Vasili, le chat malin de Montmartre

Minou

Élodie, tu es complètement folle ! La concierge va te faire payer cher pour ça !

Mireille, quest-ce que je devrais faire alors ? Le jeter dehors ? Mais regarde-le ! Il est vivant !

Lui, il est vivant, mais je ne suis pas sûre que toi tu le restes si jamais elle le découvre.

Ma chère Mimi, arrête un peu ! Ce nest pas un tigre, cest juste un chaton. Tu penses quon peut au moins le garder quelques jours ?

Tu nas pas besoin de mamadouer, Mireille éclata de rire, caressant la minuscule tête de lintrus roussâtre. Tu crois que ça ne me fait rien ? Où as-tu trouvé cette misère ? Quelle maigreur Et sûrement malade, il ne tient même pas la tête. Un vrai trésor, tiens !

On sort ! Élodie prit lécharpe tricotée par Mireille sur le portemanteau et y enveloppa précieusement le petit animal gelé. Je sortais de mon service tout à lheure, je passais par le parc. Il était étendu sur lallée. Soit il a rampé hors des buissons, soit quelquun la carrément abandonné là. Il était déjà tout recouvert de neige, je ne laurais jamais remarqué sil navait pas été aussi roux. Je lai ramassé : il était comme un glaçon. Jai dabord cru quil était mort, puis jai senti son souffle. Alors jai couru jusquà la cité U, sans marrêter. Élodie sourit en versant du lait dans un vieux bol émaillé pour le faire chauffer. Madame Poirier ma lancé un de ces regards quand je suis passée devant sa loge. Même la bouche ouverte.

Garde-toi bien, car elle va forcément passer Oh Élodie, si elle te tombe dessus Tu te souviens de la scène avec Caroline quand elle avait ramené un chat ? Elle a failli la mettre dehors. Pas question danimaux, ici, on doit marquer lexemple !

Tu ne diras rien, hein, Mireille ? Élodie sarrêta sur le seuil, inquiète. Si jamais elle vient quand je ne suis pas là, cache-le, sil te plaît… Je lui réchauffe juste un peu de lait et jy retourne.

Vas, file ! Mireille emporta lécharpe et le chaton, vira de son panier les pelotes de laine, le couvrit soigneusement et fredonna, malicieuse : Rien vu, rien entendu, rien à dire ! Elle fit un clin dœil à Élodie, rabattit le couvercle, et chuchota : Allez, cours ! Naie pas peur !

Élodie sortit, et Mireille, saccroupissant près du panier, secoua la tête.

Voilà, cest du bonheur qui me tombe dessus, ça Toi, petite boule rousse, accroche-toi ! Élodie a le cœur tellement tendre ; si tu nous quittes, elle sera inconsolable Et moi, jai besoin dennuis en plus ?

Le chaton ne répondit rien, à peine capable de respirer, les yeux clos, insensible aux mots de Mireille.

La nuit tomba doucement sur la pièce ; Mireille ne voulait pas allumer la lampe tout de suite. Elle savourait ce crépuscule : la soirée entière devant elle. Autre chose que les jours où elle travaillait de nuit rentrer, se coucher aussitôt Là, elle pouvait lire, bavarder avec Élodie, sinformer sur ses amours avec Michel. Mireille soupira. Elle, au moins, Élodie, elle a quelquun ! Fiancé, bientôt mariée Et elle, Mireille ? Grande, solide, ma colosse, comme sa grand-mère lappelait fièrement quand elle remettait à leur place ses trois frères. Les gars, plus jeunes, étaient de sacrés chenapans, mais aujourdhui, ils étaient adultes, même que laîné venait de se marier, ce qui avait valu à Mireille un voyage au village. Et elle, toujours seule Quelle place pour une fille de sa carrure en ville ? Pourtant, on la respectait à lusine. On lui avait même proposé le séjour dété. À quoi bon ruminer tout ça, après tout ? Il y aura bien quelquun, un jour. Cest impossible autrement !

Élodie revint dans la chambre, cherchant une pipette pour nourrir le chat ; impossible de le faire boire directement dans une soucoupe il navait pas la force. Mireille mit son livre de côté et prit la relève :

Passe-le-moi !

