.
On verra. Pas la peine dinsister.
Jai accroché le torchon, passé mon manteau.
Je peux repasser te voir si tu veux. Pas trop souvent. Mais parfois.
Long silence. Elle avait le torchon dans les mains, regard ailleurs.
Reviens. Je ferai de la soupe.
Avec des vermicelles ?
Tu préfères au sarrasin ?
Les vermicelles iront très bien.
Daccord, cest entendu alors.
Je me rhabillai, elle maccompagna sur le pas de la porte.
Merci pour la nuit.
Va, tu vas rater le métro.
Avant de sortir, je demandai :
Le livre quAlex ta offert, sur létagère Tu las lu ?
Jai commencé. Doucement.
Il a écrit « lis doucement ».
Je sais. Il me connaissait.
Je hochai la tête. La porte se referma.
Sur le palier, je sentais lodeur de lhumidité, la lumière tremblante des escaliers, les bruits lointains des voisins. Il fallait descendre.
Dehors, cétait toujours ce gris doctobre, les gens pressés, les pigeons affairés sur la place. La vie pour qui rien ne s’était passé, et pourtant tout touché.
Je prenais le métro et me disais que la réconciliation, ce nest pas un moment, ni une décision ; cest ça, simplement. La soupe, les cahiers, la nuit sur un vieux canapé, la lettre pliée tout au fond dun sac.
Je ne savais pas ce qui viendrait. Ni comment on composerait, Valentina et moi, avec ce lien bizarre : ni belle-mère, ni amie, autre chose. Deux vies reliées par un amour pour Alex, différemment, et ça nobligerait jamais lamitié, mais tenait en respect la solitude.
Dans mon sac, la lettre. Je la garderai pour ce soir, à la maison, sous la bonne lumière.
À quelques stations de mon bureau, jenvoyai un message : « Bien arrivée. Merci pour le petit déjeuner. »
La réponse vint vingt minutes après, alors que jenfilais ma blouse : « De rien. Jai mis la confiture dans le placard. »
Jai coupé mon téléphone. En dehors, des rires, le ciel gris-blanc. Peut-être, ce soir, le soleil y penserait.
Je partis en réunion.
Le vendredi soir, au moment de préparer mon dîner, Valentina appela.
Je pars chez Thérèse samedi matin.
Cest bien.
Pour dix jours.
Parfait.
Un silence, puis :
Je pouvais tappeler ?
Oui, bien sûr. Ça me fait plaisir.
Bon. Une autre hésitation. Dans la chambre, là où tu as dormi. Prends aussi le livre quand tu reviendras. Il était à Alex, après tout.
Javais la louche dans la main, la soupe frémissait.
Merci. Je le prendrai.
Cest tout, alors, conclut-elle. Je dois préparer mes affaires.
Bonne route.
Merci.
Un dernier temps, silencieux, plein dune chaleur dont on n’a plus honte.
Au revoir, Amandine.
Au revoir.
Quand jai terminé, jai regardé la nuit dehors, les lampadaires dans le quartier paisible.
Quelque part à La Rochelle, Thérèse ouvrait ses volets pour recevoir. Sur une étagère, un livre attendait, griffonné « Lis doucement. Je taime. » Une petite boîte de confiture de prunes, dans un placard inconnu.
Il ne reste vraiment que ça, peut-être : pas les actes du notaire, ni les mètres, ni les titres. Juste ça. La douceur dune confiture dans un autre appartement, une phrase griffonnée, une voix pas tout à fait à l’heure. Et on recommence à vivre. Jai remué la soupe.







