Mon colocataire m’a posé un ultimatum : « Je n’en peux plus ! » a-t-il crié en me voyant. « J’en ai assez de ce vieux chat ! »… Alors je l’ai mis à la porte — Il s’est trompé de personne.

Mon colocataire a posé un ultimatum :
« Je nen peux plus ! » a-t-il hurlé en me voyant entrer. « Jen ai marre de ce vieux chat ! »… Du coup, je l’ai mis dehors (lui, pas le chat) fallait pas choisir la mauvaise équipe.

Un silence épais sest installé dans lentrée. Il est parti en claquant la porte, histoire de bien faire comprendre son opinion sur le sujet. Sa veste ne pend plus à la patère, son parfum épicé ne traîne plus dans lappartement, et il reste un vide sur létagère à chaussures, comme un souvenir dune autre vie.

Jai soufflé, les épaules basses. Tout près de mes pieds, les oreilles basses et la patte arrière un peu traînante, se trouvait Gustave. Quinze ans au compteur et six kilos d’attachement sans conditions.

Alors, mon vieux, ai-je murmuré en maccroupissant pour plonger mes doigts dans sa fourrure (un peu moins brillante quavant, certes), on a encore survécu.

Gustave ma répondu dun « mrrr » politiquement succinct mais confiant.

Un chat à histoires et la fable du compromis
François est apparu dans ma vie il y a six mois. On sest tout de suite bien entendus et, un peu par magie (ou par paresse française ?), on sest retrouvés à vivre ensemble. Gustave ne lui a jamais été caché ; pendant nos rendez-vous, je parlais souvent de ses petites manies, et François souriait dun air entendu : « Les animaux, moi, jadore, vraiment. »

Mais Gustave, ce nest pas nimporte qui. Je lai trouvé, tremblant, sous une pluie battante, minuscule et affamé. Depuis, il a partagé avec moi joies, galères, et passages à vide. Il est le confident silencieux de tous mes secrets, gardien félin de mes souvenirs. Aujourdhui, il est vieux, malade des reins, et sa diète stricte ainsi que ses perfusions sont devenues la routine à la maison.

Bizarrement, cest pile à partir du moment où François sest installé que sa « passion » pour les animaux sest évaporée.

Au début, cétait des commentaires anodins. « Pourquoi il dort à tes pieds ? Franchement, cest pas hygiénique. » « Ça fait cher le vétérinaire pour un matou si vieux. Tu pourras en adopter un nouveau, non ? »

Jarrondissais les angles : je changeais les draps, testais toutes les litières du marché, donnais les cachets pendant labsence de François. Je me persuadais que le couple, cétait faire des compromis quitte à y laisser un peu sa joie au passage.

Le moment du choix
Mardi, jai fait des heures sup. En rentrant, jai trouvé lappartement parfumé à leau de Javel et à la crise. Gustave avait eu la délicatesse de vomir sur le tout nouveau tapis de François. Pas idéal, certes. Mais franchement, ça se nettoie.

François trônait au milieu de la chambre, rouge comme une tomate provençale, pointant un doigt accusateur sous le lit où Gustave se terrait.

Jen peux plus ! a-t-il hurlé. Ce chat me sort par les yeux !

Jai retiré ma veste en silence, puis jai dit calmement ce qui me semblait aussi évident que la Tour Eiffel à Paris :

Cest un animal. Quinze ans. Il est malade, cest normal, ça arrive, dis-je en ramassant le spray nettoyant.

Jen ai rien à faire ! Je veux vivre dans le confort et la propreté ! Choisis : soit moi, soit cette épave sur pattes. Ce soir tu décides, tu lemmènes chez le vétérinaire pour leuthanasie ou tu le files à ta mère. Sinon, je me casse.

Je me suis redressée, chiffon tremblant en main. Il attendait visiblement des supplications, des larmes, une scène digne dun mauvais film romantique. Mais jai préféré la version minimaliste :

Inutile dattendre ce soir. Ta valise est au grenier. Tu as un quart dheure.

Tu es sérieuse ? Tu me vires pour un chat ? Tas réfléchi ? Tu te retrouveras seule à quarante ans avec ce

Le chrono tourne.

Il a fourré ses affaires dans la valise, distribuant les insultes façon soldes à la Fnac. Je nai pas dit un mot chaque phrase ne faisait que me conforter dans mon choix. Pendant ce temps-là, Gustave, fidèle à lui-même, restait caché dans la cuisine, muet comme une porte de prison.

Valise fermée, il est revenu à la charge :

Camille, tu plaisantes ? Jai dit ça sous le coup de la colère ! On pourrait essayer de le mettre chez ta mère, non ? Honnêtement, lodeur

Non, ai-je coupé. Ce nest pas une question dodeur, François. Cest davoir à choisir, tout simplement.

Quand la porte dentrée a claqué, jai filé en cuisine pour me servir un verre deau. Gustave sest extirpé de sa cachette, ma frôlée de son nez humide à la cheville, et a miaulé un « miaou » catégorique et compressé, façon chat qui en a déjà trop vu pour sinquiéter du reste.

Et franchement, on était plutôt bien comme ça.

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