Elle versa un peu de lait dans la pipette, maintint doucement mais fermement la tête du chat pour lui ouvrir la bouche, et souffla fermement :

Allez, bonhomme, ce nest pas pour quon tait recueilli que tu te laisses mourir de faim ici !

Le chaton crachotait, peinait, mais finit par téter quelques gouttes.

On appela le chat Minou. Madame Poirier mit presque un an avant de découvrir que les filles hébergeaient quelquun, jusquau jour où, par la fenêtre ouverte du rez-de-chaussée, elle vit passer une étoile rousse à queue touffue.

C’est quoi, ça ?

Son cri mit tout l’immeuble en émoi.

Madame Poirier, sil vous plaît ! Vous ne saviez même pas que nous avions un chat ! Il est si sage, et il chasse les souris !

Quelles souris ? Il ny en a pas, dans un foyer exemplaire comme le nôtre !

Ah non ? Mireille, bras croisés sur sa poitrine solide, plissa les yeux vers la concierge, poussant Minou du pied derrière elle. Les nôtres sont aussi exemplaires que le foyer : bien dodues, bien nourries ! Minou les dépose toutes alignées près de mon lit, chaque matin Je peux vous montrer, la prochaine fois ; tiens, on peut inviter le directeur de lusine, aussi, quil admire les prouesses de notre chasseur.

Mireille, tu nas pas froid aux yeux, toi ! Madame Poirier baissa soudain dun ton, jetant un œil sévère à Élodie. Cest toi, cette fois ? Et quand tu seras mariée, tu lemmènes, ton chat ?

Jen sais rien, Élodie gratta la tête de Minou. Il madore, mais il considère Mireille comme sa maîtresse Il serait malheureux sans elle

Allez, va ! Madame Poirier éclata de rire devant la mine déconfite dÉlodie. Vous parlez de lui comme dun homme, cest fou ! Cest un chat, ma grande. Là où il est nourri, il ira.

Nempêche Jaurais beau faire, il préfèrera toujours Mireille. Élodie céda Minou à sa colocataire, puis attrapa les épaules de la concierge. Alors ? On le garde ?

Petites rusées, va ! Madame Poirier haussa les épaules, levant un doigt menaçant. À condition quon ne le voie pas, ni ne lentende. Sinon, on sera tous dehors. Et à juste titre.

Le mariage dÉlodie eut lieu en grandes pompes et Mireille se retrouva seule avec Minou. Les jours commencèrent à s’étirer, plus longs, plus vides. Madame Poirier ne lui attribua pas aussitôt une nouvelle colocataire ; la vieille résidence touchait à sa fin, toutes espéraient déménager bientôt dans la nouvelle, dont le chantier avançait péniblement. Les week-ends, Mireille, comme les autres filles, allait donner un coup de main aux ouvriers, traînant dans les couloirs déserts, s’imaginant leur futur là-bas. C’est là qu’un jour, elle croisa ce qu’elle prit d’abord pour le destin.

Antoine, comme elle, était venu de province. Reste de fratrie, il avait veillé sur ses parents jusqu’à leur mort avant de venir tenter sa chance à Paris. Pas un sou en poche, pas de toit à lui, mais la vie y était bien plus légère et les filles, il nen manquait pas ! Pourtant, Antoine cherchait la perle rare : une épouse, avec un petit quelque chose en plus un appartement, de laide, un peu de sécurité Mireille ne correspondait pas du tout à ses critères. Mais il ne put ignorer la grande silhouette qui le dépassa dans le couloir, lui lançant un demi-sourire du haut de son mètre quatre-vingts.

Ses tentatives maladroites de séduction firent d’abord beaucoup rire Mireille.

Oh la la, tu me vois, avec lui ? Je pourrais lui tapoter le crâne, il arrive à peine à mon épaule ! plaisanta-t-elle à Élodie venue lui rendre visite.

Mais Mireille, tu exagères ! Cest pas la taille qui compte, non ? Il a lair honnête, non ?

