Svetlana, bonjour ! Excusez-moi de vous déranger, je suis votre voisine du dessous.

– Bonjour, Aimée ! Excusez-moi de vous déranger, je suis votre voisine du dessous.
– Je baisse la musique tout de suite, répondit la jeune femme, drapée dans un léger peignoir, un verre de vin blanc dans la main.
– Oh, ce nest pas la peine, ce nétait pas pour ça. Mon mari vient de recevoir un appel du travail, on lui demande de venir en urgence.
– Il est malade ?
– Non, ils nont rien voulu me dire, juste que cest urgent. Ma mère habite trop loin Pourriez-vous garder un œil sur mon fils ? Il a sept ans et demi, normalement il peut rester seul mais je stresse beaucoup, je suis à bout de nerfs
– Bien sûr, je me change et je monte.
– Il est plutôt tranquille, soit dans sa tablette, soit à poser mille questions.

***

Plus tard, assise à la table de la cuisine, vêtue dun débardeur blanc et dun jean, Aimée buvait son thé et téléphonait :
– Cette Dufour de la compta est vraiment une cruche. On voit bien comment elle minaude avec Pierre-Emmanuel.
Le garçon entra dans la cuisine, sa tablette à la main. On y entendait une dispute entre Fred et François de Cest pas sorcier, incapables de se mettre daccord. Sur son t-shirt, on lisait : « Lavenir est aux robots ! »
– Ah, excuse, je te rappelle plus tard, je fais dans le bénévolat aujourdhui. finit-elle par dire. Salut, moi cest tante Aimée. Tu veux du thé ?
– Non, merci. Je mappelle Loïc. Maman ma parlé de vous. Vous êtes jolie Même si maman dit que les jolies femmes sont malheureuses. Papa, lui, dit à maman que selon sa logique, elle est soit affreuse, soit leur mariage est raté.
– Sacrée ambiance chez toi ! Merci du compliment. Mais pour le malheur
– Et votre mari, il est où ?
– Disons il est parti acheter du pain. Il y a trois ans.
– Oh Il vous a quittée quoi !
– Dis donc, vous avez quelque chose de plus fort que du thé ici ? Ces conversations me retournent
– Il reste du vin au frigo.
– Merci, je vais rester au thé, par politesse.
– Il vous faut un nouveau mari, tata Aimée.
– Loïc, jattendrai que tu grandisses, va. Où veux-tu trouver ça, toi ?
– Pour en trouver, faut avoir lidée claire ! Jai vu ça dans un reportage.
– Envoie-moi le lien. Sérieusement, il faudrait quil soit beau, riche, gentil quil maime et quil me couvre de cadeaux.
– Mais vous lui servez à quoi, à ce monsieur ?
– Comment ça, à quoi ? Je laimerai, jirai en spa.
– Mais pourquoi voudrait-il de vous, lui ? Un homme intelligent cherche une partenaire, pas un cafard dans son appart.
– Où tu dis quil y a du vin ? lança la jeune femme en fouillant dans le frigo. Elle versa calmement son thé dans lévier et remplit sa tasse de blanc.
– Jai vu un docu sur les femmes de milliardaires, elles finissent toutes alcooliques, dans leurs beaux hôtels particuliers.
– Ça, Loïc, cest la solitude, mon petit. Tu bois un verre avec moi ? Je plaisante !
– Moi, tu sais sur qui je vais me marier ?
– Je tai déjà dit, sur moi !
– Non, pour de vrai.
– Sur qui alors ?
– Sur Élodie. On fait de la robotique ensemble. Elle est brillante, plus forte que moi. À un concours, nos modules Bluetooth ne communiquaient plus. Moi, panique. Mais elle, calme, elle a tout repris à zéro. Il nen détectait que dix, ni nos téléphones ni notre module. Elle nous a sortis dehors, dans le petit bois derrière. Là, plus dinterférences, les modules se sont connectés. On a gagné la compète grâce à elle. Elle, cest mon équipe ! Elle mérite dêtre aimée !
Aimée vida son verre dun trait, sen servit un autre.
– Eh bien, Élodie, petite futée, tu viens de me doubler un futur mari ! Tu veux dire que je dois chercher un homme à mon boulot, alors ?
– Les forts, ils trouvent eux-mêmes ! On ne va pas choisir ça comme des tomates dans un marché.
– Tu veux dire quoi ?
– Devenez riche, belle et gentille toute seule ! Cest mieux, non ?
– Mais à quoi bon un homme, alors ? Jirais voyager, apprendre langlais, prendre des cours de danse ou de cuisine. Je ferais des tacos maison !
– Quest-ce qui vous en empêche ?
– Jai pas de mari pour payer tout ça.
– Dans ce cas, oui, vous êtes un peu un parasite.
– Oh, du calme. Moi, je veux juste le bonheur simple dune femme.
– Faut arrêter les films, vous allez passer votre vie à chercher un idiot qui nexiste pas, au lieu de vivre !
– Tais-toi ! Quest-ce que tu peux comprendre à ça, va dans ta chambre ! Il est lheure de dormir.
Le garçon séclipsa. Les larmes coulaient déjà sur les joues de la jeune femme. Elle termina son verre. Son téléphone sonna, elle rejeta lappel. À ce moment, la porte dentrée souvrit. Ma voisine entra, accompagnée de son mari ; on voyait à leurs yeux brillants quils avaient bu un bon verre et étaient heureux.
– Mille mercis Aimée, davoir gardé Loïc ! chantonna la voisine.
– Cest rien. Jai croqué un peu dans votre vin
– Oh, pas de souci !
– Tout va bien pour vous deux, alors ?
– Oh, tu parles ! Il avait mis ses collègues dans la combine, ces idiots Aujourdhui cest lanniversaire de notre premier baiser. Je suis allée à son bureau : il était allongé au sol avec un post-it sur le torse, « Je suis la Belle au Bois Dormant, embrasse-moi ! » Après, on a acheté du vin puis filé au cinéma, comme à la fac !
– Vous vous êtes donné le mot ou quoi ? Bon, je file !
– Loïc a été sage ? demanda sa maman sur le pas de la porte.
– Terrible, mais alors, vraiment terrible Je suis dispo si vous avez encore besoin, pour lui remettre les idées en place.
Aujourdhui, en rentrant chez moi, je me suis rendu compte que cest parfois les enfants qui voient plus clair dans la vie. Au lieu dattendre un miracle ou un prince charmant, mieux vaut avancer et construire son propre bonheur. Voilà la leçon que je retiens de cette soirée étonnante.

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