Je ne sais pas Mireille perdait soudain son sourire. Je ne sais pas, Élodie

Elle observait Élodie, maintenant enceinte, caresser Minou, recroquevillé près delle sur le lit.

Ce nest pas trop dur ? demanda Mireille en sortant un pot de miel envoyé par ses frères.

Oh, pas tant que ça. Tu sais, jai limpression dêtre sur un quai de gare prête à monter dans un train pour un endroit heureux. Jattends juste quil arrive Élodie accepta le miel, embrassa son amie, salua le chat, Salut Minou, veille bien sur elle !

Était-ce ce ventre rond, ou la solitude qui saccrochait à Mireille, toujours est-il quAntoine s’imposa peu à peu dans la petite chambre. Minou, lui, ne laccepta jamais. À chaque venue du jeune homme, il feulait, dos rond, puis filait sur le rebord de la fenêtre, battant la queue, prêt à bondir. Mireille lenvoyait dehors exaspérée, sachant quil ne reviendrait quau cœur de la nuit, farouche, refusant caresses ou croquettes. Elle ne comprenait pas son manège.

Il est jaloux ? ricanait-elle aux questions de Madame Poirier, qui accueillait parfois Minou chez elle les soirs où Antoine était là.

Peut-être ; ou alors il sent quelque chose, tu sais Fais attention, Mireille, méfie-toi de ton Antoine. On ne sait jamais Il promet, il sen va et après, tu feras quoi ?

Non, merci, Madame Poirier. Il nest pas comme ça, jy crois pas.

Allez, ma fille soupirait la concierge, mais ninsistait plus. À toi de voir.

On devait leur donner raison, au chat et à la concierge.

Au début, Mireille navait pas prêté attention à sa fatigue. Un yaourt au goût acide, des champignons douteux envoyés dans un bocal ouvert Cela allait passer. Mais les semaines saccumulèrent et rien nallait plus. Toujours la faim, toujours la fatigue. En croisant Élodie qui promenait sa poussette, elle se plaignit et comprit soudain.

Mireille ! Comment cest possible ?! Mais tu lui as dit ?

Sous le choc, Mireille sentit tout se brouiller, la voix lointaine de Madame Poirier résonnant dans son esprit :

Fais attention

Bizarrement, ce simple avertissement lui remit les idées en place. Elle répondit à Élodie, se hâta vers chez elle. Il fallait prévenir Antoine. La liberté était finie il fallait préparer lavenir.

Mais cet avenir, elle allait devoir le bâtir toute seule.

Désolé Mireille, cest impossible. Comment veux-tu être sûre que cest de moi ? Jaccepte pas, non. Antoine repoussa le chat, qui lui sauta à la jambe, et il le chassa dun coup de pied. Lâche-moi !

Minou, têtu, bondit et sagrippa à la cheville, arrachant à Antoine un hurlement. Mireille, sans saisir comment, se surprit à sourire :

Crache-le, mon Minou ! Tu vas tempoisonner, va ! On na pas besoin de sales types chez nous. Quil dégage.

Longtemps elle resta là, raide sur sa chaise, fixant la porte refermée. Minou tournait autour de ses jambes, quémandant une attention, puis sinstalla sur ses genoux un privilège rare , ronronnant doucement jusquà ce quelle le repousse.

Allez, ça suffit de pleurer, Minou Jai envie de thé. Bien chaud.

Son fils, elle lenregistra sous son propre nom. Croisant lemployée de mairie qui remplissait lacte de naissance, elle soutint son regard :

Il na pas de père. Jamais eu. Sa mère suffit, non ?

Élodie prépara son trousseau, tante Martine trouva une poussette doccasion, Madame Poirier harcela la direction de lusine pour que Mireille et le petit obtiennent une meilleure chambre. Mais le chantier restait en plan

La chambre était glacée, impossible de boucher complètement les courants dair. Alors, elle ne chassait pas le chat du lit du petit, dès le début convaincue que ce minuscule paquet, hurlant et gigotant, devenait la propriété de Minou. Il sallongeait près de lenfant qui, senti la chaleur du chat, se calmait enfin. Mireille, amusée de cet étrange attachement félin, gâtait Minou avec ce quelle pouvait pas grand-chose. Largent manquait, heureusement que les frères de Mireille laidaient. Antoine disparut de Paris, ce qui nattristait guère Mireille : pas besoin de poison dans la mémoire, elle ne garda que le meilleur son fils.

La famille débarqua en force dès la sortie de maternité.

Quelle bouille ! Un vrai gaillard ! Mireille, cest tout toi !

En entendant ces mots, Mireille sentit les larmes monter ce qui ne lui arrivait jamais. Personne ne lui fit le moindre reproche. Bien au contraire, la femme de son frère lenlaça dans la cuisine et souffla à loreille :

Tu as eu raison ! Tu ne seras plus jamais seule. Et, fais-moi confiance, tu trouveras un homme bien. Tous ne sont pas comme ton Antoine. On taidera pour ton fils aussi. Il sera costaud, tu peux compter sur nous.

Promesse tenue. À tour de rôle, les frères de Mireille venaient toutes les deux semaines avec des commissions. À chaque panier déballé, Mireille sessuyait discrètement les yeux. Comme il en faut peu pour se sentir aimé ! Savoir que quelquun veille sur toi, sur ton enfant, que quoi quil arrive, il sera accepté comme le leur À ces moments, Mireille sen voulait dêtre si émotive mais bénissait sa chance.

La crèche fut une rude étape pour Paul : il tomba souvent malade, et Mireille courait entre lusine et la maison. Sans laide dÉlodie et de Madame Poirier, elle serait retournée au village ; mais vivre chez son frère, ça non Elle retardait linévitable autant quelle pouvait.

Veillant au chevet de Paul, fiévreux, Mireille repensait à ses amours manquées, se disait que peu de gens croisaient une vraie épaule où sappuyer. Elle savait désormais ce quelle voulait dun homme : pas de promesses en lair, pas de grands discours comme Antoine Un qui ferait bouillir du thé sans rien dire, puis dirait, « Va te reposer, je reste avec le petit. » Un qui, le week-end, les emmènerait au zoo, achèterait un ballon à Paul, vanterait sa soupe, fixerait létagère qui traînait depuis des mois Un qui serait là. Toujours.

Cétait ça, la famille.

Le sommeil trouvait Mireille tordue de fatigue sur sa chaise, sa tête retombant sur la table à côté du lit de Paul.

Une nuit, tout bascula.

Paul était malade depuis trois jours, la température refusait de baisser. La pédiatre du quartier, qui passait chaque soir sans être appelée, hochait la tête :

Je ne peux que vous dire de tenir bon. Vous faites tout bien. Il a de la force, il va sen sortir.

Mireille gardait Paul contre elle, épuisée. Madame Poirier lui apporta une casserole de bouillon chaud, posa sa joue contre le front brûlant du garçon :

Il est brûlant

Je narrive pas à faire tomber la fièvre

Cest peut-être bon signe, insista la concierge en jouant avec les doigts du petit. Signe que le corps lutte. Les médecins disent ça.

Je sais, mais ça ne console pas. Je nen peux plus de le voir pleurer, ça me fait trop mal.

Courage ! Mais toi, si tu craques, il nira pas mieux. Mangez, dormez un peu. Demain est un autre jour.

Mireille hocha la tête et prépara un cataplasme, tandis que Madame Poirier repartait.

Minou, allongé près de lenfant, agitait sa queue ; Paul essayait de lattraper, puis, épuisé, sendormit blotti contre le chat avant même que le cataplasme soit prêt. Mireille hésita à le réveiller, puis se ravisa.

Passant en cuisine pour réchauffer le bouillon, elle entendit soudain un bruit sec et les cris de son fils. Elle se rua dans la chambre. Ce quelle vit la pétrifia : une énorme rate livrait un combat à mort. Minou, rapide comme léclair, tournait autour delle, déjà blessé, loreille en lambeaux, le flanc ouvert. Mireille, armée dun tabouret, sapprêtait à frapper mais Minou, bondissant, agrippa la bête à la gorge. Elle eut toutes les peines du monde à lui faire lâcher prise.

Minou, mon brave ! Lâche, cest fini ! Tu as gagné !

Le chat gémit comme un petit, abandonna la lutte et se traîna vers la couchette où pleurait Paul. Mireille, horrifiée, découvrit une seconde rate, plus petite mais effrayante à ses yeux, recroquevillée dans le lit. Elle saisit Paul et ouvrit la porte en criant :

À laide !

Une heure plus tard, enveloppant soigneusement son fils, elle sinstallait chez Madame Poirier, qui lui donna les clés de son appart et promit de veiller sur Minou.

Mais quelle honte ! Des rats ! On vient juste de faire dératiser pourtant ! La concierge fulminait. Elle, si fière du foyer, se sentait impuissante face à limmeuble décati.

Elle nettoya la chambre de Mireille, soigna Minou, installa le valeureux chat auprès delle à la loge.

Tu es un héros, mon Minou ! Je nai pas eu tort de tadopter Des chats comme toi, cest une perle rare

Minou restait prostré, respirant mal, refusant tout repas. Madame Poirier fronça les sourcils, inquiète. Donnant son relais le matin, elle annonça à Mireille :

Il va mal, le chat

Pouvez-vous garder Paul ? demanda Mireille affolée, enfilant sa veste. Où vais-je lemmener ? Il existe des vétos dans Paris ?

Bien sûr, à deux rues du foyer. Cours, vite !

Mireille traversa Paris au pas de course. Minou gisait, mal en point, sur son vieux tapis.

Tiens bon, mon Minou, je reviens tout de suite !

Elle arriva en trombe à la clinique vétérinaire, repoussa lassistante en blouse blanche et exigea :

Le véto ! Le meilleur ! Immédiatement !

Surprise par lair déterminé de la jeune femme, la secrétaire recula, indiqua un banc :

Asseyez-vous un instant.

Mireille tenait Minou, guettant chaque souffle, sur le point de sélancer chercher elle-même le médecin quand, soudain, un géant franchit la porte.

Quavez-vous là ? Sa voix grave désarçonna Mireille, la laissant sans réponse un instant.

Il la regarda, attendant. Mireille lui tendit le chat, la gorge serrée :

Voilà

Qui a bien pu lui faire ça ? Le vétérinaire attrapa Minou comme une peluche, ausculta rapidement les plaies.

Des rats

Il na pourtant rien dun chat errant, ce matou. En pleine forme, à la base.

Cest mon chat.

Vous le laissez sortir ?

Non, tout sest passé dans ma chambre.

Incroyable

Vous allez encore minterroger longtemps ? Il souffre ! Mireille explosa en larmes. Il ma sauvé mon fils, bordel ! Aidez-le !

Ce nest pas la peine de crier. Je mappelle Pascal. Et vous ?

Mireille.

Parfait. En général, je préfère quon me parle gentiment. Allez, ne vous en faites pas, on va soigner votre héros !

***

Quelques années plus tard, le gros chat roux sinfiltrerait silencieusement dans la chambre denfant, explorant chaque recoin, puis sauterait dans le lit près du canapé où dormirait Paul. Petite Camille, sentant la chaleur du pelage tout près, glisserait la main dans ses poils fournis. Minou ronronnerait, lui murmurant ses histoires de chat dans le noir, et la fillette s’endormirait profondément, ignorant à quel moment ses parents la rejoignaient.

Mireille borderait Paul, remonterait la chaussette tombée du pied de Camille, et, se serrant contre l’épaule de son mari, glisserait :

Il a fait un nounou formidable, hein, Pascal ?

On ne pouvait rêver mieux. Pascal gratouillerait le vieil oreille balafrée de Minou. Heureusement que tu mas crié dessus ce jour-là. Jai bien fait de passer trois nuits à veiller sur lui. Un chat pareil, cest de lor.

Il brille même, tas vu ?

Minou fourrerait son museau dans la paume de Mireille, puis sétirerait près de Camille, la patte sur elle. Mireille éteindrait la veilleuse, appellerait son mari dun signe, refermerait doucement la porte. Aucun de leurs enfants naurait eu peur du noir : Minou avait toujours veillé sur eux. Près de lui, il ny avait jamais rien à craindre.

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